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Economie

Compétences en IA : Le maillon faible de la croissance africaine

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  • 7 février 20:15
  • 7 min de lecture
Compétences en IA : Le maillon faible de la croissance africaine

Si l’intelligence artificielle s’impose progressivement dans les entreprises et les administrations, son intégration réelle dans l’économie africaine reste freinée par un désalignement entre technologies disponibles, compétences humaines et besoins du marché. C’est dans ce contexte que « Pecb Régional Webinars » a organisé, récemment, un webinaire intitulé « Les compétences en IA dont l’Afrique a besoin maintenant – Êtes-vous prêt ? ».

La Presse — Organisme de certification de référence, « Pecb » œuvre à la promotion de la confiance numérique à travers des programmes de formation et de certification de classe mondiale, conformes aux normes internationales, afin d’accompagner les professionnels dans le développement de compétences clés en sécurité numérique et dans d’autres domaines stratégiques.

Dans ce contexte, Walid Charfi, consultant en management des systèmes d’information, en intelligence artificielle et en cybersécurité, a déclaré que la principale interrogation aujourd’hui n’est pas la rapidité avec laquelle l’intelligence artificielle progresse, mais la capacité des pays africains à évoluer à son rythme. Selon lui, si l’IA avance très vite, l’Afrique reste encore en retrait, notamment dans les domaines de la recherche et de l’industrie.

L’urgence est maintenant

Il a souligné que le continent utilise déjà des solutions d’intelligence artificielle, mais demeure majoritairement consommateur plutôt que concepteur. Certes, des startups et des initiatives émergent, mais elles restent insuffisantes au regard de la taille de la population et du potentiel du continent. « L’urgence est maintenant », a-t-il insisté, appelant à passer rapidement de l’expérimentation à l’action, à travers des stratégies concrètes et appliquées sur le terrain.

Walid Charfi a estimé que le véritable frein au développement de l’IA en Afrique n’est pas technologique, mais humain. Le déficit de compétences locales reste profond, tandis que trop d’organisations testent l’IA sans vision claire. « Adopter des outils sans investir dans les compétences conduit rarement à des projets transformants », a-t-il rappelé.

Pour répondre à ce défi, il a résumé les enjeux autour de trois piliers essentiels. Le premier concerne les données locales et la souveraineté des données. Une IA entraînée sur des données qui ne reflètent pas les réalités africaines produit des décisions peu pertinentes. Langues locales sous-représentées, contextes urbains mal modélisés et réalités socio-économiques ignorées limitent l’efficacité des systèmes actuels.

D’où la nécessité d’investir dans la collecte, la structuration, la sécurité et l’hébergement des données africaines, grâce à des compétences en data engineering, cloud et data centers. « Pas de données locales, pas d’IA pertinente pour le continent », a-t-il résumé.

Le deuxième pilier repose sur l’IA appliquée, orientée vers la création de valeur réelle. L’IA n’a d’intérêt que si elle résout des problèmes concrets. Agriculture, finance, fintech, santé ou éducation offrent des cas d’usage à fort impact. La compétence la plus rare, selon lui, consiste à traduire un problème réel en cas d’usage IA clair et mesurable. Cela suppose des profils hybrides, capables de comprendre à la fois les métiers et les limites de la technologie.

Enfin, le troisième pilier concerne l’IA literacy pour tous, appuyée par une gouvernance et une éthique solide. Walid Charfi a rappelé que l’IA n’est plus réservée aux ingénieurs, mais devient une compétence citoyenne. Comprendre les biais, poser les bonnes questions et maîtriser les usages sont désormais indispensables, notamment à travers des cadres comme la norme ISO 42001, dédiée au management de l’IA.

Les compétences décideront du futur de l’IA en Afrique

Il a conclu que chaque citoyen, professionnel et décideur sera amené à interagir avec des systèmes intelligents. Cela implique un rôle central de l’éducation, dès le plus jeune âge, et des formations continues adaptées. « Une société qui ne comprend pas l’IA est une société qui la subira », a-t-il averti, affirmant que les compétences décideront du futur de l’IA en Afrique.

De son côté, Mourad El Baz, CEO de « Skills Campus », a indiqué que la démocratisation rapide de l’intelligence artificielle, notamment à travers l’IA générative, tend à masquer un enjeu plus profond : celui de la compréhension réelle et stratégique de cette technologie par les organisations. Intervenant lors d’un événement organisé en partenariat avec « Pecb », il a estimé que le problème ne réside pas dans l’accès à la technologie aujourd’hui largement disponible mais dans la perception souvent erronée de ce qu’est réellement l’IA.

« L’IA ne se limite pas aux outils génératifs comme ChatGPT ou Copilot », a-t-il expliqué, soulignant la nécessité de distinguer les différents types d’intelligence artificielle et leurs usages professionnels. Il a mis en garde contre une adoption superficielle, assimilée à un simple effet de mode, au détriment d’une utilisation structurée, gouvernée et réellement créatrice de valeur.

Mourad El Baz a insisté sur l’importance de la gouvernance de l’IA, rappelant que tout projet dans ce domaine doit intégrer des dimensions clés telles que l’équité, la gestion des risques et des indicateurs de performance pertinents. « L’IA représente une opportunité majeure, mais aussi un risque significatif si elle n’est pas maîtrisée », a-t-il affirmé, appelant les entreprises à évaluer avec précision le retour sur investissement de leurs initiatives, notamment en matière de formation et de transformation des processus.

Un projet stratégique, avec des objectifs clairs

Il a également, pointé le décalage persistant entre les formations proposées et les besoins réels du marché, l’Afrique fait face à une pénurie critique de compétences en IA. Pour y remédier, il a plaidé pour une compréhension stratégique de l’IA au niveau des dirigeants, comparable à l’implication attendue du leadership dans tout système de management. « L’IA doit être pensée comme un projet stratégique, avec des objectifs clairs en termes de coûts, de délais et de qualité », a-t-il souligné.

Par ailleurs, le CEO de Skills Campus a mis l’accent sur la nécessité de définir ce qui peut être automatisé et ce qui doit rester du ressort de l’humain, qualifiant ce dernier de « facteur ultra-humain » dans la chaîne de valeur. Il a également insisté sur l’importance de former les décideurs à l’IA, afin de distinguer l’IA générative des autres formes d’intelligence artificielle et d’évaluer l’ampleur réelle des projets impliquant le développement de solutions propres.

Enfin, Mourad El Baz a mis en avant trois compétences clés : la maîtrise du prompt engineering, avec des formations adaptées aux métiers (RH, finance, audit, etc.) ; l’usage professionnel de l’IA, orienté vers des gains mesurables de productivité ; et l’automatisation intelligente des processus, combinant IA, RPA et solutions no-code, déjà intégrées par les grands éditeurs d’ERP.

Selon lui, transformer chaque fonction en véritable « assistant métier » grâce à l’IA pourrait générer des gains de productivité allant de 30 à 70 %, à condition d’inscrire cette transformation dans une vision stratégique claire, cohérente et durable.

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Auteur

Sabrine AHMED

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