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Culture

Le compositeur et créateur pluridisciplinaire Saifeddine Helal à La Presse : « Une musique mal faite peut détruire un film »

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  • 4 février 18:45
  • 6 min de lecture
Le compositeur et créateur pluridisciplinaire Saifeddine Helal à La Presse : « Une musique mal faite peut détruire  un film »

La comédie romantique égyptienne «Gawaza wala Ganaza», réalisée par Amira Diab, vient de sortir dans les salles avec à l’affiche Nelly Karim et Cherif Salama. 

La musique du film est signée Saifeddine Helal, un compositeur tunisien déterminé aux talents multiples. Entretien.

La Presse —Comment vos débuts dans le milieu artistique se sont-ils faits ?

J’étais passionné de musique depuis mon plus jeune âge. J’ai composé mes premiers morceaux à l’époque où on n’avait pas encore accès à Internet pour voir ce qui se passait dans le monde. J’ai assuré plusieurs performances en tant que batteur et j’ai accompagné de nombreux artistes tunisiens de renom.

La suite de mon parcours m’a conduit à apprendre d’autres instruments : piano, clavier, basse… J’ai pu m’immerger davantage dans cet univers et mettre en œuvre cette passion professionnellement quand je suis parti en France en 2013 puis aux Etats-Unis pour faire des études au Berklee College of Music.

Pouvez-vous nous donner un aperçu des projets musicaux auxquels vous avez participé ?

J’ai joué dans de nombreux concerts à l’étranger et j’ai également fait  la musique de pièces de théâtre, publicités, jeux vidéo… J’ai composé mon premier film en 2015 et j’ai collaboré avec Amina Bouhaffa dans ses projets dont certains sont primés. J’ai contribué à plusieurs productions en Égypte.

Je peux citer la bande originale d’un court métrage égyptien «Tuk-Tuk» qui a gagné plus d’une quarantaine de prix ans le monde et a été nominé aux oscars. En Tunisie, j’ai collaboré pour la bande son avec une start up DCX qui fait des VR éducatifs. J’ai travaillé sur des méga-productions théâtrales, dont «The Philosopher» en Arabie saoudite et «Nimrod» aux Emirats arabes unis. J’ai pris part à des projets en Amérique, Nigeria, Zimbabwe… D’autres projets sont en cours et sortiront cette année ou celle d’après.

Quand vous composez la musique d’un film ou d’une pièce de théâtre, est-ce que vous êtes guidé par des consignes ou avez-vous une liberté de création ?

Un bon metteur en scène sait ce qu’il cherche, mais il laisse une marge de créativité au compositeur qui peut explorer de nouvelles directions pour garantir une valeur ajoutée. Il y a une différence entre le théâtre et le cinéma. Pour une pièce, tout est préparé avant qu’elle ne soit jouée par des acteurs. Je travaille sur un texte et j’attends de découvrir ce que la mise en scène va donner.

Pour les films, je peux recevoir le scénario ou le film en entier après le montage. «Gawaza wala Ganaza» est réalisé par Amira Diab, la femme de  Hany Abu-Assad  qui a été nominé aux Oscars et a eu le Golden Globe pour «Paradise now». Ils m’ont fait confiance même pour discuter du montage et de plusieurs détails cinématographiques.

Il y a des scènes de danse sur lesquelles il fallait travailler avant le tournage pour que les mouvements soient compatibles avec la musique. Comme ce n’est pas une comédie romantique dans son format classique, des événements particuliers marquent les toutes premières scènes. J’ai fait au début des morceaux musicalement beaux puis j’ai jugé qu’ils ne marchent pas avec l’image et ne reflètent pas l’essence de cette comédie romantique.

J’ai donc fait une chanson qui a été plus convenable et a donné au film un aspect très spécial. J’ai écrit moi-même les paroles en égyptien et j’ai produit la chanson qui a été découpée en parties tout au long du film et interprétée par Kenzy Turki. 

Cette chanson s’écoute seule, sans le long métrage, mais c’est en le regardant qu’elle prend plus de sens comme les paroles sont écrites pour accompagner les images. Il y a un autre titre conçu pour le film en plus de celui que j’ai fait, comme le cinéma égyptien conserve cette habitude de faire des chansons, à l’instar de Bollywood.

Selon votre perspective, quelle est l’importance de la musique pour le public qui regarde un film ?

On dit que la musique au cinéma est une troisième écriture puisqu’elle amplifie les émotions et révèle des nuances que le spectateur ne décèlerait pas seul. Le compositeur doit donc travailler côte à côte avec le réalisateur et le producteur.

C’est comme de la haute couture, taillée sur mesure pour un film. La bande originale de «Gawaza wala Ganaza» ne souligne pas uniquement le jeu des acteurs, mais surtout le volet de comédie noire.

La question se pose aussi s’il faut faire une ou plusieurs musiques. Un seul thème peut des fois élever le film à un niveau supérieur.

Une musique mal faite peut détruire une œuvre. Il y a ceux qui placent des morceaux tout prêts et ça ne colle pas. Il ne faut pas aussi tomber dans les clichés ni dans l’excès. Il faut trouver là où il faut mettre de la musique et là où c’est préférable de garder le silence.

En plus de la composition musicale, vous travaillez également  sur des projets d’animation. Pouvez-vous nous en dire plus ?

J’ai développé depuis trois ans une propriété intellectuelle intitulée «Geek Tales», qui fusionne histoire, mythologie et culture geek.  Le monde geek et la pop culture me fascinent. Les animes, les mangas, les produits Marvel et autres… Je suis déjà collectionneur. L’idée est que nous n’avons pas de produits arabes ou africains qui sont inspirés de notre héritage culturel. Nous démarrons donc avec un projet sur l’Égypte ancienne, puis il y aura une version sur Carthage.

Je suis connu en tant que musicien, mais j’interviens sur plusieurs plans. J’écris les scénarios de ces projets, je suis directeur audio, directeur créatif  et co-producteur. Je collabore aussi avec des producteurs égyptiens et saoudiens pour des projets pour des parcs d’attractions, des animations à propos de Hannibal et de Didon. Nous travaillons également sur un TV Game show de grande envergure.

Est-ce qu’on vous verra prochainement dans des collaborations artistiques en Tunisie ?

Je vais bientôt rejoindre Mohamed Ali Kammoun dans Tango arabe en tant que batteur. Il n’y a pas eu de propositions pour la composition.

Pour les autres genres de projets, il faut des départements techniques bien structurés et nous sommes encore loin à ce niveau. Même pour l’aspect créatif, je pense qu’il y a une sorte de rigidité. L’imagination est limitée dans certains produits que je trouve fades par rapport à notre temps. Je suis tout de même ouvert aux collaborations de qualité.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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