Facturation électronique : la Tunisie va-t-elle suspendre temporairement son application ?
La Tunisie pourrait revoir la mise en œuvre de la facturation électronique inscrite dans le projet de loi de finances 2026, face aux difficultés techniques rencontrées lors du lancement du système. Mardi 10 février 2026, Maher Ktari, député et membre de la commission des finances, a indiqué que la commission étudie deux options : une application progressive du dispositif ou une suspension temporaire de l’article jusqu’à la fin de l’année, le temps que les plateformes soient pleinement opérationnelles.
Lors de son intervention sur Express Fm, Ktari a souligné que le problème ne concerne pas la loi de finances dans son ensemble, mais exclusivement l’article relatif à la facturation électronique. Les deux plateformes prévues ne sont actuellement pas capables d’accueillir les 300 000 à 320 000 entreprises ciblées initialement, en particulier dans les régions intérieures où de nombreuses sociétés n’ont pas pu s’inscrire.
Les défis techniques et humains
La facturation électronique reste un choix stratégique dans le cadre de la numérisation de l’administration et de la modernisation du système fiscal tunisien, mais sa mise en œuvre doit être réaliste. Dans ce cadre, Maher Ktari a rappelé que plus de 95 % du tissu économique tunisien est constitué de petites et très petites entreprises, souvent avec moins de trois employés, peu préparées à s’adapter rapidement aux exigences numériques. “Même parmi les grandes entreprises, celles dont le chiffre d’affaires dépasse 20 millions de dinars, seulement 30 à 40 % se sont inscrites, laissant près de 2 000 sociétés hors du système”, a-t-il encore précisé.
Pour identifier les solutions, la commission a entamé une série d’auditions, incluant des experts-comptables, le ministère des Technologies de l’information, les gestionnaires de plateformes électroniques et le ministère des Finances. “L’objectif est de proposer des mesures concrètes, claires et juridiquement sécurisées, afin de garantir la stabilité des transactions économiques et de protéger les entreprises du flou législatif”, a ajouté Ktari.
Vers des solutions progressives ou temporaires
Selon le député, deux options principales sont actuellement étudiées : l’intégration progressive des entreprises au système pour éviter les perturbations observées au lancement, ou la suspension temporaire de l’article jusqu’à la fin de l’année, le temps que les plateformes techniques soient pleinement fonctionnelles. Maher Ktari a précisé que la décision finale de la commission interviendra après la fin de toutes les auditions, avec pour objectif de réussir ce chantier stratégique sans pénaliser l’activité économique.
Selon le responsable, cette démarche reflète, entre autres, une approche pragmatique et humaine, visant à concilier la modernisation du système fiscal et les réalités du tissu économique tunisien, afin que la transition numérique se fasse de manière fluide et sécurisée pour toutes les entreprises.