Chroniques de la Byrsa
La revanche du sloughi II
Dans notre dernière livraison (La Presse du 16 février), nous avons évoqué la question du déficit financier dans le bilan des activités culturelles officielles, en particulier les festivals qui, chez nous, sont synonymes de gouffres budgétaires sans retour sur investissement. Et nous avons affirmé qu’une telle anomalie n’est pas une fatalité, bien au contraire, elle est due à une mauvaise conception et une mauvaise gestion du fait culturel.
Partout dans le monde, ce genre de produits est générateur de larges bénéfices. Bien plus, l’organisation de telles manifestations est programmée pour meubler les saisons «creuses» dans lesquelles l’activité économique, surtout celle basée sur le tourisme, enregistre un certain fléchissement qu’il s’agit de redresser. Ainsi en est-il du festival de Cannes, du carnaval de Venise et d’une myriade d’autres événements de moindre envergure tout autour de la Méditerranée, pour n’évoquer que notre aire géographique.
C’est que pareilles entreprises drainent un vaste public précisément en mal de loisirs en périodes d’engourdissement climatique et cela vient dynamiser, le temps d’une session, de nombreux secteurs entrés en hibernation : hôtellerie, restauration, artisanat, etc. Encore faut-il que le produit soit réellement attractif pour drainer un public conséquent. Et c’est là que le facteur gestion entre en ligne de compte.
Un festival n’est pas une fête que l’on organise pour amuser la galerie. C’est, certes, une entreprise à dimensions ludique et culturelle, mais c’est en même temps une opération à caractère commercial dans la mesure où c’est un produit qui est proposé à la vente à une clientèle qui veut en avoir pour son argent.
Pour cela, les organisateurs doivent pouvoir satisfaire les exigences du public, pas seulement par la qualité du produit, mais aussi par sa diversité pour répondre aux desiderata des différents segments de cette clientèle. Une stratégie doit être élaborée et mise en œuvre à cette fin, ce qui requiert la mise en place d’une équipe permanente chargée de la conception et de la conduite de cette stratégie.
«Tu ne connais pas la dernière ? Un cinglé nous propose d’aménager un ‘’sloughodrome ‘’…»
Fin des années 80, après une longue période d’observation au cours de laquelle j’ai constaté que le Festival du Sahara de Douz faisait du surplace pratiquement dès son lancement, j’ai rédigé un rapport que j’ai adressé aux responsables concernés par l’événement pour leur faire part de mes remarques et de mes suggestions pour faire évoluer et assurer la pérennité du festival. Outre la réorganisation de la direction du festival, je suggérais le développement de nouvelles composantes du produit.
En particulier, je citais une meilleure exploitation de la thématique ‘’sloughi’’ qui, jusque-là, se limitait à la course-poursuite de cet élégant lévrier derrière un pauvre lapin lâché au milieu de la place Hnich. Je suggérais de mieux faire connaître cette noble bête grâce à un musée, grâce aussi à une course à organiser dans un ‘’sloughodrome’’, à la tenue d’un marché régulier du sloughi et d’un concours international de beauté de cette espèce, une manière d’amplifier l’aura de l’événement et de faire de Douz la capitale permanente de cette superbe race canine.
Voilà qui constituerait une extension sur l’année de l’une des retombées de l’événement ou en d’autres termes, un développement durable du créneau. Le seul écho que j’ai eu à cette démarche tout à fait désintéressée c’était la dérision d’un cadre de l’Office du tourisme qui n’avait pas lu mon texte jusqu’au bout et qui, donc, n’a pas vu ma signature. M’ayant rencontré sur l’«Avenue» à l’heure du déjeuner, cette connaissance de vieille date m’a confié : «Tu ne connais pas la dernière ? Un cinglé nous propose d’aménager un ‘’sloughodrome ‘’ à Douz…»
L’autre jour, tout à fait par hasard, j’ai entendu à la radio que le Festival de Douz, qui s’est tenu du 25 au 28 décembre dernier, a organisé pour la première fois une course de sloughis. Enfin ! Je tenais ma revanche. Pardon, la revanche du sloughi.