Billet – Transformation numérique : Parce qu’il est temps que la Tunisie change de rythme
La Presse —La Tunisie aborde un tournant décisif. En annonçant pour 2026 la phase de numérisation complète de l’administration, les autorités affirment une ambition attendue depuis longtemps : faire de la transformation digitale non plus un slogan, mais un levier concret de modernisation économique et sociale. À l’heure où plus de 190 projets numériques sont engagés, l’enjeu n’est pas seulement technique. Il est stratégique, presque existentiel.
Dans un monde qui avance à vive allure, la digitalisation n’est plus un luxe ni un simple outil d’efficacité. Elle conditionne la compétitivité, la transparence, la capacité à attirer l’investissement et, plus largement, la place d’un pays dans l’économie globale. En mettant l’accent sur l’interopérabilité, le paiement électronique, la simplification des procédures ou encore la lutte contre la corruption, la Tunisie fait un choix clair : celui d’un État qui veut rattraper son retard et se projeter dans l’ère des données ouvertes et de l’intelligence artificielle.
Les avancées annoncées, comme celle du portail unifié des services administratifs au timbre fiscal électronique, en passant par les plateformes «Taâmir» ou « Najda.tn»…, montrent qu’un mouvement est bel et bien enclenché. Elles témoignent d’une capacité réelle de l’administration à se réinventer lorsque les objectifs sont clairement définis et que la volonté politique suit. Reste un défi majeur : la constance. Car la transformation numérique n’est pas un événement ponctuel, mais un processus continu qui exige rigueur, transparence et coordination.
Il serait toutefois réducteur d’aborder cette transition sous le seul angle administratif. Les pays qui se sont hissés dans le peloton de tête du numérique, parmi eux des économies émergentes comme l’Estonie ou le Rwanda, l’ont fait en plaçant le citoyen au centre du processus. L’expérience utilisateur, la confiance numérique, la cybersécurité, l’accessibilité des services et leur adoption réelle sont autant d’éléments qui peuvent faire d’une réforme technique une véritable révolution sociétale.
La Tunisie a donc une opportunité historique : utiliser le digital pour reconstruire un lien de confiance entre l’État et les citoyens, fluidifier le quotidien, stimuler l’innovation et redonner à l’économie nationale un souffle nouveau. Mais cette opportunité n’a de valeur que si elle s’accompagne d’un engagement durable, de moyens suffisants et d’un pilotage transparent.
Le monde n’attend pas et n’attend plus ! Il se digitalise, s’automatise, s’intègre. Si la Tunisie veut y tenir sa place, elle doit traiter la transformation numérique non comme une option ou un horizon lointain, mais comme une priorité absolue, continue, collective. La digitalisation n’est pas seulement un outil de modernisation de l’administration : c’est la clé d’un nouveau contrat social et d’un futur où le pays ne se contente pas de suivre, mais choisit enfin de conduire.