Les récentes et importantes pluies cumulées à travers plusieurs régions du pays ont mis en lumière, de manière plus flagrante que jamais, les limites structurelles du système hydrique tunisien.
Malgré l’abondance des précipitations, l’impact réel sur les grands barrages, les nappes stratégiques et l’agriculture irriguée demeure étonnamment faible.
Cette situation révèle un problème profond : la Tunisie reçoit de l’eau, mais ne parvient pas à la transformer en ressource mobilisable, faute d’infrastructures adaptées, de dispositifs de collecte performants et d’une planification hydrique qui s’appuie pleinement sur les données météorologiques pourtant disponibles. Autrement dit, la pluie tombe, mais le pays continue de manquer d’eau.
La Presse — Quoique ces pluies aient offert un répit stratégique à la sécurité hydrique nationale, l’urgence de poursuivre les réformes structurelles du secteur demeure prioritaire. Dans des situations pareilles, pour transformer ces crises en opportunités, la Tunisie doit investir dans une gestion intégrée et durable des ressources en eau. Cette démarche est une condition indispensable à la résilience agricole et à la sécurité alimentaire du pays.
Remplissage contrasté
Malgré les fortes précipitations enregistrées dans plusieurs régions du pays, les barrages restent peu remplis, estime Houcine Rhili, expert en développement et en gestion des ressources. « Ces pluies n’ont pas concerné les régions du Nord-Ouest, qui concentrent près de 65 % des barrages d’eau. Il faut relativiser l’impact de ces pluies. Les quantités ont certes été importantes, mais leur répartition géographique limite fortement leurs retombées sur les réserves hydriques stratégiques ».
Les quantités de pluie sont certes importantes, mais une grande partie de ces eaux finit par se déverser dans la mer ou les sebkhas, faute de dispositifs adéquats de mobilisation. L’expert appelle à une révision des politiques publiques en matière de gestion de l’eau, afin de mieux capter ces précipitations, réduire la pression sur les infrastructures routières et limiter les risques d’inondation.
Parmi les pistes avancées figurent la création de barrages périurbains, ainsi que la valorisation de techniques ancestrales de collecte des eaux pluviales, telles que les bassins et les citernes, communément appelées « majels ».
Un répit fragile
A l’évidence, les fortes pluies de janvier 2026 ont eu un effet très inégal sur les barrages tunisiens. Dans le Cap Bon, les ouvrages locaux ont atteint un taux de remplissage exceptionnel, proche de 100 %, offrant une réserve immédiate pour les besoins régionaux. En revanche, les grands barrages du Nord-Ouest, tels que « Sidi Salem », « Mellègue » et « Bouhertma », qui jouent un rôle vital dans l’alimentation en eau potable et l’irrigation à l’échelle nationale, n’ont reçu qu’un apport marginal.
Ce déséquilibre géographique souligne une fragilité structurelle : les pluies ont surtout alimenté les bassins côtiers et urbains, laissant les zones stratégiques agricoles en déficit hydrique.
Pour le secteur agricole, les pluies récentes ont apporté un soulagement temporaire. Elles ont permis une meilleure reprise des cultures et une régénération des sols, offrant des conditions favorables à la croissance des semis. Toutefois, l’absence de réserves suffisantes dans les grands barrages limite l’impact positif de ces précipitations et laisse planer une incertitude pour la suite de la saison. Les exploitations dépendantes de l’irrigation restent exposées à des restrictions d’eau, tandis que l’élevage bénéficie momentanément de pâturages revitalisés.
Cette situation illustre un paradoxe récurrent en Tunisie : des pluies torrentielles provoquent des inondations spectaculaires, mais n’améliorent pas durablement les réserves hydriques nationales. L’absence d’infrastructures de captation et de transfert empêche de transformer ces apports exceptionnels en ressources utiles pour l’agriculture et l’eau potable. Ce décalage entre abondance ponctuelle et déficit structurel met en lumière une vulnérabilité face aux aléas climatiques.
Construire la résilience
Pour surmonter ces limites, plusieurs pistes s’imposent. La modernisation des barrages est essentielle afin de renforcer leur capacité de stockage et d’assurer un meilleur entretien des ouvrages existants. Le développement d’infrastructures de transfert, comme des canaux et bassins de rétention, permettrait de capter les eaux pluviales dans les zones stratégiques. Une gestion intégrée des ressources, alliant sécurité hydrique et planification agricole, s’avère indispensable pour une stratégie nationale cohérente.
C’est dire enfin que ces apports ont permis de gagner une année supplémentaire de disponibilité en eau potable. Un répit jugé stratégique, mais qui impose de maintenir une approche prudente et structurelle de la gestion de l’eau.