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Exposition universelle 2030 : Quand les nations racontent leur identité au monde

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  • 1 février 17:45
  • 10 min de lecture
Exposition universelle 2030 : Quand les nations racontent leur identité au monde

À chaque exposition universelle, les pays ne viennent pas seulement exposer leurs produits, mais raconter leur histoire, leur culture et leurs ambitions. L’Expo 2030 de Riyad représente pour la Tunisie une opportunité majeure de renforcer son rayonnement international. Encore faut-il savoir traduire la richesse de son patrimoine, de son savoir-faire et de son art de vivre en une expérience capable de marquer durablement les esprits.

La Presse — La Tunisie amorce sa préparation à l’Exposition universelle 2030 de Riyad. Le Centre de promotion des exportations (Cepex) a participé, mercredi 28 janvier, à une première réunion de coordination à distance avec les représentants de l’organisme officiel saoudien chargé de l’organisation de cet événement planétaire, prévu d’octobre 2030 à mars 2031. Le Cepex intervient dans ce cadre en tant que point focal national auprès des autorités saoudiennes, selon un communiqué de l’institution. Cette rencontre inaugurale a permis d’aborder la vision globale de l’Expo, placée sous le thème « Foresight for Tomorrow » (Anticiper l’avenir).

Un rendez-vous mondial aux retombées stratégiques

L’Expo 2030 de Riyad se tiendra sur un site de 6 km² comprenant des espaces d’exposition, des pavillons nationaux, des centres de conférences ainsi que l’Expo Village. L’événement devrait accueillir près de 42 millions de visiteurs issus de 197 pays, en plus de 29 organisations internationales et régionales. Les discussions ont porté sur les axes stratégiques de la manifestation et sur les modalités de participation des pays invités au sein de cinq espaces thématiques consacrés à la technologie, à la planète, aux individus, à la culture et à la coopération internationale. Cité dans le communiqué, le PDG du Cepex, Mourad Ben Hassine, a souligné que la participation tunisienne vise à promouvoir l’image du pays, à renforcer sa visibilité internationale et à valoriser ses atouts économiques, son capital humain ainsi que son engagement en faveur de l’innovation, du développement durable et de la coopération internationale. Cette première réunion s’inscrit dans un processus de concertation entre les différentes parties prenantes, en attendant l’organisation de rencontres techniques et institutionnelles destinées à accompagner la préparation tunisienne, sous la supervision du Comité national de pilotage présidé par le PDG du Cepex, en sa qualité de commissaire général de l’Expo 2030.

Bien plus que des vitrines symboliques

Les expositions universelles constituent aujourd’hui des plateformes stratégiques de diplomatie économique, culturelle et touristique. Les pays qui en mesurent l’importance investissent massivement dans la conception de leurs pavillons, dans la scénographie de leurs stands et dans la sélection rigoureuse des produits et savoir-faire présentés au monde. Ces événements permettent non seulement de séduire les visiteurs, mais aussi d’attirer investisseurs, partenaires économiques et décideurs internationaux. Ils représentent une occasion unique pour les nations participantes de raconter leur identité, d’exposer leur vision du futur et de valoriser leurs industries.

Une représentation souvent en deçà de son potentiel

Malgré la richesse de son patrimoine et la diversité de son savoir-faire, force est de constater que la Tunisie donne souvent l’impression de ne pas exploiter pleinement ces opportunités lors des grandes manifestations internationales. Il n’est pas rare de voir des stands peu garnis, décorés de supports institutionnels limités, composés essentiellement de brochures ou de vidéos répétitives mettant en avant des images déjà largement connues, comme le Sahara tunisien ou Sidi Bou Saïd. Une représentation qui demeure insuffisante pour refléter la diversité et la modernité du pays. Plus préoccupant encore, la mise en valeur de l’artisanat tunisien, pourtant reconnu pour son authenticité et sa qualité, peut parfois manquer de cohérence en matière de présentation et d’image. L’absence d’un cadre scénographique structuré ou d’un accompagnement professionnel nuit à l’impact global du message porté.

L’expérience visiteur, un levier d’attractivité sous-exploité

Or, dans ce type d’événements, l’expérience offerte aux visiteurs constitue souvent le véritable facteur de différenciation entre les pays participants. Au-delà des discours institutionnels et des supports promotionnels, ce sont les émotions suscitées, les sensations partagées et les souvenirs laissés qui façonnent durablement l’image d’une nation. De nombreux pays l’ont parfaitement compris et misent sur la générosité, l’immersion culturelle et l’expérience sensorielle pour marquer les esprits. Dégustations de produits du terroir, distribution d’échantillons soigneusement présentés, animations culturelles, démonstrations de savoir-faire et rencontres avec des artisans : autant d’éléments qui permettent aux visiteurs de vivre un pays avant même de le découvrir physiquement. Notre pays, pourtant reconnu pour sa tradition d’hospitalité et de partage, peine encore à traduire pleinement cette richesse dans ses participations internationales. L’absence de gestes simples mais hautement symboliques — comme la distribution de petits flacons d’huile d’olive, de chéchias finement confectionnées, d’harissa présentée dans un emballage élégant, de gâteaux traditionnels ou encore de créations artisanales accessibles au public — constitue un manque à gagner évident en termes d’image et de rayonnement économique.

Ces objets, souvent modestes en apparence, racontent une histoire. Ils portent en eux la mémoire des terroirs, le savoir-faire des artisans, la créativité des producteurs et l’âme même de la Tunisie. Offrir un échantillon d’huile d’olive tunisienne, ce n’est pas seulement promouvoir un produit d’exportation phare, c’est inviter le visiteur à découvrir un patrimoine agricole millénaire et une excellence reconnue à l’échelle mondiale. Proposer une chéchia, un petit bol de poterie finement peint ou une pièce d’artisanat, c’est transmettre un fragment d’identité culturelle et un témoignage vivant du talent des artisans tunisiens. Au-delà de la promotion économique, ces attentions créent un lien émotionnel fort avec les visiteurs. Elles transforment une simple visite en une expérience mémorable, capable d’influencer durablement la perception d’un pays. Dans un contexte où la concurrence internationale en matière d’attractivité touristique et d’investissement est particulièrement intense, ce capital émotionnel peut s’avérer décisif.

Faire de l’Expo 2030 un projet national collectif

Il en va de même pour l’image véhiculée notamment par ceux qui animent les stands et représentent le pays. Lorsque le choix est fait de valoriser le patrimoine vestimentaire tunisien, cette démarche doit être pensée avec rigueur et accompagnée par des professionnels du patrimoine, de la mode ou de la scénographie culturelle. La richesse et la diversité des tenues traditionnelles tunisiennes, qu’elles soient féminines ou masculines, constituent un véritable réservoir identitaire, fruit d’un héritage historique et régional exceptionnel. À l’inverse, improviser ces tenues ou opter pour des choix approximatifs, en mélangeant sans cohérence les textures, les couleurs ou les styles, risque non seulement d’en affaiblir la portée esthétique et culturelle, mais aussi d’altérer l’image d’un patrimoine dont la finesse et la diversité méritent d’être présentées avec respect et exigence. Une mise en scène hasardeuse, loin de valoriser cet héritage vestimentaire, peut donner une image déformée d’une tradition pourtant d’une richesse et d’une sophistication remarquables. Bien mises en valeur, ces tenues peuvent, au contraire, devenir un puissant vecteur de narration culturelle, révélant la pluralité des influences et la sophistication du savoir-faire textile tunisien, tout en offrant aux visiteurs une lecture vivante et authentique de l’identité du pays.

C’est souvent à travers ces rencontres, ces saveurs, ces objets et ces moments d’échange que naît l’envie de découvrir un pays, d’y voyager, d’y investir ou d’y nouer des partenariats. En négligeant cette dimension humaine et sensorielle, la Tunisie risque de passer à côté d’un levier puissant de diplomatie économique et culturelle, alors même qu’elle possède tous les atouts pour en faire un marqueur fort de son identité internationale. La réussite de la participation tunisienne à l’Expo 2030 nécessite donc une mobilisation globale dépassant le cadre institutionnel. Elle suppose l’implication conjointe des acteurs publics, du secteur privé, des startups et des industries culturelles et agroalimentaires. La sélection des participants devrait reposer sur des critères d’excellence, d’innovation et de représentativité du tissu économique national, plutôt que sur des logiques relationnelles ou des mécanismes administratifs parfois déconnectés des exigences de performance, comme cela a souvent été le cas par le passé. Une approche fondée sur la compétence et la valeur ajoutée permettrait d’assurer une représentation fidèle et ambitieuse de la Tunisie. Cette mobilisation collective pourrait transformer la participation tunisienne en une véritable vitrine du savoir-faire national, capable de conjuguer tradition et modernité, patrimoine et innovation, identité culturelle et performance économique.

Une opportunité à saisir pour redéfinir l’image de la Tunisie

L’Expo 2030 de Riyad n’est donc pas seulement un rendez-vous international. C’est une scène où les nations racontent ce qu’elles sont et ce qu’elles aspirent à devenir. Pour la Tunisie, l’enjeu dépasse la promotion économique ou touristique, il s’agit de partager une identité façonnée par l’histoire, la créativité et un art de vivre qui fait notre singularité. Mais une telle vitrine ne s’improvise pas. Elle exige un travail patient et méthodique, guidé par une seule boussole : l’excellence. Représenter la Tunisie, c’est porter la voix de ses artisans, de ses artistes, de ses entrepreneurs, de ses créateurs et de sa jeunesse. C’est offrir au monde une image fidèle, généreuse et ambitieuse du pays.

Une participation de cette envergure suppose également des moyens à la hauteur des ambitions affichées. Si les structures publiques ont vocation à poser le cadre et à impulser la vision stratégique, la réussite d’un tel projet repose aussi sur l’implication du secteur privé. Les entreprises tunisiennes, notamment celles qui portent l’innovation, le savoir-faire et l’export, ont tout intérêt à s’associer à cet effort collectif. Leur engagement ne constituerait pas seulement un soutien financier, mais un investissement dans l’image et l’influence économique de notre pays. Dans ces grandes rencontres internationales, chaque détail raconte une histoire. Et si la Tunisie sait y inscrire la sienne avec sincérité, subtilité et audace, en se donnant réellement les moyens de ses ambitions, elle pourra transformer ce rendez-vous en un moment fondateur, capable de redéfinir durablement son image et d’ouvrir, pour elle, comme pour ses partenaires, de nouveaux horizons.

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Auteur

Hella Lahbib

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