Pour accompagner sa montée en valeur et sa diversification technologique, la filière automobile tunisienne favorise le rapprochement entre entreprises et centres de recherche.
L’atelier de préparation du « Pria 2026» a permis d’initier des consortiums capables de répondre aux défis industriels et technologiques du secteur.
La Presse — La filière automobile tunisienne s’engage dans une phase de transformation stratégique marquée par l’innovation, la montée en valeur et la diversification technologique. Face aux profondes mutations du secteur automobile à l’échelle mondiale, le rapprochement entre industrie et recherche apparaît désormais comme un levier incontournable de compétitivité et de résilience.
C’est dans ce contexte que la « Tunisian Automotive Association » (TAA) et le « Cluster Mecatronic Tunisia » (CMT) ont organisé, récemment à Tunis, un atelier de matching dédié à la préparation du Programme de Recherche-Innovation Automobile (Pria) 2026.
Favoriser l’émergence de projets collaboratifs
Cette rencontre avait pour ambition de favoriser l’émergence de projets collaboratifs concrets, capables de transformer l’expertise scientifique nationale en solutions industrielles adaptées aux nouvelles exigences technologiques du secteur automobile.
Elle s’inscrit dans le cadre des Programmes de recherche fédérée (PRF) du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche scientifique et de la Technologie (Mesrs), qui visent à renforcer la recherche collaborative, l’innovation appliquée et le transfert technologique.
À travers le « Pria », les autorités publiques cherchent à accompagner l’évolution de la filière automobile vers des segments à plus forte valeur ajoutée.
A l’issue de cet atelier, l’objectif est double : identifier des partenariats prometteurs entre entreprises industrielles et structures de recherche, publiques comme privées, et poser les premières bases de projets « Pria 2026 » à fort potentiel, en amont du lancement officiel de l’appel à projets.
Dans ce cadre, Amine Sellami, directeur exécutif du « Cluster Mecatronic Tunisia » (CMT), a rappelé que ce cluster, fondé en 2012, est l’un des plus anciens et des plus structurants du paysage industriel tunisien, fédérant près de 80 membres issus des universités, centres de recherche, technopoles et entreprises industrielles.
Sa mission consiste à stimuler l’innovation collaborative dans des secteurs allant de l’automobile à l’aéronautique, en passant par l’électronique et la mécatronique, en étroite coordination avec les organisations professionnelles.
Il a notamment cité les projets de micro-mobilité électrique, où les start-ups tunisiennes font face à des contraintes liées aux batteries, aux coûts et aux faibles volumes de production.
Pour y répondre, le « CMT » a initié des collaborations entre industriels, universitaires et entrepreneurs afin de développer un module de batterie standardisé et modulable, visant à créer un standard industriel.
Selon lui, cet exemple illustre le potentiel de l’écosystème tunisien : transformer des compétences techniques solides en solutions exportables grâce à une innovation partenariale, condition clé pour la compétitivité des PME et l’attractivité des talents.
Renforcer les synergies entre recherche et industrie
De son côté, Fatma Kolsi, directrice générale de la « Tunisian Automotive Association » (TAA), a rappelé que l’organisation représente le secteur automobile tunisien depuis 2016 et qu’elle est signataire du Pacte pour la compétitivité de l’industrie automobile, dont un axe central est dédié à la R&D.
A travers ce workshop, la TAA vise à rapprocher entreprises et centres de recherche afin de constituer des consortiums capables de répondre aux appels à projets, autour de thématiques clés, telles que l’intelligence artificielle, les logiciels embarqués, la maîtrise de l’énergie, la transition écologique et la cybersécurité.
Elle a souligné que le principal défi réside dans le passage de la recherche à l’industrialisation, justifiant l’organisation de sessions de matchmaking en amont des appels à projets.
Rappelant le poids du secteur, qui emploie aujourd’hui plus de 120.000 personnes, elle a insisté sur son évolution vers des activités à plus forte valeur ajoutée et sur la nécessité de renforcer les synergies entre acteurs publics, industriels et académiques pour consolider son rôle de moteur de l’économie tunisienne.
Enfin, Kamel Boussada, dirigeant d’une entreprise industrielle intégrée aux chaînes de valeur internationales, a souligné la nécessité d’un changement de modèle face aux mutations industrielles mondiales.
Il a plaidé pour une montée en gamme fondée sur le développement de produits finis, la valorisation de la propriété intellectuelle et une coopération renforcée avec les centres de recherche.
Selon lui, l’innovation requiert investissement, structuration et vision de long terme, afin de permettre à la Tunisie de valoriser durablement ses compétences sur les marchés locaux et internationaux.