La commission supérieure chargée de l’accélération des projets publics a examiné, récemment, l’avancement du projet stratégique d’interconnexion électrique Tunisie–Italie (Elmed), qui prévoit la mise en place d’une liaison maritime bidirectionnelle à courant continu haute tension reliant la Sicile au gouvernorat de Nabeul.
Elmed constitue un levier majeur pour le renforcement du système électrique tunisien, le développement des échanges énergétiques euro-méditerranéens et la promotion des énergies renouvelables. Il renforce également la sécurité d’approvisionnement de la Tunisie et réduit sa vulnérabilité aux chocs gaziers, climatiques et géopolitiques.
La Presse — Le projet comprend deux stations de conversion, un câble sous-marin d’environ 200 kilomètres traversant le détroit de Sicile, ainsi que des infrastructures de raccordement, de communication et de surveillance. Il s’inscrit dans la stratégie nationale visant à porter la part des énergies renouvelables à 35% d’ici 2030.
Le projet a connu des actualisations depuis son lancement, il avance à pas sûrs. Son achèvement est prévu pour la fin de 2028 pour entrer en exploitation début 2029.
Nouvelle perspective de diversification de fournisseurs
D’après Ezzeddine Khalfallah, expert international en énergie, « le projet Elmed arrive à point nommé, en tablant sur un plus grand développement des énergies renouvelables et l’ouverture d’une nouvelle perspective de diversification de fournisseurs en cas de besoin d’importation de l’électricité ».
La conception initiale du projet d’interconnexion électrique Tunisie- Italie « Elmed » prévoyait à la fois une interconnexion électrique via un câble sous-marin de 200 km HVDC (courant continu), et la construction d’une centrale électrique en Tunisie d’une capacité d’environ 1.200 MW destinée en grande partie à l’exportation vers l’Italie (800MW) via ce câble, le reste pour le marché local.
« Cette centrale devait être alimentée en combustible fossile (gaz ou charbon) selon les options retenues. Le câble sous-marin devait relier la centrale à l’Italie, avec une capacité de transit planifiée autour de 1.000 MW », précise Khalfallah. La réalisation de cet ouvrage sera assurée par les sociétés qui gèrent les réseaux électriques des deux pays, à savoir Terna du côté italien et la Steg du côté tunisien.
Le coût total du projet s’élève à 840 M euros. Pour la partie tunisienne, le coût du projet est de 420 M. Euros. La partie du câble sous-marin est financée par la Berd, la BEI et la KfW, alors que la station de conversion bénéficie d’un financement de la Banque mondiale outre celui de la Steg. Les infrastructures associées bénéficient d’un financement de la BM et du Fonds Vert Climat « FVC ».
Le programme européen de soutien au développement des infrastructures « Connecting Europe Facility-CEF » accorde au projet une subvention de 307 M. euros, une première initiative d’une subvention allouée à un projet impliquant un pays membre et un pays tiers.
Au-delà des avantages, des limites
Selon l’expert, le projet « contribuera à la diversification et à la sécurisation de l’approvisionnement énergétique notamment électrique de la Tunisie, vu la forte dépendance du pays au gaz naturel, majoritairement importé pour la production d’électricité ». Il permettra aussi à la Steg de s’approvisionner en électricité à moindre coût. Le projet peut aider la Tunisie à devenir un acteur régional, que ce soit pour l’Afrique du Nord ou pour l’Europe du Sud.
« Il est reconnu comme un projet d’infrastructure transfrontalier clé de l’UE, cette interconnexion constitue un véritable pont entre l’Italie et la Tunisie en reliant deux grands systèmes électriques Europe-Afrique du Nord et permettra la création d’un réseau électrique méditerranéen et une intégration notable du marché de l’électricité dans la région ».
La Tunisie, compte tenu de sa position régionale, pourra bénéficier de plusieurs opportunités dont l’accès direct au marché européen de l’électricité, l’attraction d’investissements pour de grands projets solaires et éoliens, le renforcement du rôle géopolitique de la Tunisie, permettant d’augmenter son poids dans les discussions énergétiques régionales.
L’expert n’a manqué de rappeler qu’au-delà des avantages potentiels, « le projet pourrait présenter des limites qu’il ne faut pas sous-estimer et qui sont de différents ordres : au niveau réglementaire et de marchés, la vente d’électricité vers l’Union européenne nécessite des cadres commerciaux clairs tels que les tarifs d’export, les garanties d’origine et les contrats à long terme.
Au niveau commercial, des gains importants sont attendus après 2030 ou 2035. Au niveau du réseau national, l’export de l’électricité demande un transport de la production renouvelable locale jusqu’aux points d’injection, et donc des investissements en lignes et en stockage sont nécessaires ».
Pour que la Tunisie devienne un acteur régional majeur et relever les défis que pourrait présenter ce projet, « il faut monter en capacité renouvelable, moderniser et renforcer le réseau et créer des marchés et des contrats d’export crédibles afin de rendre notre pays compétitif et stratégique sur l’échiquier euro-méditerranéen », ajoute-t-il. Le projet Elmed peut devenir un atout stratégique, « s’il s’inscrit dans une vision nationale d’indépendance énergétique et s’il est bien géré », estime l’expert.
Nouveaux projets d’interconnexion
De nouveaux projets d’interconnexion Tunisie-Europe sont prévus et sont en cours d’études, à savoir le projet Medlink, une initiative de liaison énergétique entre la Tunisie, l’Italie et l’Algérie. Cette initiative figure parmi les projets prioritaires de l’Union européenne en matière d’énergies renouvelables.
Il s’agit d’un partenariat transfrontalier qui vise à développer des centrales renouvelables terrestres et des systèmes de stockage d’énergie (BESS), destinés à l’alimentation des marchés locaux ainsi que pour l’exportation. Le coût estimatif du projet est de l’ordre de 5 milliards d’euros dont 100 millions d’euros ont été déjà été bouclés.
Le second projet baptisé TuNur, un ancien projet qui a commencé à prendre forme en 2012 avec l’appui de la fondation Desertec, mais resté en suspens. Il est prévu qu’il soit localisé à Réjim Maâtoug (Gouvernorat de Kébili) sur une superficie de 10.000 ha. Il sera composé d’une centrale solaire à concentration (CSP) de près de 2,25 GW de capacité pour la production de 9 TWh par an d’électricité. La deuxième composante consiste en l’installation d’un câble sous-marin reliant la Tunisie à l’Italie de 2 GW de capacité. Les lignes de transport totalisent 1.000 km.