À l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science, le rapport du Doing Research Assessment (DRA), élaboré par le Global Development Network et The Applied Social Science Forum (ASSF), dresse un portrait certes contrasté, mais prometteur aussi bien en ce qui concerne la recherche scientifique en Tunisie de manière générale, que l’évolution de la gent féminine tunisienne dans ce domaine.
Car si les femmes dominent en matière de recherches, des défis structurels subsistent pour transformer leur expertise en véritables leviers de décision publique.
Une domination féminine manifeste
Le rapport du DRA met en évidence que 64 % des chercheurs en sciences sociales en Tunisie sont aujourd’hui des femmes. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, la féminisation de la recherche est une réalité tunisienne bel et bien évolutive ! Le rapport précité prouve également que si bien plus que la moitié des recherches en matière des sciences sociales sont effectuées par des femmes, 68 % de ces femmes chercheuses ont moins de 46 ans. Chiffres qui reflètent l’image d’une génération féminine jeune, brillante, engagée et qui porte en elle les savoirs essentiels.
Une explosion des diplômes de doctorat
Entre les années universitaires 2013-2014 et 2022-2023, la présence des femmes dans les cycles doctoraux en Tunisie a significativement progressé. L’augmentation la plus marquante est en rapport avec les Sciences de l’éducation, qui arrivent en tête du palmarès où on a enregistré une multiplication par six des diplômées, passant de 460 à 2 785 en l’espace de dix ans.
Les Sciences sociales et du comportement affichent également une hausse significative, passant de 1 770 à 2 609 diplômées. En revanche, le domaine du Droit et des sciences politiques montre une croissance bien plus modérée, mais constante, avec 2 609 diplômées en 2022-2023 contre 2 104 une décennie plus tôt.
Paradoxe et disparité
Si le nombre des femmes diplômées de doctorats en sciences sociales a connu une progression spectaculaire en une décennie, l’accès aux postes de haute responsabilité et le temps consacré à la recherche restent hélas non proportionnels. C’est le premier constat qui émerge de l’étude effectuée par le Global Development Network et The Applied Social Science Forum (ASSF). Un constat qui prouve la persistance, aujourd’hui encore, des disparités de genre en Tunisie.
Défaits, dans les projets de recherche internationaux, ce sont les Tunisiennes qui s’illustrent en tant que chercheuses principales puisqu’elles représentent 40 % des chercheurs principaux contre 35 % pour les hommes. Le rapport révèle alors un constat surprenant : si dans les projets de recherche internationaux, les Tunisiennes sont mieux représentées que leurs confrères, ceci ne semble pas plaider en leur faveur à l’échelle nationale où la réalité des choses n’est pas tout à fait conforme à leurs qualifications. Les chercheuses tunisiennes accèdent moins souvent aux postes de haute responsabilité que les hommes !
Dessous et recommandations
Le rapport prouve certes la qualification féminine, mais il jette de la lumière sur un frein majeur : le temps consacré à la recherche. Ne dépassant pas 27 % pour les femmes, contre 40 % pour leurs confrères masculins, ces chiffres prouvent que même si la gent féminine tunisienne l’emporte, elles ne carburent pourtant pas à 100% et n’utilisent donc pas tout leur potentiel. Dès lors, si le principal obstacle demeure le temps effectif alloué aux travaux de recherche, ceci prouve que la charge des responsabilités familiales pèse encore majoritairement sur les femmes.
C’est d’ailleurs dans ce cadre que le Global Development Network et l’ASSF, prônent de meilleures conditions et davantage de considérations aux femmes. Le rapport propose des solutions concrètes pour pallier ces inégalités. L’étude souligne l’urgence de mettre en œuvre des politiques de flexibilité visant à soutenir les femmes dans le milieu académique. Et ce, afin d’instaurer un meilleur équilibre entre vie professionnelle et obligations personnelles et pour briser ce qui limite encore leur ascension.
Par ailleurs, l’étude met également en exergue que la Tunisie joue aujourd’hui un rôle pionnier dans la transformation de la recherche en sciences sociales, avec une production en forte croissance, mais une diffusion et un impact publiques encore limités sur les politiques. Pour combler ce fossé, recommandent le Global Development Network et l’ASSF, il est tout aussi nécessaire de renforcer la médiation entre recherche et décision publique, que d’améliorer la formation et de mettre en place des incitations valorisant l’impact sociétal des travaux de recherche.
Retrouvez l’intégralité de l’étude et des recommandations sur : https://lnkd.in/dhqupKbV
