Cinéfils – Cinémad’art : Des courts métrages inédits
CinéMad’art a consacré une soirée aux courts métrages qui ont fait sensation lors des JCC 2025. Le fardeau des ailes de Rami Jarboui, Sursis de Walid Tayaa, Cursed Tomatoes de Marwa Tiba, Pierre – feuille – ciseaux de Cherifa Bennouda ou encore Sous les ruines de Nadhir Bouslema ont bousculé le public présent et ont délié les langues lors d’un débat.
La Presse — Grande découverte des JCC 2025, « Le Fardeau des ailes » de Rami Jarboui sillonne, à l’heure actuelle, les festivals, à l’étranger comme le prestigieux Sundance ou le festival international des courts métrages de Clermont-Ferrand.
Ayant reçu une mention spéciale du jury lors des JCC, le film se distingue par sa technique de réalisation : il s’agit d’une fable animée, conçue en rotoscopie et en 3D. A l’affiche, de vrais acteurs, tels que Mohamed Grayaa ou Fatma Felhi.
Le film peint sur 19 mn la jeunesse tunisienne marginalisée et transmet une immense sensibilité, tout en criant sa détresse et ses rêves d’ailleurs. Du baume pour le cœur et pour les yeux.
La fable cinématographique animée suit Yahya, un jeune homme en fauteuil roulant, vivant dans un quartier défavorisé de Tunis. Marqué par un accident lié à une tentative d’immigration clandestine, il continue de vivre, avec le poids du trauma vécu.
Son quotidien bascule lorsqu’une rencontre inattendue : sa soif de liberté devient rapidement inaltérable. La puissance de son image et sa symbolique véhiculée crèvent l’écran.
Le film aborde des thèmes universels comme l’identité, la résilience, la quête de dignité, tout en restant ancré dans une Tunisie d’actualité.
Le silence perceptible des victimes
Le court-métrage « Sursis » du cinéaste tunisien Walid Tayaa a été sélectionné en compétition officielle parmi de nombreux films courts, issus de plusieurs pays lors des Journées cinématographiques de Carthage en 2025.
L’œuvre de Tayaa s’inscrit dans une contemporanéité. Sur 28 min, « Sursis » met en exergue, physiquement, des personnages, campés par des acteurs, tous marqués par des traumatismes liés principalement à des bavures policières.
Face caméra et dans un silence total, ils transmettent émotions et peurs sans qu’ils ne prononcent un mot : des voix off expriment des expériences dures et des récits qui retentissent à travers des décors métaphoriques.
Le traumatisme individuel se confond aussitôt au collectif. Walid Tayaa casse avec le format classique et se livre à une docufiction inédite en questionnant le réel et en titillant les sens.
Profondément humain
Aux 36es Journées cinématographiques de Carthage (JCC) 2025, la réalisatrice tunisienne Marwa Tiba a présenté « Tomates maudites », un court documentaire de 23 minutes, sélectionné en compétition officielle des courts-métrages.
Tourné dans le Sud tunisien, « Tomates maudites » dresse un double portrait de Nawar et Raouf, deux paysans confrontés à des réalités agricoles dures. Leur combat quotidien pour préserver leurs plantations de tomates prend l’allure d’un récit profondément humain sur la précarité, le climat et la lutte pour une survie.
Un documentaire court qui met en lumière une strate sociale peu connue, voire invisible. Marwa Tiba lève le voile sur les conséquences sociales et environnementales des modèles agricoles contemporains, tout en traitant de problématiques globales liées aux difficultés économiques, à la sécheresse, à la marginalité et à l’abandon. « Tomates maudites » est un témoignage utile, désormais accessible.
L’absurdité kafkaïenne
Le cinéma prometteur de la section « Ciné-promesse » a aussi chamboulé le public présent. Cherifa Bennouda, lauréate du prix « Ciné-promesse » lors des récentes JCC, s’est démarquée grâce à son film « Pierre, feuille, ciseaux ».
Le film est produit à l’École supérieure de l’audiovisuel et du cinéma de Gammarth. Il met en scène Da, un personnage confronté à l’absurdité kafkaïenne de l’administration lorsqu’il tente d’obtenir un simple document de mariage.
Le personnage principal se perd dans les méandres administratifs. Profondément critique et rythmé par un ton dérisoire, le film pointe du doigt une réalité pénible, dans une satire courte.
La séance a permis au film « Sous les ruines » de Nadhir Bouslama de rencontrer un public autre que celui des JCC. Nadhir Bouslama, jeune réalisateur montant, a présenté son tout premier film court.
Produit par La Fémis — l’école française de cinéma —, « Sous les ruines », nous présente Hedi, un jeune homme qui retourne pour la première fois en Tunisie depuis le décès de son père pour assister au mariage de sa cousine Salma.
Les souvenirs du passé et les traces d’un vécu n’ont cessé de se bousculer, en révélant des deuils inachevés et en le confrontant à son passé. Relations familiales et choix de vie sont donc interrogées.
« Sous les ruines » se veut réaliste, voire personnel. Criant de sincérité, il continue à résonner au-delà de ses projections et de sa durée courte.

