Mieux connaître notre potentiel archéologique : Faut-il faire parler la pierre et la matière ?
Fière d’un patrimoine matériel et immatériel trois fois millénaire, la Tunisie a toujours été qualifiée comme « une carte aux trésors archéologiques », constituée suite à un brassage des cultures et civilisations ayant marqué le passé du pays et fait valoir son présent.
Du reste, toute coopération semble de mise, dans la mesure où nos sites et monuments ont besoin de restauration, d’entretien, de sauvegarde et de valorisation. Soit une coopération qui écoute le passé et fait parler la pierre.
La Presse — Au fil du temps, toutes les fouilles et les études archéologiques que l’on effectue sur nos ruines et vestiges nous font découvrir de plus en plus la richesse de notre potentiel patrimonial. Sans pour autant négliger l’apport des partenariats et des coopérations, notamment celle tuniso-française, en vertu de quoi l’échange des visites et d’expertise a permis de mener des études d’exploration communes et réaliser des chantiers sur nos sites et monuments patrimoniaux.
Travail collaboratif fructueux
Plus de 70 ans déjà, cette coopération bilatérale a mis le cap sur de nouvelles orientations pour aboutir à de nouveaux résultats. Car, faire l’inventaire de notre potentiel archéologique ou le cartographier n’est guère une sinécure, puisque une telle œuvre requiert une fine connaissance et une haute précision, avec autant de moyens et de temps pour des découvertes scientifiques justes et fiables. En effet, faut-il reconstituer l’histoire et faire parler la pierre et la matière, dans le sens d’une lecture actualisée du patrimoine national.
Et là, fouiller dans la préhistoire, les périodes punique, romaine ou islamique semble nécessaire pour comprendre le passé dans sa complexité et restituer la vie des hommes et des lieux, tout en partageant connaissances et données recensées. Cela n’aura pas d’impact sans un véritable travail collaboratif fructueux devant déboucher sur des accords de partenariat mutuellement bénéfiques.
Enseignants-chercheurs, architectes, restaurateurs, conservateurs, ingénieurs des sites et étudiants sont aussi appelés à mettre la main à la pâte et maintenir les contacts professionnels, dans l’objectif de présenter, régulièrement, les avancées récentes dans l’étude des sites et du mobilier archéologique, d’évaluer les apports des approches pluridisciplinaires et d’esquisser les perspectives de recherche à venir.
La multiplicité des rencontres illustre, bel et bien, la vitalité d’un partenariat tuniso-français aussi séculaire, marqué par la confiance mutuelle, la rigueur scientifique et le respect de notre patrimoine commun. D’où, il y a lieu de dresser le bilan des années pour mieux avancer.
Nouveau master en patrimoine
Lors des occasions précédentes, le directeur général de l’Institut national du patrimoine avait affirmé que les fouilles menées à Dougga et à Carthage, deux sites classés au patrimoine mondial de l’Unesco, ainsi que d’autres missions similaires conjointes, sont le fruit d’une coopération archéologique tuniso-française bien ancrée dans le temps.
Ce qui a traduit dans les faits un engagement partagé pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine, au service des générations présentes et futures. Aussi, cette coopération est-elle un exemple de formation sur le tas et un test grandeur nature d’apprentissage et du savoir-faire.
A l’en croire, combien d’archéologues tunisiens et français ont été formés dans le cadre de ces chantiers et de thèses, d’autant que des publications et expositions sont nées de ce dialogue fécond. Pareilles opportunités ne manquent pas, certes, de conférer une valeur ajoutée, aidant à bien exploiter notre patrimoine matériel et immatériel.
Et là, un avis semble être partagé : au-delà des découvertes, de sauvegarde et d’étude des milliers de vestiges (temples et basiliques, mosaïques, inscriptions, monnaies et objets du quotidien), un tel travail coopératif mené avec des Français a façonné une véritable école de pensée archéologique, où se mêlent l’exigence scientifique et l’ouverture culturelle.
L’archéologie est un métier qui fait parler les sols et pierres, redonner voix à ce qui a été enfoui, effacé et oublié, depuis l’antiquité. « De Carthage à Utique, de Kerkouane à Thapsus et Thyna, de Bulla Regia à Dougga, Sbeïtla et Haïdra, pour ne citer que ces exemples, chaque vestige y conserve l’écho des civilisations disparues, témoins silencieux d’un passé emblématique », note l’Agence de mise en valeur du patrimoine et de promotion culturelle (Amvppc).
C’est que « Berbères, Numides, Phéniciens, Carthaginois, Romains, Vandales, Byzantins, puis Arabes et les Turcs ottomans ont parcouru la terre de la Tunisie, laissant un héritage multiple et des strates de découvertes encore à faire. Depuis longtemps, notre pays est qualifié de carrefour de civilisations et de brassage culturel riche en savoirs et mémoires. Connaître son patrimoine dans son immensité nécessite un cursus spécialisé.
Pour cela, un nouveau chantier, a-t-on appris, vient d’être lancé en matière de préservation, de formation et de valorisation du patrimoine en Tunisie. Soit l’institution prévue d’un master en archéologie et patrimoine, en lien avec l’INP. Car, le patrimoine appartient à tous.