gradient blue
gradient blue
A la une Economie

Enquête IACE : les startups tunisiennes réclament la simplification des démarches administratives

  • 12 février 20:16
  • 5 min de lecture
Enquête IACE : les startups tunisiennes réclament la simplification des démarches administratives

Trop de paperasse, des délais interminables, des règles inadaptées : trois startups sur quatre en Tunisie butent sur des obstacles administratifs qui freinent leur développement international.

C’est le constat d’une investigation présentée mercredi dernier par Kamel Ghazouani, universitaire et spécialiste du secteur, lors de la conclusion du dispositif régional « From Innovation to Creation ».

Baptisée « Perception des startuppeurs vis-à-vis de la réglementation de change et du Startup Act 2.0 », cette investigation a sondé entre la fin 2025 et le début 2026 près de 298 entreprises émergentes, soit un quart du vivier national qui en dénombre 1 150.

Un écosystème en croissance, mais contraint

Ces jeunes pousses technologiques totalisent une valorisation de 750 millions de dinars et font vivre quelque 10 000 personnes. Leur présence s’étend principalement dans les logiciels et prestations de conseil (un cinquième du total), les solutions médicales digitales (9,4 %) et les technologies financières (6 %). Du point de vue technologique, plus d’un tiers développe des plateformes numériques, tandis que 8 % exploitent l’intelligence artificielle.

Leur contribution économique n’est pas négligeable : le secteur technologique représente 11 % du produit intérieur brut national. Fait notable, plus de la moitié de ces structures commercialisent leurs solutions hors des frontières.

Si 46 % de leurs revenus proviennent du territoire tunisien, 82 % sont générés à l’étranger.

Des règles monétaires jugées peu adaptées

Interrogés sur la législation des changes, plus de la moitié des dirigeants (56 %) affirment qu’elle demeure sans incidence réelle sur leurs opérations quotidiennes ou qu’elle ne les concerne tout simplement pas.

Seul un tiers y décèle un avantage concret. Cette appréciation s’explique largement par l’orientation commerciale : les structures centrées sur le marché domestique manifestent moins d’intérêt pour les dispositions touchant aux transactions en devises, au transfert des bénéfices ou à leur conversion.

La possibilité d’effectuer des opérations courantes en monnaie étrangère laisse indifférents 43 % des répondants, contre 33 % qui y voient une utilité. Dans le secteur commercial, cette indifférence grimpe à 57 %.

La garantie de rapatrier les revenus n’interpelle pas 56 % des sondés, tandis que 23 % la valorisent. La classification juridique des résidents – physiques ou moraux – demeure sans importance pour six entrepreneurs sur dix, seulement 17 % y trouvant un intérêt.

Le mécanisme de retour des dividendes est ignoré par 44 % des entreprises, même si 38 % le saluent.

Exception notable : le régime de sanctions recueille une opinion plus positive, 46 % des professionnels réclamant son renforcement, contre 33 % qui s’en désintéressent.

La bureaucratie, principal point de friction

Les entraves concrètes touchent avant tout les formalités et les exigences documentaires. Trois quarts des jeunes entreprises se heurtent à des procédures jugées laborieuses ou à des dossiers inadaptés à leurs modèles économiques. Précisément, 44 % rencontrent des complications pour ouvrir des comptes en devises ou mener des transactions internationales, et 207 structures sur 198 ayant répondu dénoncent la quantité excessive de documents requis.

Les temps d’attente pour obtenir les autorisations F1 et F2 posent problème à 39 % des acteurs, tandis que 32 % éprouvent des difficultés à régler leurs fournisseurs situés à l’étranger. Les démarches pour sortir des devises affectent 28 % des entreprises, et près d’une sur cinq (19,3 %) subit des blocages dans ses rapports avec les établissements bancaires. L’insuffisance des allocations de change pour les déplacements professionnels touche 5 % du panel, et 17 % dénoncent des refus bancaires jugés arbitraires.

L’étude distingue trois niveaux d’exposition sectorielle. Les domaines fortement impactés regroupent la technologie, les FinTech et le négoce international, en raison de leur forte internationalisation. Les secteurs moyennement affectés comprennent la santé et les prestations de service, qui mobilisent ponctuellement des ressources étrangères. Enfin, les activités domestiques comme l’agriculture, l’artisanat et l’architecture se déclarent moins concernées.

Des répercussions opérationnelles mesurables

Ces contraintes génèrent des conséquences tangibles. Près d’un cinquième des entreprises (19,1 %) subissent des tensions de trésorerie liées à ces dysfonctionnements. La perte de clientèle et d’occasions commerciales affecte 12,2 % des participants, tandis que 7,7 % ont dû abandonner des projets. Par ailleurs, 6 % ont renoncé à des développements internationaux face à la lourdeur administrative.

Ces effets varient selon les branches. Le domaine technologique souffre particulièrement de problèmes de liquidités, tandis que 13,3 % des acteurs de la santé signalent des reports ou des annulations d’opérations. À l’inverse, 14,3 % des entreprises du secteur médical n’observent aucun impact significatif.

Cinq priorités pour une législation rénovée

L’enquête identifie cinq attentes majeures pour un futur Startup Act 2.0. L’allègement des formalités administratives domine, avec une demande pressante de numérisation et d’accélération des procédures. L’accès facilité aux capitaux constitue le deuxième pilier, les entrepreneurs réclamant de meilleures connexions avec les bailleurs de fonds.

Le renforcement de l’accompagnement spécialisé figure également parmi les besoins structurants, avec une demande d’écosystème plus pédagogique offrant formations ciblées et mentorat. Les revendications spécifiques à l’activité transfrontalière portent sur l’assouplissement des autorisations, formalités, licences et obligations. Enfin, la réduction des délais apparaît comme un enjeu crucial, la rapidité étant fréquemment citée.

Des modèles internationaux comme inspiration

L’investigation propose des pistes inspirées de Singapour, France, Allemagne et Corée du Sud. Ces expériences reposent sur quatre fondations : le déblocage des questions de capital et financement, l’ajustement des normes et du cadre juridique, l’allègement réglementaire et procédural, et la définition d’une orientation sectorielle précise.

Sur le volet financier, l’étude suggère l’établissement d’un fonds public co-investisseur en devises. Au plan juridique, la création de zones dédiées aux startups avec contrôle des changes allégé est envisagée. Concernant l’innovation, trois priorités sectorielles sont avancées : technologies financières, technologies vertes et intelligence artificielle.

Lire aussi:  Karim Beguir : l’intelligence artificielle capable de gérer des entreprises dès 2026
Auteur

S. M.

You cannot copy content of this page