Violence à l’école : l’État change de méthode
Le ministère de l’éducation s’apprête à lancer une stratégie nationale visant à protéger les établissements scolaires contre la violence, dans le cadre de ses efforts visant à faire face au phénomène de violence en milieu scolaire et à garantir un environnement sécurisé aux élèves et au cadre éducatif.
Dans ce sens, le ministère a indiqué que cette initiative s’inscrit dans le cadre d’une orientation nationale visant à traiter le phénomène de violence en milieu scolaire de manière globale basée sur la prévention, la sensibilisation et l’anticipation, à travers une approche éducative, psychologique et sociale, au lieu de recourir aux solutions répressives.
La stratégie nationale est basée essentiellement sur la formation d’une nouvelle génération d’apprenants dotée de plusieurs outils de prévention, à travers la diffusion de la culture du dialogue en milieu scolaire et de la différence positive, du respect de l’autre, de la libre expression et de la lutte contre toutes formes de discrimination.
Le ministre de l’éducation, Nourredine Nouri a souligné, lors d’une conférence nationale tenue au cours de cette semaine en partenariat avec plusieurs structures nationales et organisations internationales que cette stratégie a pour objectif de fournir un environnement scolaire sécurisé, à assurer aux élèves un cadre respectueux fondé sur le dialogue et le respect mutuel, propice à l’apprentissage.
Il a noté que les établissements scolaires jouent un rôle primordial dans l’éducation des élèves aux valeurs nobles en agissant comme un lieu favorable pour le développement de leurs talents et la promotion de la pensée libre, précisant que la promotion du secteur éducatif inclue non seulement les réformes éducatives mais aussi la protection des établissements contre les divers défis, dont principalement la violence.
Cette démarche illustre l’intérêt accordé par l’état tunisien à la sécurité des élèves et à d’apprentissage et s’inscrit dans le cadre d’un processus visant à promouvoir la qualité de l’éducation et la sécurité en milieu scolaire à travers une approche éducative intégrée alliant prévention et sensibilisation, qui sera mise en oeuvre avec la participation de l’école, de la famille et de la société civile.
Diagnostic du phénomène avant l’élaboration de la stratégie
Dans le cadre de l’élaboration de cette stratégie, le ministère de l’éducation a fait un diagnostic du phénomène de la violence dans les établissements scolaires à travers la collecte et l’analyse des données et le recensement des différentes formes de violence aussi bien à l’intérieur des établissements scolaires qu’à l’extérieur et ce, dans le cadre d’une étude réalisée en collaboration avec l’UNICEF, visant la préparation d’une stratégie qui répond aux besoins du travail de terrain et des spécificités régionales.
Les résultats de l’étude ont démontré que le taux général d’exposition des élèves à la violence physique a atteint 28.4pc , réparti entre 12.5 pc ayant subi la violence une fois et 15.9 pc plus d’une fois, avec un taux d’exposition des garçons plus élevé que celui des filles.
L’étude a également révélé qu’environ 40 pc des cas de violence physique subis par les élèves proviennent d’autres élèves, tant des filles que des garçons, ce qui indique qu’une part importante des phénomènes de violence se produit à l’intérieur de l’établissement scolaire.
Les données ont montré que 57 pc des cas de violence se produisent à l’intérieur des établissements scolaires, 25.8 pc pendant les cours, et 19.7 pc à l’intérieur des salles de classe, avec une augmentation notable pendant les heures de pause de 16.8 pc.
L’étude a également révélé que 19.6 pc parmi les cas de violence se produisent sur le chemin de l’école, tandis que 61.4 pc des élèves interrogés ont déclaré avoir été victimes de moqueries ou d’insultes.
Les différents axes de la stratégie nationale
La stratégie nationale a prévu d’inclure plusieurs axes, dont notamment le renforcement de la culture de non-violence au sein des établissements scolaires, l’appui aux capacités des enseignants dans la gestion des conflits et la promotion des mécanismes de soutien psychologique et social pour les élèves.
Il est également prévu que la stratégie instaure des mécanismes d’intervention précoce en cas de détection de comportements violents, adopte des moyens de médiation et de dialogue au sein de l’école et améliore la coordination entre l’établissement scolaire, la famille et les structures sociales spécialisées.
Rôle de la famille et la société civile
Le ministère de l’éducation a indiqué que cette stratégie sera réalisée selon une approche participative, impliquant divers intervenants à savoir les éducateurs, les administrateurs, les parents, les assistants sociaux et les psychologues, ainsi que les représentants de la société civile, afin d’assurer l’efficacité des mesures à adopter.
Le ministère a mis l’accent sur le rôle de la famille dans les efforts visant à réduire la violence en milieu scolaire, estimant que la prévention constitue une responsabilité partagée qui dépasse l’espace scolaire.
Il a également relevé le rôle de la société civile dans l’accompagnement, l’encadrement, la sensibilisation et l’appui aux programmes qui seront adoptés dans le cadre de la stratégie nationale.
Stratégie bien conçue et prête à être exécutée
Le ministère de l’éducation a souligné que cette initiative a pour objectif de mettre en place une stratégie nationale globale prête à être exécutée, qui vise à protéger les établissements scolaires et à garantir le droit des élèves à une éducation sécurisée.
Il a précisé que cette stratégie sera mise en œuvre progressivement avec l’adoption de mécanismes de suivi et d’évaluation réguliers pour évaluer son efficacité et introduire les ajustements nécessaires en fonction des données sur le terrain.
Dans ce sens, le ministre de l’éducation a déclaré que « le traitement des cas de violence nécessite l’adoption d’une approche participative », soulignant la nécessité de renforcer le partenariat avec d’autres ministères et structures gouvernementales et non gouvernementales.
Dans ce contexte, les ministères de la justice et de l’Intérieur jouent un rôle important en matière de protection de l’environnement des établissements scolaires et de lutte contre toutes formes de violence et de criminalité, mise à part l’organisation de campagnes de sensibilisation au profit des élèves et des parents sur les dangers des comportements violents et à risque.