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7e JAMC : «Atyef» de Habiba Jendoubi (Tunisie) : Une épopée visuelle en ombres portées

  • 8 février 19:15
  • 4 min de lecture
7e JAMC : «Atyef» de Habiba Jendoubi (Tunisie) : Une épopée visuelle en ombres portées

Le clair-obscur impressionnant, dans lequel est plongé le spectacle, renforce encore la parenté avec l’univers cinématographique, d’autant plus que tout se déroule sur un écran. «Atyef» se présente comme un voyage dans un univers de conte de fées.

La Presse — A chaque nouvelle création, la marionnettiste Habiba Jendoubi essaie de renouveler un art qu’elle pratique depuis les années 80 et dont elle maîtrise toutes les ficelles. « Atyef », son dernier spectacle présenté au Théâtre des régions au cours de cette 7e édition des Jamc, est un genre peu pratiqué en Tunisie : l’ombre portée qui exige des techniques assez complexes. Mais l’artiste, toujours en quête de nouveautés, aime prendre des risques.

L’histoire d’« Atyef », puisée dans le répertoire des contes populaires, ressemble à un conte de fées. Deux sœurs princesses vivent dans un palais. La plus jeune tombe malade. Elle ne pourra guérir que si sa sœur sacrifie pour elle sa beauté.

Pour sauver sa sœur, l’aînée accepte de perdre sa beauté en devenant laide.

Un jour, les deux jeunes femmes rencontrent un jeune peintre et toutes les deux en tombent amoureuses. Mais au grand dam de l’aînée, l’homme préfère la beauté de la plus jeune. Cette dernière, conquise par le charme du peintre, oublie le sacrifice de sa sœur.

Celle-ci décide alors de se venger en soumettant le jeune homme à un défi (presque) impossible à réaliser, tandis que le royaume souffre de sécheresse.

Ce conte poétique aborde des sentiments complexes où s’entremêlent amours, ingratitude, trahison, vengeance et pardon. La metteuse en scène a choisi la technique de l’ombre portée, reproduisant, en quelque sorte, l’ambiance cinématographique.

La narration se déploie comme dans un film avec des personnages, une dramaturgie, des rebondissements et un dénouement plongeant le public dans une forme tout à fait singulière.

Le clair obscur impressionnant dans lequel est plongé le spectacle renforce encore la parenté avec l’univers cinématographique, d’autant plus que tout se déroule sur un écran. «Atyef» se présente comme un voyage dans un univers de conte de fées.

Accompagnant les mouvements précis des interprètes qui les portent, les protagonistes narrent une histoire comme il en existe beaucoup en littérature, au cinéma et au théâtre, mais rarement dans le théâtre de marionnettes.

Avec une ambition sans faille de croisement d’autres disciplines artistiques donnant de la sorte un rendez-vous exaltant au public, Habiba Jendoubi a l’audace de s’aventurer dans des approches inédites.

C’est une réflexion sur la quête identitaire, la construction de soi, les destins qui basculent, la fragilité des êtres et le sacrifice de certains d’entre eux que propose l’œuvre, son- dant ces thèmes à travers la profondeur des ombres portées et en puisant dans des références aussi bien cinématographiques que littéraires, plastiques et musicales. Cette dernière, mélancolique à souhait, accompagne le récit.

Le choix du dispositif scénique est important, voire impressionnant dans la mesure où il repose sur un écran géant der- rière lequel les marionnettes et les paysages sont portés et animés par d’excellents comé- diens manipulateurs : Fethi Dhibi, Jamila Kamara, Ons Gannoun, Islem Ben Salem, Karama Chibani, Firas Mosbahi et Ahmed Kmaira.

Seules apparaissent leurs silhouettes et les images, projetées en ombres chinoises pour une sensation d’immersion totale pouvant transporter le public au cœur d’une épopée visuelle remarquable.

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Auteur

Neila GHARBI

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