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Au service de la paix : Quand les Casques bleus tunisiens forgent l’image internationale du pays

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  • 7 février 17:15
  • 6 min de lecture
Au service de la paix : Quand les Casques bleus tunisiens forgent l’image internationale du pays

Discrète mais constante, la participation de la Tunisie aux missions de maintien de la paix des Nations unies façonne, loin des projecteurs, son image sur la scène internationale.

En République centrafricaine, l’engagement des Casques bleus tunisiens au sein de la Minusca illustre une diplomatie de terrain fondée sur le professionnalisme, la fiabilité et le sens du devoir.

La Presse — La décoration de 75 Casques bleus tunisiens à Bangui, le 3 février dernier, pour leur contribution à la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca), dépasse le simple cadre d’une reconnaissance opérationnelle.

Elle illustre, une fois de plus, le rôle singulier que joue la Tunisie sur la scène internationale : celui d’un acteur discret mais crédible de la diplomatie de la paix, porté par le professionnalisme de ses forces armées.

Des soldats, mais aussi des ambassadeurs de l’État tunisien

Dans les opérations de maintien de la paix, chaque contingent est bien plus qu’un instrument militaire : il devient un vecteur d’image, un prolongement direct de l’État qu’il représente. Les Casques bleus tunisiens, et en particulier l’Unité tunisienne de transport aérien déployée depuis août 2025 au sein de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca), en Afrique centrale, incarnent cette diplomatie silencieuse.

Leurs performances — plus de 500 heures de vol, des milliers de passagers et de tonnes de fret transportés, des évacuations sanitaires vitales et un appui logistique décisif aux élections centrafricaines — ont consolidé l’image d’une Tunisie fiable, disciplinée et efficace, capable d’opérer dans des contextes complexes sans recherche de visibilité excessive.

Cette approche contraste avec celle de puissances plus affirmées ou d’États aux moyens pourtant limités, qui utilisent souvent leurs ressources à des fins internationales plutôt qu’au service de la croissance et du développement de leur population, et dont l’action est parfois perçue comme interventionniste ou motivée par des intérêts mal définis, voire belliqueux.

À l’inverse, la Tunisie se distingue par une stratégie fondée sur la prudence, la patience et le multilatéralisme, privilégiant le dialogue, la coopération et le respect des souverainetés nationales. Cette posture renforce non seulement son aura auprès de la communauté internationale, mais lui permet également de cultiver des relations équilibrées avec des partenaires variés, proches ou lointains, consolidant ainsi une crédibilité durable qui repose sur la constance de ses engagements plutôt que sur la démonstration de puissance, qu’elle soit réelle ou factice.

La Minusca, un théâtre stratégique au cœur de l’Afrique

La République centrafricaine est aujourd’hui l’un des terrains les plus sensibles du continent africain, au croisement d’enjeux sécuritaires, humanitaires et géopolitiques majeurs. Instabilité chronique, groupes armés, rivalités d’influence internationales : la Minusca opère dans un environnement où chaque contribution opérationnelle a un poids politique.

Dans ce contexte, la présence tunisienne, saluée comme un «pilier logistique» de la mission par la représentante spéciale du secrétaire général de l’ONU, conforte le positionnement de la Tunisie comme acteur africain responsable, engagé pour la sécurité collective sans agenda caché. Ce choix n’est pas anodin, il inscrit la Tunisie dans une logique de profondeur stratégique africaine, à l’heure où le continent devient un espace central de recomposition des équilibres mondiaux.

Une tradition tunisienne ancrée dans l’histoire des Nations unies

Pour la petite histoire, la participation tunisienne aux missions de maintien de la paix n’est ni récente ni opportuniste. Depuis les années 1960, la Tunisie a contribué à de nombreuses opérations onusiennes, au Congo, au Cambodge, en Haïti, au Mali ou encore en République démocratique du Congo. Cette constance s’inscrit dans une doctrine claire : soutenir le multilatéralisme, privilégier les solutions politiques aux conflits et renforcer la légitimité du droit international.

Les forces armées tunisiennes ont progressivement bâti une réputation solide, fondée sur la rigueur professionnelle, la neutralité et le respect des populations locales. La présence de femmes au sein des contingents, comme le souligne le témoignage du lieutenant Ahlem Laouini, participe également à moderniser l’image de l’armée tunisienne et à aligner sa participation sur les standards contemporains des opérations de paix.

Un capital symbolique sous-exploité sur le plan diplomatique

Toutefois, si les Casques bleus tunisiens contribuent efficacement à l’influence de la Tunisie à l’étranger, cette valeur reste souvent insuffisamment exploitée dans le discours diplomatique et stratégique national. À l’heure où notre pays cherche à renforcer sa crédibilité internationale, attirer des partenariats et affirmer sa place dans les forums multilatéraux, ce capital humain et opérationnel constitue donc un atout majeur.

La reconnaissance exprimée par les responsables onusiens, notamment lors de la cérémonie de Bangui, rappelle que la Tunisie dispose encore de leviers d’influence fondés non sur la puissance économique ou militaire, mais sur la fiabilité, l’éthique et l’engagement de ses hommes et femmes en uniforme.

Un atout majeur qui a également consolidé la réputation d’un pays respectueux des souverainetés, attaché au multilatéralisme et au dialogue, cultivant des relations équilibrées et privilégiant, dans ses engagements extérieurs, la coopération et le respect réciproque plutôt que le conflit ou l’interventionnisme.

Une image qui se construit loin des projecteurs

Dans un monde dominé par la communication instantanée et la diplomatie spectaculaire, la Tunisie continue de construire son image internationale loin des projecteurs, sur le terrain, au prix de l’effort, de la rigueur et de l’engagement humain. À Bangui, derrière les médailles remises aux Casques bleus tunisiens, il y a des heures de vol, des vies sauvées, des élections rendues possibles et une présence rassurante dans l’un des contextes les plus instables du continent.

Ces décorations rappellent que la Tunisie reste capable de projeter à l’extérieur une image de stabilité, de compétence et de responsabilité, portée par des femmes et des hommes qui incarnent, loin du pays, ses valeurs et son sens du devoir.

Cette image repose aussi sur la neutralité des postures, privilégiant le dialogue et refusant de soutenir un groupe contre un autre, une valeur constitutive de la personnalité tunisienne. Elle a constitué, depuis longtemps, l’un des piliers de la force diplomatique de notre pays. Une image précieuse, construite dans la durée, et qui pourrait devenir, si elle est pleinement assumée et valorisée, l’un des piliers d’une diplomatie tunisienne plus affirmée, à l’heure où la crédibilité est devenue l’une des monnaies les plus rares sur la scène internationale.

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Auteur

Hella Lahbib

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