Sport national : Il est temps de réagir
Sabri Lammouchi, le sélectionneur de l’équipe nationale, lors de sa conférence de presse, a fait une remarque assez pertinente. Nous avons constaté d’ailleurs que c’est un très bon communicateur : «Vous critiquez le football tunisien parce que le championnat n’est pas attrayant… Je me suis effectivement ennuyé en regardant certains matchs du championnat, mais le football tunisien n’est pas en crise», a-t-il dit.
La Presse —Effectivement, le football tunisien n’est pas en crise. C’est comme celui qui possède un immense domaine agricole à exploiter, mais qui ne dispose que de bêches, de pelles, de quelques sceaux pour irriguer, un ou deux ouvriers qui souffrent de rhumatisme, d’un intendant à la limite myope et qui est dans l’obligation de ne rien faire de toute une journée parce qu’il a oublié ses lunettes à la maison et bien d’autres insuffisances qui agissent négativement et qui l’empêchent d’exploiter cette richesse.
De quoi souffre le football tunisien ? Il ne faudrait pas consulter une voyante et sa boule de cristal pour le savoir. Il n’y a qu’à consulter les différents médias honnêtement engagés à défendre les intérêts du sport national et non ceux qui pêchent en eau trouble.
Etant donné que la situation est la même en hand, basket, volley et autres, cela suppose que le problème est grave.
Les sports individuels ne sont pas mieux lotis, mais comme les sports de combat, ils échappent un tant soit peu à cette pression, étant donné la présence de parents convaincus et disposés à tout sacrifier pour la réussite de leurs enfants.
C’est en fait là que l’on trouve des champions olympiques et du monde qui viendront animer les conférences et donneront aux arrivistes de tout bord, l’occasion de se pavaner.
C’est l’organisation de nos clubs ou de nos fédérations qui naviguent à vue et qui sont sous la menace d’un blocage de compte, d’une démission de leurs comités directeurs pour un oui ou un non, de mauvaise gouvernance en deux mots.
La situation actuelle, l’organisation de notre sport permet à tous ceux qui voudraient devenir président d’Association, de soulager leurs besoins de ressentir l’ivresse du pouvoir et de la notoriété.
Il est inutile de rappeler ce qu’un certain nombre d’entre eux sont devenus et dans quel état ils ont laissé leurs clubs ou leurs fédérations. Sans scrupules et en toute irresponsabilité.
C’est l’organisation des compétitions au niveau des jeunes, dont personne n’entend parler. Dans l’anonymat (à part la section élite) les jeunes se débattent dans un chaos indescriptible. N’eût été l’apport de nos jeunes expatriés, nous n’aurions jamais pu (il y a parfois des exceptions) figurer dans des phases finales internationales.
C’est également l’épuisement de notre infrastructure qui, pour un terrain nouvellement inauguré, nous aurons un certain nombre qui seront dans l’impossibilité d’abriter des rencontres ou des activités dignes de ce nom. Faute d’entretien et de mise en place de compétences (elles existent) et de moyens conséquents.
C’est aussi l’inexistence d’un encadrement efficace, innovant et formateur. Que font les directeurs techniques, les responsables de l’arbitrage, quels sont leurs programmes d’activité ? Il fut un temps où tous les directeurs techniques des fédérations nationales sportives étaient tenus de présenter leur programme à la Tutelle pour que tout le monde sache où l’on va.
Actuellement en football, le premier objectif est de dénicher les valeurs qui évoluent en dehors du territoire national, dans toutes les catégories. Du moins c’est l’impression que l’on a. Autant se contenter du directeur sportif.
Quant à l’arbitrage, l’ambiance qui règne, donnerait à réfléchir à tous ceux qui voudraient s’y engager. Autant penser se tirer une balle dans la tête, que de s’engager dans ce corps qui menace ruine, constamment accusé de tous les maux et traîné dans la boue.
A moins de trouver le moyen de faire fonctionner un sport sans arbitres, rien ne marchera. Il faut former. Nous possédons des formateurs (ils refusent de s’engager dans les conditions actuelles), des traditions de formation, des jeunes, filles et garçons, qui voudraient endosser la fonction.
Mais ils ont peur d’exercer leur hobby qui pourrait devenir une profession.
A condition d’apurer la situation et de retirer cette fonction incontournable pour le bon fonctionnement de notre sport des mains d’un système qui a montré ses limites.
Quel est ce football dont les adhérents ont recours aux tribunaux civils ? Cela suppose qu’ils n’ont plus confiance en leur fédération. Et c’est grave.
Avoir recours à des tribunaux civils est possible, «mais cette démarche est généralement l’ultime recours après épuisement des instances internes ou de l’arbitrage (comme le TAS ou CAS).
Elles privilégient l’arbitrage pour sa rapidité, tandis que les litiges administratifs (sanctions, élections, etc) relèvent souvent des tribunaux administratifs. Les tribunaux civils sont compétents pour les litiges de responsabilité civile, de contrat ou de droit du travail.
Ils sont saisis pour des litiges concernant la responsabilité civile de l’association (dommages causés) ou les relations contractuelles.
Le recours aux tribunaux civils n’est pas automatique et dépend de la nature du litige (civil, administratif ou disciplinaire)».
Possédons-nous une loi qui précise toute cette démarche pour éviter ces chevauchées fantastiques, qui nous détournent de l’essentiel ? Non.
Nous pourrions continuer à pleurer sous les décombres, tel que nous l’avions fait depuis un bon bout de temps.
Le sélectionneur a bien vu. Notre football n’est pas en crise. Il se qualifie régulièrement aux phases ultimes. C’est sa gestion qui laisse à désirer. La situation ne changera, ne commencera à changer, que le jour où la nouvelle loi devant régir les associations et le sport national sera promulguée ( elle attend en souffrance quelque part), pour permettre l’arrivée de jeunes nantis d’idées novatrices et assez mûrs pour comprendre que les présidences à vie au niveau des associations et des fédérations, constituent les premières causes de nuisance à notre sport et que la responsabilité est une mission et non un héritage ou un don du ciel dont on doit s’emparer jusqu’à la fin de ses jours.
Pour revenir au football, effectivement il faudrait tout simplement revenir aux fondamentaux et le remettre sur rails tout comme les autres disciplines sportives.
Avant d’entamer la nouvelle saison, il nous reste six mois. Le temps de promulguer cette fameuse loi et d’engager fédérations et associations à procéder à de nouvelles élections qui remettront tout en ordre, à l’effet de repartir sur des bases solides.
Sinon, ce sera une nouvelle année de perdue.