CA – un comité de « pérennisation » des sections jeunes : Y a-t-il l’environnement favorable ?
Un projet ambitieux théoriquement, mais est-ce que le club a les moyens financiers, l’infrastructure et la patience pour accompagner des jeunes qui ont encore des années pour se perfectionner ?
La Presse — Au CA, le tapage médiatique et la communication sur les réseaux sociaux sont un point fort, une tradition d’un club qui, sportivement et financièrement, n’a pas la même réussite. Le week-end dernier, le CA, poussé par les socios, une structure discrète mais efficace et brave compte tenu de l’apport de ses membres-cadres et compétences issus de différents horizons, a créé un comité de pérennisation des sections jeunes et présenté une vingtaine de joueurs internationaux recrutés allant des minimises jusqu’à l’élite.
Cérémonie, photos, vidéos, témoignages et discours du président de ce comité, Khelil Cheibi, médiatiquement, l’opération est bonne à suivre. On promet de bâtir une équipe pour 2029 à la base des jeunes ramenés à l’élite. Sauf que Khelil Cheibi, qui retrouve le même projet des débuts des années 2000 mais sous une autre appellation, n’a pas bien expliqué quels sont les moyens qui vont être mis pour aider ces jeunes ramenés des quatre coins du pays à s’intégrer en senior demain.
Ce genre de projets à long terme est assez pertinent. C’est un investissement dans l’avenir qui demande, en revanche, beaucoup de temps, de suivi, de compétences, d’argent, de patience pour qu’il donne ses fruits. Au CA, le parc A qui, en dépit de l’entretien et de l’embellissement faits, est-il en mesure d’abriter un tel projet ?
Connu pour sa discrétion (parfois exagérée), Khelil Cheibi a monté un comité assez hétérogène entre juristes, dirigeants anciens et nouveaux, préparateurs physiques, ex-joueurs du club. Tout ce beau monde comment va-t-il coordonner ses efforts, sachant que dans le passé, ces expériences n’étaient pas une fameuse réussite au CA ? Les différends, les divergences, les conflits même ont souvent saboté toute tentative de relancer un club éloigné des titres et de la stabilité et engouffré dans ses crises et ses guerres internes.
Ce comité de pérennisation, ce n’est pas une nouveauté au CA. Les idées, les compétences, les slogans, les appellations, le CA est submergé dans ce sens, mais au bout de quelque temps, et vu l’environnement clubiste hostile à tout changement, et surtout démuni de finances et d’argent (c’est la vérité que tous ces ex-dirigeants qui répètent les mêmes choses depuis plus de 20 ans dénient), les projets de modernisation et de réforme finissent par s’évaporer et par se ternir.
Tout comme les autres clubs, le CA doit d’abord revoir ceux qui sont au contact des jeunes joueurs, de leurs parents au parc A et doit surtout offrir des moyens colossaux avec une autorité technique reconnue pour que les choses aillent. Dans les sections jeunes du CA, les mêmes têtes influentes règnent au parc A.
Comment ces jeunes ramenés et qu’on a présentés comme les futurs éléments de l’équipe de demain vont évoluer avec les autres joueurs du club maintenant? A-t-on pensé à cela ? Khelil Cheibi, qui compte sur des dizaines de cadres et de membres fidèles des « socios » et des supporteurs sur les réseaux sociaux, va-t-il gérer de la même façon d’il y a 20 ans à l’époque du centre de formation ? Les choses ont changé pour lui qui s’est éclipsé pendant des années.
Ce projet n’a de sens que s’il y a les finances pour investir dans les entraîneurs de qualité et étrangers de préférence (malheureusement), et que s’il y a l’environnement et les dirigeants qui puissent protéger des jeunes talents. Dans trois ans, il y aura encore plus de la moitié de l’équipe actuelle senior encore disponible, sans parler des futures recrues.
Est-ce que toutes les recrues en élite vont être là pour jouer ou comme d’habitude pour partir en prêt et évoluer sous d’autres cieux ou disparaître tout simplement des radars ? Pour l’idée, c’est bon à prendre, mais il ne faut pas vite s’enflammer quand il s’agit du CA. Et encore moins quand il s’agit des dirigeants clubistes habitués aux disettes et aux échecs. K. Cheibi a intérêt à bien regarder la réalité du football aujourd’hui et éviter de vivre dans les vestiges d’un passé qui ne reviendra jamais !