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Les résidus des pesticides dans nos aliments causent des cancers, de l’infertilité et de l’autisme, selon Dr Ahmed Rajab

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  • 12 février 15:18
  • 7 min de lecture
Les résidus des pesticides dans nos aliments causent des cancers, de l’infertilité et de l’autisme, selon Dr Ahmed Rajab

Invité hier au plateau de la Radio nationale, le doyen des vétérinaires, Dr Ahmed Rajab a certes montré de l’optimisme concernant la prise de conscience de la Tunisie quant àl’importance du concept de « Une seule santé » (One Health en anglais), mais il a également dressé un tableau inquiétant quant aux impairs commis souvent par les agriculteurs, les éleveurs et les citoyens dans la mesure où ces « erreurs » sont dangereux sur la santé humaine.

En effet, le doyen des vétérinaires a d’abord révélé que le devoir de chacun d’entre nous est d’adopter l’approche « d’une seule santé » dans la mesure où la santé humaine est intrinsèquement liée à celle des animaux, des plantes et de l’environnement.

Le principe d’une seule santé

Le Dr Rajab a indiqué dans ce sens que chacun, depuis son poste, est appelé à protéger tout autant l’humain que l’animal, les végétations et l’environnement en général. « Ceci impose un travail commun et une responsabilité commune et participative. Et ceci ne peut être concrétisé que si l’on respecte le concept d’une seule santé. D’ailleurs si l’on protège l’animal, les plantations et l’environnement, l’humain sera de facto en bonne santé parce qu’il mangera des aliments végétaux sains, des produits animaux sains, respirera un air sain, vivra dans un environnement sain et côtoiera des animaux domestiques sains », note-t-il.

Le principe d’une seule santé repose sur quatre piliers, souligne l’intervenant. Et d’ajouter que « le premier est la prévention contre les zoonoses, c’est à dire les maladies transmissibles à l’humain et qui sont d’origine animale. Le deuxième pilier est de garantir la sécurité des aliments qu’ils soient d’origine animale ou végétale. Le troisième pilier est la lutte contre l’usage abusif des médicaments et des pesticides. Et le quatrième pilier est de lutter contre la dégradation des écosystèmes et contre le changement climatique », indique-t-il tout. Il a noté que ces quatre piliers sont liés.

La santé animale équivaut à la santé humaine

« La protection de la santé animale prévient la zoonose. D’ailleurs ces maladies représentent plus de 60 % des maladies infectieuses humaines », dit d’emblée le spécialiste. Et de préciser que « l’homme est sujet à 1450 maladies infectieuses et bactériennes et 870 maladies d’entre elles proviennent justement de l’animal ! D’où l’importance de la prévention. Et je cite ici l’exemple des deux types de tuberculose. La première touche les poumons. La seconde loge dans les ganglions lymphatiques et celle-ci provient justement dans 80% des cas, de l’animal, précisément des vaches, du lait et des produits laitiers non pasteurisés », explique-t-il.

Et de noter « qu’on enregistre en Tunisie, au moins 1000 cas sujets àce type de tuberculose par an et ils proviennent tous de la vache, du lait non pasteurisé et de ses dérivés. C’est-à-dire le lait et les dérivés qui se vendent de façon anarchique et qui ne sont ni pasteurisés ni contrôlés par les circuits légaux ».

C’est aussi le cas de la fièvre maltaise, poursuit Dr Rajab, une maladie qui se transmet à l’homme via la vache, le lait et les produits laitiers non pasteurisés. La fièvre maltaise ne peut d’ailleurs pas toucher l’homme sans une contamination animale. Et il est à savoir qu’il s’agit d’une maladie très dangereuse et qui peut engendrer de grands problèmes de santé comme l’infertilité, les maladies osseuses, rhumatismales, articulaires et neurologiques.

Il en est de même pour la rage qui ne peut être transmise à l’homme que via l’animal. Le virus de la rage n’est pas censé attaquer l’humain et ne provient donc que de l’animal. Une maladie qui peut causer la mort si on ne prend pas le vaccin antirabique dans les toutes premières heures suivant la morsure ou la griffure.

En 2024, la rage a causé la mort de dix Tunisiens ! Durant 2023-2024 on a dépensé 27 milliards pour faire face à la rage humaine. Or si on avait vacciné les animaux on n’aurait dépensé que 500 millions ! Pour la fièvre du Nil occidental, il s’agit d’une maladie transcontinentale. Cette maladie est portée par les oiseaux migratoires. Et si l’environnement est pollué et qu’il y a des moustiques, ces derniers piquent les oiseaux et sont donc contaminés puis piquent l’homme et les animaux et les contaminent aussi !

On paye la facture d’un environnement impropre !

Pour la leishmaniose, ajoute encore Dr Rajab, « il s’agit d’une maladie qui provient des insectes. Et ici, je dois faire le lien entre la santé de l’environnement et la santé de l’homme. Parce que lorsque nous souffrons d’eaux stagnantes et d’amas d’ordure, il y a automatiquement une prolifération des animaux errants comme les chiens et les rats. Ce sont ces deux animaux qui attrapent la leishmaniose pour la transmettre à l’homme ! Et je ne veux pas me montrer alarmiste, mais nous enregistrons plus de 3500 cas de leishmaniose annuellement ! Un chiffre énorme si l’on sait que cette maladie n’a pas de traitement et peut s’avérer mortelle. Pour toutes ces raisons réunies, il faut un travail commun et participatif parce qu’un environnement sain, une végétation saine et des animaux sains permettent de garantir la bonne santé de l’humain ».

Les résidus, du vrai poison

Pour ce qui est l’usage abusif des médicaments, notamment les antibiotiques, mais aussi les pesticides, l’intervenant insiste qu’il faut prendre conscience que tout ce que consomme l’animal garde des résidus dans sa chair. « Lorsque l’homme consomme les viandes ou les produits alimentaires d’origine animale, il consomme aussi ces résidus médicamenteux ! Et pour éviter ce problème, il faut que le traitement de l’animal soit toujours supervisé par un vétérinaire. Il faut toujours respecter le délai de l’attente avant d’offrir les productions de l’animal traité à la vente et à la consommation ! Le cas échéant le produit consommable sera riche en résidus. Dès lors si l’antibiotique est donné à une poule ou à une vache et que le délai d’attente est par exemple de trois mois et que cette poule est égorgée le lendemain ou le lait de la vache n’a pas été jeté durant 90 jours, la viande de poulet et le lait de la vache seront remplis de résidus médicamenteux ! D’où la nécessité de ne pas donner n’importe quel médicament à l’animal sans avis du vétérinaire ! », préconise-t-il.

Et de conclure que « l’abusd’antibiotiques en élevage crée des bactéries résistantes qui menacent ensuite la médecine humaine. Car si l’homme consomme des produits remplis de résidus, cela va créer de l’antibiorésistance dans la mesure où son organisme a développé des bactéries résistances à l’antibiotique avec lequel on a traité l’animal.  Quelques 700 000 personnes meurentchaque année à cause de l’antibiorésistance ! Il en est de même pour les produits d’origine végétale qui ont été massivement traités par des pesticides. Les légumes ou autres produits agricoles traités par des pesticides et consommés sans respect du délai d’attente gardent aussi des résidus de pesticides. Et ces résidus consommés par l’humain causent les cancers, l’infertilité et l’autisme ».

Les enjeux sont majeurs et il faut vraiment être conscients des risques pour s’assurer d’impliquer tout le monde. Et ce, pour que l’environnement reste propre, pour que les agriculteurs n’abusent pas des pesticides et ne les achètent pas dans les circuits parallèles, pour que les éleveurs veillent à ce que les aliments d’origine animale (viande, lait) sont sains pour la consommation.

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Auteur

Abir Chemli

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