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Notation Fitch de la Tunisie : ce que révèle vraiment la stabilité du “B-” selon Chkandali

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  • 1 février 09:59
  • 6 min de lecture
Notation Fitch de la Tunisie : ce que révèle vraiment la stabilité du “B-” selon Chkandali

La décision de l’agence de notation, Fitch Ratings, de maintenir la notation souveraine de la Tunisie à “B-” avec perspective stable, annoncée le 28 janvier 2026, ne repose ni sur des promesses futures ni sur des intentions politiques, mais sur une évaluation directe et pragmatique des choix financiers actuellement en vigueur.

C’est ce qu’explique l’économiste Ridha Chkandali dans une note publiée ce dimanche 1er février 2026 sur sa page officielle Facebook, proposant une lecture détaillée de cette révision de notation, à la lumière du budget de l’État pour l’année 2026.

Selon lui, “la décision de Fitch ne s’appuie pas sur des intentions ou des promesses futures, mais sur une évaluation directe des options financières existantes et de la capacité de l’État tunisien, dans le cadre du budget 2026, à préserver ses équilibres financiers et extérieurs”.

Une notation “B-” qui traduit un risque élevé mais maîtrisé

Ridha Chkandali rappelle que la notation “B-” signifie, en termes simples, que la Tunisie est considérée comme un pays à risque de crédit élevé. Toutefois, précise-t-il, cela n’implique pas une incapacité immédiate à honorer ses engagements. “Le pays reste capable de faire face à ses obligations tant que le déficit est maîtrisé, qu’un minimum de financement extérieur est assuré et qu’un niveau relativement stable des réserves en devises est préservé”, explique-t-il.

L’économiste souligne aussi que le maintien de la note, plutôt qu’une dégradation, reflète l’appréciation de Fitch selon laquelle le budget 2026, malgré les pressions qu’il comporte, n’a pas entraîné de détérioration supplémentaire par rapport à ce que l’agence anticipait.

L’introduction du “Recovery Rating” : un signal clé pour les créanciers

Parmi les éléments nouveaux de cette décision figure l’adoption par Fitch d’une méthodologie intégrant ce qu’elle appelle le “Recovery Rating”. À ce titre, les instruments de la dette souveraine tunisienne ont été notés RR4.

Ridha Chkandali explique que cela signifie que l’agence suppose que, dans l’hypothèse où l’État rencontrerait de sérieuses difficultés de remboursement, les créanciers ne perdraient pas l’intégralité de leurs fonds, mais qu’ils n’en récupéreraient pas non plus la totalité. “La récupération se ferait alors partiellement, à travers des mécanismes tels que le rééchelonnement de la dette ou la modification des échéances et des conditions de remboursement”, indique-t-il.

“Autrement dit, ajoute-t-il, Fitch n’anticipe pas un scénario d’effondrement total, mais ne considère pas non plus que l’État dispose d’éléments solides garantissant une forte protection des créanciers, comme d’importantes réserves financières, des actifs souverains clairement identifiés ou un cadre institutionnel complet pour la gestion de la restructuration de la dette.

Conversion de dette en investissement : une option intégrée au scénario de Fitch

Dans ce contexte, Ridha Chkandali estime que cette évaluation peut également être comprise à la lumière des options alternatives de gestion de la dette extérieure, notamment la conversion d’une partie de la dette en investissements.

Il précise que dans ce type de dispositifs, la récupération pour les créanciers ne se fait pas par un remboursement monétaire direct, mais par la réaffectation de leurs créances dans des projets d’investissement ou des partenariats à long terme au sein de l’économie tunisienne. “Une approche qui leur permet de préserver une part significative de la valeur, tout en allégeant la pression sur les réserves en devises et sur la balance des paiements”, souligne l’universitaire.

Selon l’économiste, cette orientation correspond à ce que Fitch qualifie de “récupération moyenne et organisée”.

Sur le plan des finances publiques, Ridha Chkandali souligne que l’évaluation de Fitch reflète une vision prudente du budget 2026, notamment en raison de la persistance de besoins de financement élevés et du poids de certaines lignes de dépenses publiques.

Il insiste sur le fait que l’agence n’évalue pas uniquement le niveau du déficit annoncé, mais aussi la capacité effective de l’État à s’y tenir tout au long de l’année, sans recourir à des solutions conjoncturelles susceptibles d’aggraver les pressions financières à moyen terme.

La dépendance critique au financement extérieur

La question du financement extérieur occupe une place centrale dans l’analyse de Fitch. “L’agence considère que la notation souveraine actuelle de la Tunisie reste extrêmement sensible à l’évolution des réserves en devises”, rappelle Ridha Chkandali.

Il ajoute que plus le financement extérieur est clairement identifié, durable et sécurisé, plus la confiance dans la capacité de l’État à exécuter son budget sans tensions excessives sur le taux de change ou sur les équilibres extérieurs est renforcée.

Mais au-delà des indicateurs financiers, Fitch accorde une importance croissante aux facteurs ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance). L’agence attribue à ces facteurs des scores d’impact allant de 1 à 5, le score 5 indiquant que le facteur concerné influence directement et de manière significative la notation souveraine.

Dans le cas de la Tunisie, Ridha Chkandali indique que Fitch attribue un niveau d’impact élevé au facteur gouvernance, qui englobe la stabilité politique, l’État de droit, la qualité des institutions et la clarté des politiques publiques.

Cela signifie, selon lui, que la faiblesse de la prévisibilité des politiques et la difficulté à évaluer la capacité de mise en œuvre des réformes affectent directement la crédibilité du budget et la confiance des créanciers, même lorsque les chiffres financiers apparaissent, en apparence, acceptables.

Le facteur social et les limites des réformes

Fitch prend également en compte le facteur social. “L’agence estime que la fragilité sociale et la forte sensibilité de la paix sociale limitent la marge de manœuvre de l’État pour engager des réformes financières profondes », notamment celles liées « aux subventions ou aux dépenses sociales”, indique Chkandali.

Quant aux facteurs environnementaux, tels que la rareté des ressources en eau ou les effets du changement climatique, ils sont présents dans l’évaluation, mais ne constituent pas, à ce stade, un facteur déterminant dans la notation.

En conclusion, Ridha Chkandali affirme que la décision de Fitch reflète une situation souveraine délicate. Si le budget 2026 n’a pas entraîné de dégradation supplémentaire de la notation, il n’offre pas non plus une large marge de sécurité.

“La stabilité de la notation reste conditionnée à la capacité de l’État à exécuter le budget tel qu’il a été adopté, à gérer ses équilibres financiers et extérieurs, et à améliorer la qualité de la gouvernance, dans un contexte régional et international particulièrement sensible”, conclut-il.

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Auteur

Meriem KHDIMALLAH

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