Tourisme tunisien : La relance passe par la durabilité
Le secteur touristique tunisien amorce une reprise progressive. Le projet « Destination Durable Tunisie », financé par le Seco et mis en œuvre par Helvetas, contribue à cette dynamique en renforçant la valeur locale, la diversification des offres et la compétitivité des destinations.
La Presse — Le secteur touristique tunisien montre des signes de reprise, après plusieurs années marquées par des crises. Boutheina Gharbi, responsable du projet « Destination Durable Tunisie », a déclaré que ce projet, financé par le « Seco » et mis en œuvre par « Helvetas », agit directement sur les leviers économiques clés de la compétitivité touristique et reste une bouffée d’oxygène pour le secteur.
Elle a expliqué que, d’abord, le projet renforce la création de valeur locale en structurant des chaînes de valeur territoriales, inclut l’hébergement alternatif, les expériences culturelles, l’artisanat, les produits du terroir, les services para-touristiques. Selon elle, cette approche permet de mieux redistribuer les revenus du tourisme au niveau local, au bénéfice notamment des PME, des jeunes et des femmes.
Diversifier l’offre pour allonger la durée de séjour
Ensuite, la variété de l’offre touristique contribue à allonger la durée moyenne de séjour et à renforcer l’attractivité des destinations ciblées, à savoir le Dahar et Djerba. En proposant des expériences complémentaires au balnéaire, culture, nature, gastronomie, patrimoine vivant, ces destinations deviennent plus attractives tout au long de l’année et moins dépendantes de la saison.
Par ailleurs, la montée en gamme qualitative et l’amélioration de la visibilité des offres durables, notamment grâce au marketing digital et aux systèmes de réservation en ligne, permettent une augmentation des recettes touristiques. L’objectif est clair, a précisé Boutheina Gharbi : générer davantage de valeur par visiteur plutôt que d’augmenter uniquement le volume, tout en améliorant la satisfaction et la fidélité des clientèles.
À l’horizon du projet, une hausse significative des recettes issues du tourisme durable est attendue, accompagnée d’un meilleur ancrage territorial du secteur.
Pour Gharbi, investir dans la durabilité n’est pas un coût supplémentaire, mais un levier de rentabilité et de résilience économique. Les investissements dans les énergies renouvelables, la gestion efficiente de l’eau ou l’économie circulaire permettent de réduire durablement les charges d’exploitation, particulièrement dans un contexte de hausse des coûts énergétiques et de stress hydrique croissant.
Un positionnement renforcé sur un marché en mutation
De plus, les entreprises engagées dans des pratiques durables bénéficient d’un meilleur positionnement sur le marché, répondre à une demande touristique de plus en plus sensible aux enjeux environnementaux et socioculturels. Cela se traduit par une meilleure attractivité, des taux de satisfaction plus élevés et une capacité accrue à capter des clientèles à plus forte valeur ajoutée.
Enfin, l’intégration de la mobilité douce et des expériences locales enrichit l’offre sans nécessité d’investissements lourds, tout en renforçant l’image de marque des destinations et des opérateurs.
Selon Boutheina Gharbi, la pérennité économique du projet repose sur une gouvernance partagée et des mécanismes de financement hybrides. Le rôle des Organisations de gestion de destination (DMO) est central : elles assurent la coordination entre acteurs publics et privés, la cohérence stratégique et le partage des efforts de promotion et de développement.
Leur modèle économique est progressivement renforcé à travers des solutions de financement pérennes, en associant la contribution des adhérents, partenariats privés et ressources propres, avec l’objectif de mettre en place des mécanismes de financement spécifiques pour les prestataires du tourisme durable, en partenariat avec le ministère du Tourisme.
Engagement local et impact mesurable
Le projet s’appuie également sur un fonds compétitif, favorise le cofinancement et l’appropriation locale des initiatives. Ce mécanisme encourage l’engagement des organisations, des PME touristiques et des investisseurs privés à porter des projets collaboratifs multi-acteurs à impact mesurable.
Enfin, Gharbi a souligné que le dialogue public-privé et l’amélioration du cadre réglementaire constituent des conditions essentielles pour sécuriser les investissements, faciliter l’innovation locale et inscrire le tourisme durable dans les politiques publiques nationales et territoriales.