Mes Humeurs : Héritage et modernité en harmonie
La Presse —La récente tempête et ses malheureuses conséquences ont dévoilé les failles des bâtiments vétustes, ceux qui ont vieilli et d’autres qui menacent ruine. Le piéton a tout à gagner pour lever la tête, il découvrira au-delà des risques, somme toute peu fréquents, l’architecture de ces bâtiments anciens, leurs caractéristiques, styles, bas-reliefs, leurs balcons, la ferronnerie d’époque et… regrettera, au passage, que plusieurs d’entre eux ne sont pas entretenus.
A Tunis, les bâtiments, qui longent les grandes artères dans ce qu’on appelait le quartier français, formant les axes Habib Bourguiba, l’avenue de Paris et les rues adjacentes, datent dans l’ensemble du début du siècle dernier.
Combien de fois, me suis-je arrêté devant l’un de ces bâtiments évocateurs appelé Palazzo Disegni, situé au n° 114-116 de la rue Radhia Haddad, à un jet de pierre du marché central ! Et, admiré sa façade, soigneusement restituée qui révèle un vocabulaire architectural typique du début du siècle passé : lignes harmonieuses, ornementation mesurée mais raffinée, jeux subtils de reliefs et de matériaux. Les corniches, les balcons ouvragés et les encadrements de fenêtres témoignent d’un savoir-faire artisanal aujourd’hui rare.
Erigé au tout début du XXe siècle(1908), le bâtiment est classé, il appartient désormais à la Banque internationale arabe de Tunisie (BIAT) qui l’a restauré en bonne et due forme ; il se dresse aujourd’hui comme un témoin réconcilié avec son temps, à la croisée de la mémoire et de la modernité. Longtemps marqué par l’usure des décennies, il a retrouvé, au terme d’une restauration minutieuse, l’élégance qui caractérisait les architectures de cette période charnière, où l’audace formelle se mêlait encore au respect des canons classiques.
Ce bâtiment restauré n’est pas seulement une œuvre architecturale remise en état ; il est aussi un fragment d’histoire de Tunis rendu à la vie collective. Il raconte une époque d’optimisme et de transition, où la ville se transformait au rythme des progrès techniques et des aspirations nouvelles. Sa renaissance s’inscrit dans une démarche plus large de valorisation du patrimoine urbain, consciente que ces édifices constituent une mémoire vivante et non un simple décor figé.
La banque précitée continue d’étendre son développement immobilier, elle a acquis un autre bâtiment dans le voisinage, l’emblématique hôtel La Maison Dorée.
Situé près de la gare, l’immeuble, bombardé pendant la Seconde Guerre mondiale, a été reconstruit ; la façade de cet hôtel, fermé depuis peu d’années, est banale, son architecture n’est pas une œuvre marquante, mais l’adresse était recommandée par des guides, elle renferme une mémoire riche, un restaurant de bonne tenue «Les Margueritas» donne sur la rue de Hollande, faisait office de cantine pour le personnel de l’ambassade de France.
Au sommet de sa gloire, Fréderic Mitterrrand logeait toujours dans la même chambre au 1er étage. Les nouveaux propriétaires, on n’a pas de doute là-dessus, sauront effectuer une restauration à la hauteur de celle du fameux Palazzo Disegni.