gradient blue
gradient blue
Culture

« My Favourites » de Sami Maatougui au Théâtre de l’Opéra de Tunis : L’artisan discret des grands succès

Avatar photo
  • 13 février 18:45
  • 6 min de lecture
« My Favourites » de Sami Maatougui au Théâtre de l’Opéra de Tunis : L’artisan discret des grands succès

Ce spectacle a certainement été un grand succès à plus d’un niveau. Nous attendons que cette initiative soit renouvelée, avec d’autres hommages à ces architectes invisibles des tubes qui sont encore parmi nous et qui ont encore beaucoup à donner.

La Presse — Le Théâtre de l’Opéra à la Cité de la culture de Tunis a abrité lors de la soirée du 11 février un spectacle grandiose « My Favourites » en hommage au compositeur et arrangeur Sami Maâtougui. En plus de la qualité artistique de la soirée musicale, de nombreux autres éléments en font un événement d’exception.

Le concert s’est tenu dans une salle archicomble en présence de la ministre des Affaires culturelles, Amina Srarfi, d’ambassadeurs et autres personnalités diplomatiques. Il a réuni sur scène l’Orchestre national tunisien dirigé par le maestro Youssef Belhani, la chorale, ainsi que plus d’une dizaine de chanteurs de renom. La soirée présentée par Asma Bettaïeb a été diffusée en direct sur la chaîne nationale Watania 1.

L’originalité de cet événement est d’abord dans l’idée de rendre hommage à un artiste encore vivant et au sommeil de sa carrière. Sami Maâtougui est, en effet, un compositeur, arrangeur et musicien actif impliqué dans plusieurs projets artistiques, festivals et œuvres musicales en Tunisie. On lui doit des tubes célèbres, des génériques de feuilletons et même des fawazirs.

Comme l’a souligné Asma Bettaïeb, le public attribue constamment le succès d’une chanson à l’interprète, parfois au compositeur, mais pense rarement au travail colossal de l’arrangeur.

Ce maillon essentiel de la chaîne fait partie des figures de l’ombre qui façonnent l’identité sonore d’une œuvre. Sans lui,  une composition n’aurait ni la même profondeur ni la même portée émotionnelle.

Le spectacle a été marqué sold out. La grande salle et les deux balcons étaient complets, ce qui est exceptionnel pour un événement hors festivals et qui se déroule en milieu de semaine, notamment quand on sait que la capacité d’accueil du Théâtre de l’Opéra est de 1.800 places. Il s’est prolongé sur environ 3 heures.

Cependant, les noms des artistes sur l’affiche ne correspondent pas parfaitement à ceux qui sont montés sur scène. Avec le charisme, l’élégance et l’éloquence qu’on lui connaît, Asma Bettaïeb s’est changée d’introduire les chanteurs dont le point commun était d’avoir collaboré avec Sami Maâtougui.

Mais, d’abord, il s’est adressé lui-même à l’audience pour des remerciements avec une voix marquée par l’émotion. Le premier morceau, interprété par la chorale, a été parmi les succès des débuts de Sami Maâtougui.

Il s’agit de « Sarkha » de Saber Rebaï, un titre qui a décroché le premier prix au Festival de la chanson tunisienne en 1996, soit 20 ans auparavant. D’ailleurs, Saber Rebaï et Sami Maâtougui ont signé ensemble de nombreux succès. Ne pouvant se déplacer pour faire part du concert d’hommage, Saber Rebaï a envoyé une vidéo pour le féliciter et qui a été diffusée sur l’écran géant. 

Le public a applaudi par la suite  Ahmed Rebaï pour une reprise de « Khalli essabr Biid aalik » de Sonia Mbarek. De nombreux artistes de générations différentes se sont relayés sur scène tout au long de la soirée, pour chanter leurs propres titres ou des reprises portant la touche de Sami Maâtougui : Houssine El Efrit, Chokri Bouzayane, Mohamed Jebali, Mariem Noureddine, Aymen Lassigue, Anis Letaïef, Mehdi Ayachi, Olfa Ben Romdhane, Rayene Youssef, Amel Cherif, Hatem Karoui et bien d’autres.

Le concert a également rendu hommage à Souad Mahassen, grande dame de la chanson tunisienne. Le titre « Jibouli Khali » a été recréé grâce à des outils d’intelligence artificielle.

Il y a eu aussi une interprétation renouvelée de « Dima dima », une œuvre emblématique de feu Yasser Jradi. Le travail scénographique mérite d’être salué pour les vidéos spécialement conçues afin d’accompagner et de sublimer les titres interprétés sur scène.

Voir Yasser Jradi souriant et traversant les ruelles de la Tunisie à bicyclette a été particulièrement bouleversant, même si l’on sait que la vidéo n’était pas réelle.

Le programme du spectacle a également inclus une collaboration plus « officielle » de Sami Maâtougui, comme il a contribué à l’Hymne de la Garde nationale.

Le public a longuement applaudi la vidéo profondément touchante qui a été diffusée sur l’écran géant. La chanson est portée par la voix du ténor Hassen Doss avec la participation de Chirine Siala.

Le clip mis en scène par Mehdi Ajroudi réunit des acteurs reconnus comme Dalila Meftehi et Chekra Rammeh.

Un autre temps fort du spectacle est quand le directeur de l’orchestre Youssef Belhani a cédé sa baguette au maestro Kamel Abbessi, invité surprise de la soirée.

Pour faire davantage plaisir au public, il fallait suivre la tendance en introduisant un passage où ce sont les spectateurs eux-mêmes qui chantent.

Un QR code pour scanner les paroles, les musiciens de l’Orchestre national tunisien au jeu et l’expérience mémorable a démarré.

Un medley rythmé de chansons de Hedi Jouini et Ali Riahi a métamorphosé l’ambiance, faisant place à une énergie bien plus festive et plus entraînante.

Ce spectacle a certainement été un grand succès à plus d’un niveau. Nous attendons que cette initiative soit renouvelée, avec d’autres hommages à ces architectes invisibles des tubes qui sont encore parmi nous et qui ont encore beaucoup à donner.

Certains se tiennent loin des projecteurs, mais sans que ça ne diminue en rien leur apport et tout ce que la scène musicale tunisienne leur doit.

Lire aussi:  Vient de paraître - « Le jour où… », de Alya Hamza : Ce que « les chroniques d’une journaliste nostalgique » ont à nous apprendre

Avatar photo
Auteur

Amal BOU OUNI

You cannot copy content of this page