gradient blue
gradient blue
A la une Economie

Secteur automobile : À l’ère de l’électrique, de l’hybride et de la digitalisation

Avatar photo
  • 5 février 19:00
  • 7 min de lecture
Secteur automobile : À l’ère de l’électrique, de l’hybride et de la digitalisation

Le secteur automobile tunisien ne peut plus être considéré comme un simple marché de consommation ; il évolue aujourd’hui sous l’effet des contraintes d’importation, de la pression sur les devises et de la transition technologique vers les véhicules électriques et hybrides.

Ali Koubaâ, entrepreneur et fondateur de la plateforme « Auto Sans Risque », a déclaré que cette filière constitue à la fois un moteur d’innovation, un générateur d’emplois qualifiés et un levier essentiel pour la modernisation de l’industrie nationale.

La Presse — Le secteur automobile tunisien se trouve aujourd’hui à un tournant décisif. Confronté à un ralentissement économique, à des contraintes persistantes sur les importations, à la pression sur les réserves en devises et à l’évolution rapide des technologies automobiles, il ne peut plus être perçu comme un simple marché de consommation.

Ali Koubaâ, entrepreneur et fondateur de la plateforme « Auto Sans Risque », a mentionné que ce secteur constitue désormais un levier stratégique pour l’économie nationale, pour l’emploi, pour la sécurité routière et pour la transition énergétique. Cette double exigence, adaptation aux contraintes actuelles et préparation à l’avenir, impose d’analyser comment le marché tunisien s’ajuste, quelles opportunités la transition vers l’électrique et l’hybride offre-t-il, et quelles réformes sont nécessaires pour bâtir un secteur fiable, sûr et durable ?

Des consommateurs plus exigeants et un marché en adaptation

Malgré les conditions économiques difficiles, le marché automobile tunisien a démontré une capacité réelle d’adaptation. En 2025, plus de 77.000 véhicules ont été vendus toutes catégories confondues, révélant une demande toujours active mais profondément transformée.

Ali Koubaâ a souligné que le consommateur tunisien est désormais plus sensible au coût global du véhicule, englobe achat, entretien, consommation et revente, et qu’il accorde une importance croissante à la fiabilité et à la transparence, en particulier sur le marché de l’occasion.

Par ailleurs, il reste directement impacté par les restrictions d’importation, les plafonds et les règles de change. Cette évolution a favorisé la montée du marché de l’occasion, de l’importation individuelle et du marché parallèle, représentant aujourd’hui une part significative des ventes.

Il a précisé que cette réalité, loin d’être marginale, doit être encadrée et structurée pour protéger à la fois le citoyen et l’économie nationale, plutôt que d’être combattue de manière restrictive.

La transition vers les véhicules électriques et hybrides représente une opportunité stratégique majeure pour la Tunisie, bien au-delà des enjeux environnementaux. Ali Koubaâ a affirmé que les véhicules électriques et hybrides ouvrent des perspectives concrètes pour l’industrie, notamment en matière d’assemblage local, de fabrication de composants électriques et électroniques, et de développement de services techniques spécialisés.

La Tunisie dispose déjà d’atouts solides : une main-d’œuvre qualifiée, une expertise reconnue dans les faisceaux électriques et une position géographique stratégique entre l’Europe et l’Afrique, ce qui pourrait favoriser l’investissement industriel et l’intégration dans des chaînes de valeur régionales et internationales.

Cette transition vers l’électrique et l’hybride entraîne également la création de nouveaux métiers qualifiés. Elle génère des besoins en techniciens spécialisés dans les batteries, en experts en diagnostic électronique avancé, en ingénieurs en mobilité électrique et en opérateurs d’infrastructures de recharge.

Il a expliqué que ces métiers offrent une employabilité durable, mieux rémunérée et tournée vers l’avenir, tout en constituant une réponse directe aux défis liés à l’évolution technologique du secteur. L’intégration progressive de ces nouvelles technologies favorise également un transfert réel de compétences, indispensable pour moderniser la filière automobile tunisienne et renforcer sa compétitivité.

Réformes et régénération du parc automobile

Pour réussir cette transformation et réduire la dépendance aux importations, plusieurs réformes fiscales, réglementaires et industrielles sont aujourd’hui prioritaires. Ali a indiqué que le secteur doit encourager fortement les véhicules électriques et hybrides grâce à des avantages fiscaux et administratifs ciblés, des procédures simplifiées pour l’importation et l’immatriculation, ainsi que des incitations financières orientées vers les zones urbaines à forte densité.

Parallèlement, il est urgent de mettre en place un plan national de régénération du parc automobile. L’ancienneté du parc représente un risque routier, économique et environnemental majeur.

Une filière structurée de liquidation et de valorisation du vieux parc pourrait inclure la revente contrôlée vers certains marchés africains, la valorisation par pièces et le recyclage industriel, ce qui permettrait de fluidifier le marché, de créer de l’emploi et d’accélérer le renouvellement du parc.

Il a ajouté que l’encadrement du marché parallèle doit se faire sans pénaliser le citoyen. Les avantages accordés à l’importation individuelle répondent à un besoin réel mais doivent être accompagnés de mécanismes de traçabilité, de conditions d’éligibilité claires et de dispositifs favorisant les usages personnels légitimes. L’objectif est de protéger l’économie nationale tout en maintenant l’accès des citoyens à des véhicules fiables et récents.

La réussite de cette transition ne repose pas uniquement sur les réformes publiques. Elle dépend également de la capacité des startups et des compétences tunisiennes à innover, structurer et accompagner le changement.

Koubaâ a mentionné que sa startup, « Auto Sans Risque », s’inscrit pleinement dans cette dynamique, en créant de la confiance, de la transparence et de la valeur dans un secteur fragilisé par l’informel.

L’entreprise accompagne les particuliers en les aidant à prendre des décisions éclairées lors de l’achat, de la vente ou de l’entretien de véhicules, grâce à des diagnostics fiables, à la valorisation objective des véhicules et à la réduction des risques financiers et techniques liés au marché de l’occasion.

Pour un secteur durable

Elle soutient également les professionnels du secteur, en partageant le savoir-faire, en améliorant les normes de service et de qualité, en digitalisant les processus et en valorisant les compétences locales. Ali Koubaâ a expliqué que la digitalisation et l’exploitation des données permettent de structurer le marché de l’occasion, de renforcer la traçabilité et la transparence, et de positionner les compétences tunisiennes comme un atout compétitif pour l’ensemble de la filière.

La transformation durable du secteur automobile tunisien nécessite un engagement coordonné de tous les acteurs. Il a précisé que les consommateurs jouent un rôle clé en faisant des choix éclairés, en privilégiant des véhicules sûrs et fiables, contribuant ainsi à la régénération du parc et à la réduction des risques économiques et routiers.

Les professionnels du secteur garages, concessionnaires, centres de diagnostic doivent adopter des standards de qualité élevés, digitaliser leurs processus et développer des compétences techniques avancées afin de renforcer la confiance et la performance du marché.

Les startups et acteurs technologiques, comme Auto Sans Risque, apportent innovation, transparence et expertise.

Elles digitalisent les services, valorisent les compétences tunisiennes et accompagnent à la fois particuliers et professionnels, elles jouent ainsi un rôle d’accélérateur dans la transition vers des véhicules plus propres et plus sûrs.

Les institutions publiques et régulateurs doivent, quant à elles, créer un cadre clair, incitatif et structuré qui permet de protéger l’économie nationale, d’encourager l’investissement dans l’électrique et l’hybride, et de fluidifier la régénération du parc.

Ali Koubaâ a conclu que c’est l’engagement coordonné de tous ces acteurs, combiné à des stratégies cohérentes, qui permettra de construire un secteur automobile tunisien solide, fiable et durable. Un secteur capable de relever les défis économiques, technologiques et environnementaux, tout en sécurisant le marché pour les citoyens et les entreprises, et en positionnant la Tunisie comme un acteur innovant dans la mobilité de demain.

Avatar photo
Auteur

Sabrine AHMED

You cannot copy content of this page