Association Arc-en-ciel pour les enfants trisomiques : Un cursus adapté pour une évolution garantie
Le vide et le besoin incitent à la création, à l’invention ! Cette conviction proche du dicton arabe se concrétise dans bien des exemples et des success stories dont celui de l’association Arc-en-ciel pour l’éducation, la formation et l’intégration des enfants trisomiques à déficience mentale légère.
Créée en 2012, cette association vient comme une réaction à dominante courageuse et généreuse au profit d’une population cible qui peinait à trouver sa place dans la société.
Aujourd’hui, elle compte soixante-trois apprenants. Certains ont déjà embrassé des carrières professionnelles, alors que d’autres bénéficient d’une scolarité à leur rythme. D’autres encore sont impatients d’y trouver une place.
La Presse —Revenons à la genèse de l’association et du Centre de scolarisation, de formation et d’aide à l’intégration sociale des enfants trisomiques à déficience mentale légère. Mère d’un enfant trisomique, Mme Rim Blayech, présidente et fondatrice des deux structures, avait décidé, en 2012, de venir en aide à ces enfants.
«Mon fils n’avait pas de place à l’école, laquelle d’ailleurs n’était point adaptée à son cas. Je l’avais mis dans une garderie scolaire et, contrairement à toute attente, c’est là qu’il a commencé à progresser grâce à l’attention et au dévouement de la maîtresse.
J’avais compris alors qu’il n’avait besoin que d’un petit coup de pouce pour s’éveiller à la vie.
C’est à partir de ce constat que j’ai décidé de créer l’association», indique Mme Rim Blayech, fondatrice et présidente de l’association et du centre. A ses débuts, l’association et le centre ne comptaient qu’une dizaine d’enfants.
Il a fallu faire du porte-à-porte pour les attirer vers l’association. Aujourd’hui, ils sont plus d’une soixantaine à suivre des cours, des formations, des stages, des activités parascolaires et à participer à des évènements.
L’objectif étant quadruple: leur assurer le droit à la scolarisation, à l’intégration sociale, à la formation et à l’insertion professionnelle.
Une école bien à eux !
En effet, la scolarité des enfants trisomiques se fait selon trois niveaux, à savoir la petite, la moyenne et la grande section. «Ce qui est évident, pour les trois sections, c’est qu’elles relèvent toutes de la phase primaire.
Il s’agit du substitut de l’école conformément aux besoins spécifiques des trisomiques à déficience légère», indique-t-elle.
Et afin de mettre les apprenants plus à l’aise, elle tient à préserver la même maîtresse pour les mêmes groupes, et ce, au fil des années et des sections. Mme Sabeh Tlili, éducatrice depuis treize ans, continue d’enseigner et d’accompagner les mêmes enfants.
«C’est primordial pour eux d’apprendre à lire et à écrire. Certes, souligne–t-elle, cela prend plus de temps que la normale, mais les résultats ne manquent pas».
Le cadre éducatif a pris soin, en outre, de réaliser des manuels scolaires spécifiques. «Au début, nous avions un sérieux problème de manuels scolaires. Puis, nous avons concocté nos propres livres. Nous disposons de six livres en tout, soit deux livres par niveau. J’ai même repris un livre de lecture de mon enfance que j’utilise comme manuel d’appui scolaire», ajoute-t-elle. Dans ce centre, l’année scolaire comprend deux semestres.
A la fin de chaque semestre, les élèves passent des examens, lesquels permettent au cadre éducatif d’évaluer leurs niveaux respectifs non pas par des notes mais par des appréciations variables.
Les enfants terminent l’année scolaire en beauté en ayant droits à deux fêtes : la première est dédiée à la remise des carnets et la deuxième, au spectacle de fin d’année scolaire.
La dignité rime avec autonomie socioéconomique
A l’âge de dix-sept ou de dix-huit ans et après avoir appris à lire, à écrire et à compter, les apprenants entament une nouvelle étape de leur évolution vers l’autonomie : la formation. «Nous nous engageons à les aider à décrocher leur place dans la société et à y être utile. Aussi mettons-nous à leur disposition des formations en plusieurs spécialités, notamment en pâtisserie, en chocolaterie et en bijoux de fantaisie».
A l’âge de vingt-cinq ans, ils sont généralement prêts à être embauchés dans le cadre de stages-recrutements, convenus avec nos partenaires. L’association vient de renforcer son réseau de partenariat par le biais de trois nouvelles conventions de stage-recrutements avec des entreprises hôtelières.
Les opportunités de stage et de recrutement portent sur le «house keeping», la pâtisserie, la buanderie et la cuisine. Wala, par exemple, a été recrutée comme pâtissière dans l’un des restaurants renommés de La Marsa.
Cette jeune trisomique a réussi à devenir autonome et active en dépit de sa petite déficience mentale.
Elle est, désormais, le principal appui financier de sa famille…Tout comme Wala, les jeunes trisomiques aspirent à l’autonomie et à une vie digne. «Je veux forger mon avenir et aller de l’avant. Actuellement, je suis en stage dans un hôtel au terme duquel je serai embauché.
J’ambitionne de devenir chef cuisinier», indique Youssef Chemakh, 19 printemps. Quant à Ferial Landolsi, 19 ans, elle s’applique à la fabrication des bijoux de fantaisie. «Mais ce qui me passionne réellement c’est la coiffure et l’esthétique. Je voudrais tant avoir mon propre salon de coiffure», indique-t-elle, enthousiaste.
La générosité porte ses fruits
Le succès de Wala et de tous les trisomiques qui ont réussi leurs parcours revient à leur détermination et à toutes les manches qui se retroussent pour qu’ils puissent voler de leurs propres ailes. Mme Blayech témoigne sa gratitude envers toutes les personnes qui ont mis la main à la pâte, par souci d’humanité et de solidarité.
Les donateurs continuent à faire des dons en nature ou des sommes d’argent au profit de l’association. D’autres contribuent à l’épanouissement des enfants par des activités ludiques et sportives. «Chaque année, l’un des donateurs offre aux enfants un séjour dans un hôtel pour qu’ils démarrent la rentrée scolaire sous de bons auspices», renchérit-elle.
Le bénévolat et la solidarité sociale mobilisent, en outre, bon nombre de médecins et de spécialistes de la santé physique et mentale qui offrent leurs prestations à titre gratis.
Le contrat de confiance qui lie les donateurs à l’association porte ses fruits. L’évolution des enfants incite d’autres parents à solliciter l’appui du centre. Cependant, la capacité d’accueil ne permet plus d’autres inscriptions. Mais le besoin, rappelons-nous, incite à la création, à l’invention !