La Tunisie, l’un des principaux producteurs mondiaux d’huile d’olive, traverse une saison de récolte marquée par des résultats inférieurs aux attentes, malgré des conditions climatiques favorables et un parc oléicole en croissance. Selon le président du Syndicat tunisien des agriculteurs, Midani Dhaoui, cette situation reflète avant tout une mauvaise gestion et un manque de planification scientifique, qui mettent en péril non seulement la qualité de la production, mais aussi l’avenir des oliviers eux-mêmes.
Intervenant sur Express Fm, Dhaoui a précisé que la saison ne doit pas être évaluée uniquement sur la base du volume de production. “Il est essentiel de considérer les bénéfices réels pour le producteur, l’économie nationale et le consommateur, notamment en matière de qualité et de stabilité des prix”, a-t-il souligné. Selon lui, la communication médiatique sur des chiffres de production soi-disant élevés ne reflète pas toujours la réalité économique vécue par les agriculteurs.
Un potentiel mal exploité malgré des conditions favorables
La Tunisie possède aujourd’hui entre 110 et 120 millions d’oliviers, avec un renouveau de nombreuses exploitations et une amélioration du taux de repiquage. La saison écoulée a également bénéficié de conditions climatiques favorables, offrant un potentiel de production supérieur à ce qui a été réellement récolté.
“Ces facteurs positifs auraient pu permettre une récolte exceptionnelle, mais ils n’ont pas été exploités à cause de l’absence de planification scientifique et du retard dans les décisions clés, notamment le choix du calendrier de récolte et la fixation des prix”, a expliqué Dhaoui. Il a critiqué ce qu’il a qualifié de « retard fatal » dans la gestion de la saison, rappelant que l’allongement de la période de récolte hors cadre scientifique a directement affecté la qualité de l’huile et perturbé le cycle biologique de l’olivier.
L’expert a également pointé du doigt la désorganisation globale du secteur, qui se traduit par des tensions entre les producteurs et les propriétaires de moulins à huile, ainsi qu’une coordination difficile avec les structures de supervision. “L’absence de vision claire pour gérer la saison et commercialiser la production a plongé le secteur dans un climat d’instabilité et de chaos”, a-t-il ajouté.
Vers une politique agricole moderne et structurée
Malgré ces défis, Dhaoui a rappelé que l’huile d’olive tunisienne est l’une des meilleures au monde, avec plus de 80 % de la production classée biologique. Cependant, en raison d’une organisation et d’une promotion commerciale insuffisantes, le produit se vend souvent à des prix très bas sur le marché international.
Le président du syndicat a insisté sur la nécessité de mettre en place une politique agricole claire et structurée, reposant sur une planification préalable, le respect des normes scientifiques pour la récolte et la tarification, et l’implication des professionnels dans la prise de décision.
“Si le secteur de l’huile d’olive est organisé sur des bases scientifiques et économiques modernes, loin des solutions improvisées qui se répètent chaque saison, il pourrait devenir une colonne vertébrale pour l’économie nationale et générer des devises importantes”, a conclu Dhaoui.
Il a en outre rappelé aux agriculteurs et aux acteurs du secteur que la qualité et la compétitivité de la production tunisienne dépendent de décisions rapides, cohérentes et transparentes, afin de valoriser ce produit stratégique et de sécuriser l’avenir de la filière oléicole.