Préparatifs de Ramadan : Sous le signe des paradoxes
Il ne reste plus que deux semaines avant l’arrivée de Ramadan. La célébration du mois du jeûne et de la piété se fait toujours dans la joie.
Les familles tunisiennes perpétuent, un tant soit peu, les préparatifs ramadanesques, en dépit de la cherté de la vie.
La Presse — Ravies de vivre un nouveau mois de jeûne et de rituels religieux, les familles tunisiennes s’empressent de remettre tout dans l’ordre et de garantir toutes les conditions nécessaires à des journées de jeûne paisibles et agréables. Néanmoins, en d’autres temps, les Tunisiens s’appliquaient à des préparatifs ô combien coûteux.
Ils tenaient à repeindre le foyer, à renouveler les couverts et les ustensiles de cuisine ainsi que le linge de maison. Ils s’approvisionnaient, généreusement, en condiments frais et en ingrédients basiques comme la farine, la semoule, le sorgho, le sucre, l’huile, sans compter les dattes, le miel et les différentes variétés de fruits secs, indispensables à la préparation des délices traditionnelles. C’est que le pouvoir d’achat permettait autant d’opulence, ce qui n’est plus le cas.
Un budget doublé
Aussi, les familles tunisiennes ont-elles limité les préparatifs conformément au budget alloué à cet effet. Mohamed Salah, un retraité de l’enseignement secondaire, a pris l’habitude, quelques mois avant Ramadan, de faire des économies afin de renforcer le budget ramadanesque. «Depuis que mes filles se sont mariées, ma femme et moi n’accordons plus de grand intérêt aux préparatifs.
Cependant, nous faisons en sorte que le couffin ramadanesque soit généreusement rempli pour pouvoir organiser, souvent, des dîners de rupture du jeûne copieux et régaler nos filles, nos beaux-fils et nos petits-enfants. Le budget de la semaine se trouve alors doublé, passant de 250 à 500 dinars», indique-t-il. Et d’ajouter que ce sont ses filles qui se chargent des délices de la soirée.
Si certains calculent bien leurs comptes, d’autres, par contre, s’adonnent à des petits achats en guise de préparatifs, sans pour autant alourdir les dépenses. C’est le cas de Lamia Abbane, opticienne. A l’instar de la majorité des ménagères, elle sait pertinemment que les préparatifs de Ramadan impliquent un grand ménage, un nettoyage impeccable de la cuisine ainsi que l’achat d’une nouvelle vaisselle. «Franchement, je ne consacre pas un budget spécial préparatifs et encore moins un budget spécial Ramadan.
Les dépenses surviennent d’une manière imprévisible, au gré des envies. Même chose pour le menu, d’ailleurs. Toutefois, précise-t-elle, les plats que l’on prépare pour la rupture du jeûne diffèrent de ceux préparés en temps normal. Ils sont plus coûteux car ils contiennent plus d’ingrédients onéreux comme les fromages par exemple. Du coup, le budget se trouve, nécessairement, augmenté».
De l’abstinence dites-vous ?
Naturellement, ce sont les ingrédients onéreux qui alourdissent le budget ramadanesque et hissent les dépenses spécial préparatifs. C’est ce que confirme un vendeur dans une épicerie fine qui préfère garder l’anonymat : «Comme chaque année, les clients commencent à affluer pour s’approvisionner pour Ramadan en différents produits.
Ce sont surtout les produits chers qui sont demandés, notamment les boites de thon en conserve d’un kilo ou plus, l’huile d’olive, l’huile végétale ou encore celle spécial friture. Des listes exhaustives à la main, ils commandent des confitures, des grandes boites de pâtes de sésame (chamia), des kilos de margarine, ainsi que de grandes quantités de fromages, des fruits secs et autres, séchés, des dattes cachetées, des salaisons, des épices, de la harissa traditionnelle et autres produits», indique-t-il. Et d’ajouter que l’approvisionnement spécial Ramadan en ces produits fortement consommés durant ce mois nécessite une enveloppe qui varie de 300 dt à 600dt.
Pas droit à l’excès !
Mais pour bon nombre de Tunisiens, notamment ceux à faibles revenus, Ramadan se vit au jour le jour, sans préparatifs préalables et encore moins sans excès de dépenses. Sonia Bouzouita travaille comme aide-ménagère. Mère de quatre enfants, elle compte aussi sur les contributions de sa fille pour garantir les besoins élémentaires de sa famille. «Pour nous, les dépenses sont quasiment les mêmes en temps normal tout comme à Ramadan. Nous vivons au jour le jour. Notre quotidien oscille entre des hauts et des bas comme tout le monde», indique-t-elle, souriante et confiante.
Et c’est durant Ramadan que les écarts sociaux se font ressentir le plus. Le jeûne a aussi ceci de bon qu’il incite à la solidarité sociale et à l’entraide sur fond de compassion. Une nouvelle épreuve humanitaire et caritative s’annonce au profit des vulnérables mais aussi des bienfaiteurs.