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Vient de paraître – « Le jour où… », de Alya Hamza : Ce que « les chroniques d’une journaliste nostalgique » ont à nous apprendre

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  • 11 février 19:00
  • 6 min de lecture
Vient de paraître – « Le jour où… », de Alya Hamza : Ce que « les chroniques d’une journaliste nostalgique » ont à nous apprendre

Après deux livres inspirés de villes tunisiennes, elle nous confie cette fois des souvenirs de rencontres, d’anecdotes et de faits d’armes ayant marqué sa carrière. 

Ce recueil est constitué de récits courts, d’une page ou deux. Chacun est consacré à un événement, avec un titre accrocheur et toujours la même anaphore récurrente « le jour où… ».

La Presse — Journaliste, écrivaine et galeriste, Alya Hamza est une figure culturelle tunisienne éminente. Une « femme à plusieurs casquettes », ou « plutôt plusieurs chapeaux » comme l’a décrite son éditrice Lilia Hadj Khélifa dans la préface de son ouvrage qui vient de paraître chez Simpact « Le jour où… Chroniques d’une journaliste nostalgique ».

Après deux livres inspirés de villes tunisiennes, elle nous confie cette fois des souvenirs de rencontres, d’anecdotes et de faits d’armes ayant marqué sa carrière. Ce recueil est constitué de récits courts, d’une page ou deux. Chacun est consacré à un événement, avec un titre accrocheur et toujours la même anaphore récurrente « le jour où ».

L’auteure a choisi d’entamer son ouvrage en remontant aux origines de sa vocation journalistique. Une passion qu’elle a dans les gènes, comme sa mère avait une rubrique fixe dans « Le journal de référence », qui n’est autre que La Presse. Alya Hamza a donc fait ses débuts dans ce quotidien presque séculaire qui, comme on pourrait le constater, garde toujours le même prestige et la même attractivité. Au fil de son parcours impressionnant, elle a pu rencontrer des célébrités dans les domaines artistique, politique et autres.

Ce que son livre nous apprend, c’est d’abord qu’il faut aimer ce métier jusqu’à la dévotion pour résister et faire un itinéraire exemplaire. On découvre en fait au fil des textes de Alya Hamza le revers de médaille de ces instants d’échange avec les stars qui nous font tous rêver, fans et journalistes confondus.

Parmi les figures croisées dans ses textes : La Reine d’Angleterre, le Prince Albert, Le Pape, Bourguiba,  François Mitterrand, Bouteflika, Brigitte Macron… mais aussi Omar Cherif, Johnny Hallyday, Catherine Deneuve, Monica Bellucci, Florent Pagny et bien d’autres… Certains passages du livre se lisent comme des épisodes « surréalistes », parfois même « injustes », comme les a décrits Alya Hamza.

L’auteure commence par une présentation hyperbolique de la star en question, avec l’humour qu’on lui connaît. Une page ou quelques lignes plus tard, un plot twist ne tarde pas à apparaître. L’effet produit par cet ascenseur émotionnel est intense et parfois déroutant. En effet, les journalistes choisissent les cibles de leurs articles plus par affinité que par nécessité, par admiration que par obligation.

Ils s’invitent dans les coulisses privées des personnalités publiques, mais il n’y a aucune garantie quant au résultat. Un rebondissement inattendu dans chaque histoire peut changer radicalement notre perception de la star en question, pour le meilleur ou pour le pire. On compatit avec l’auteure, partageant son émerveillement ou sa déception.

On sait désormais que, derrière les sourires radieux qui illuminent les couvertures, se cachent parfois des « souris, tu es payée pour ça ». Les « Que je t’aime » peuvent des fois dégénérer en « Ceux que l’amour a blessés ». Les caprices et les sautes d’humeur ne sont pas des exceptions.

Le retour d’expérience de Alya Hamza nous apprend que les rendez-vous avec les célébrités ne s’accordent toujours pas par mérite. Il faut savoir les décrocher comme on décroche des trophées, ou plus exactement les arracher. Ensuite, il faut décrocher des interviews lors de ces rencontres.

Il faut après réussir à décrocher des réponses « convenables », ce qui n’est pas évident, puis au final la possibilité de publier ces réponses, qui n’est pas non plus un droit acquis. En traversant les pages, un journaliste qui connaît les entraves de cet univers aurait des réactions mitigées, allant entre « ça m’est déjà arrivé » et « ça n’arrive pas qu’aux autres ».

Les chroniques de Alya Hamza nous apprennent également l’effet des articles de journaux qui peuvent déstabiliser une personnalité politique, ou un gouvernement, pas en tant que « quatrième pouvoir », mais des fois sans en avoir l’intention, sans le vouloir et sans même le prévoir.

On découvre également que si ce métier fait rêver, c’est parce que le chemin est parsemé d’aventures uniques et de fortes émotions qui laissent le sentiment, au fil des ans, d’avoir réellement connu une vie qui sort de l’ordinaire. Des photographies en noir et blanc, aux dernières pages du livre, se portent en témoin de ces moments d’exception.

Quant à la nostalgie, car il y en a dans ce recueil de récits, on pourrait la sentir par rapport à l’époque où l’on croisait des figures d’un si haut calibre ici en Tunisie et où les journalistes pouvaient légitimement aspirer à les rencontrer. Oui, il fut un temps où notre pays était un point de convergence de cultures et de personnalités d’horizons divers. L’auteure en a été une observatrice, voire actrice, privilégiée.

À qui s’adressent les chroniques « Le jour où… » de Alya Hamza ? Le livre est particulièrement intéressant pour les personnes fascinées par le milieu médiatique, celles qui s’enthousiasment pour « les grands de ce monde » et pour lesquelles la carrière brillante de l’auteure est un modèle inspirant. Il séduira également ceux qui cherchent une lecture consistante et percutante, mais accessible et fluide à la fois. Derrière les anecdotes et l’ironie, des pistes de réflexions constructives sont subtilement suggérées.

L’ouvrage peut aussi être acquis pour sa valeur symbolique inestimable, car il combine le travail de deux journalistes qui ont fait le bonheur d’un large public pendant des décennies entières par leurs rubriques à La Presse et qui ne semblent pas prêts à prendre leur retraite. Alya Hamza et Lotfi Ben Sassi ont encore beaucoup à donner au domaine culturel et ne cesseront jamais de nous impressionner, tant par leur passé que par leurs projets actuels.

Lire aussi:  Le Jour où… de Alya Hamza : Petites histoires de grandes rencontres
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Auteur

Amal BOU OUNI

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