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Franchise douanière chinoise : Quand Pékin ouvre ses portes, nous devons avancer

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  • 16 février 21:00
  • 5 min de lecture
Franchise douanière chinoise : Quand Pékin ouvre ses portes, nous devons avancer

En ouvrant dès le 1er mai 2026 son marché aux produits de 53 pays africains, la Chine marque un tournant inédit dans ses relations commerciales avec le continent. L’annonce, faite par le président Xi Jinping lors du 39e sommet de l’Union africaine à Addis-Abeba, dépasse largement la dimension diplomatique et redessine les équilibres économiques entre l’Afrique et la Chine.

Pour la Tunisie, dont les échanges avec Pékin connaissent une croissance rapide mais restent largement dominés par les importations, cette décision représente à la fois une opportunité concrète et un signal stratégique fort pour repenser notre insertion dans le commerce asiatique.

La Presse — L’annonce est tombée dans un contexte international particulièrement chargé, marqué par la montée des tensions commerciales et par les surtaxes imposées par les États-Unis sur une large gamme d’importations. À contre-courant de cette crispation générale, la Chine déploie une politique d’ouverture ciblée qui concerne désormais la quasi-totalité du continent africain.

Désormais, tous les pays qui entretiennent des relations diplomatiques avec Pékin bénéficieront d’un accès libre de droits au marché chinois. Seule exception: l’Eswatini, qui continue de reconnaître officiellement Taïwan.

Jusqu’ici, seuls trois États africains profitaient d’une franchise totale. L’élargissement à 53 pays marque un changement d’échelle inédit. Pour les économies africaines, cette ouverture réduit immédiatement les obstacles à l’entrée sur un marché colossal.

Pour la Chine, il s’agit d’un moyen de renforcer son influence au moment où d’autres puissances comme les États-Unis, l’Union européenne, l’Inde ou la Turquie, multiplient les initiatives pour consolider leur présence sur le continent.

Une opportunité à saisir pour la Tunisie

Les échanges entre la Tunisie et la Chine ont connu une progression notable ces dernières années, avec un volume commercial avoisinant 9,2 milliards de dinars en 2024, en hausse d’environ 8 % par rapport à 2023 selon les données du Cepex.

Cependant, le déséquilibre demeure marqué : les importations en provenance de Chine ont augmenté fortement, tandis que les exportations tunisiennes vers ce marché restent très limitées en valeur.

Ce constat s’explique en partie par le fait que la Chine est récemment devenue le premier fournisseur de la Tunisie, dépassant des partenaires historiques tels que l’Italie ou la France, ce qui accentue l’ampleur du déficit commercial.

Pourtant, des opportunités réelles existent. Selon les estimations des experts, le potentiel d’exportation tunisien vers la Chine atteindrait environ 214 millions de dollars, avec des produits agricoles transformés comme l’huile d’olive, les produits de la mer et les dattes identifiés comme secteurs porteurs.

Ce contexte montre que la franchise douanière annoncée par Pékin peut offrir une marge de manœuvre appréciable pour encourager les entreprises tunisiennes à renforcer leur présence sur le marché chinois.

Pour transformer ces opportunités tarifaires en résultats concrets, il faudra toutefois améliorer la compétitivité, moderniser les capacités logistiques et intensifier la promotion des produits tunisiens, afin d’augmenter sensiblement les exportations vers un marché aujourd’hui peu exploité.

Même avec la franchise douanière, le commerce entre la Chine et l’Afrique reste très déséquilibré. En 2025, les échanges ont atteint 348 milliards de dollars, dont 225 milliards d’exportations chinoises contre seulement 123 milliards pour l’Afrique, composée essentiellement de matières premières peu transformées.

La suppression des droits de douane facilitera l’accès des produits africains au marché chinois, mais le déséquilibre perdurera tant que le continent vendra majoritairement des ressources brutes et achètera des biens manufacturés.

Repenser la stratégie asiatique

La Tunisie, avec une base industrielle plus diversifiée, peut se distinguer si elle valorise mieux ses productions locales et modernise ses filières. Cette ouverture chinoise représente donc une opportunité stratégique à saisir pour accroître sa présence sur l’un des plus grands marchés mondiaux.

L’initiative chinoise intervient à un moment où la Tunisie cherche à diversifier ses partenaires commerciaux au-delà de l’Europe, qui absorbe encore 70 % de ses exportations. Le marché asiatique, largement sous-exploré par les entreprises tunisiennes, pourrait devenir un axe de développement complémentaire.

La franchise douanière constitue un point d’entrée pour tester de nouveaux débouchés, renforcer la présence des produits tunisiens et attirer des investissements croisés. Pour tirer parti de cette nouvelle configuration, la Tunisie devra toutefois résoudre plusieurs défis internes : simplifier les procédures d’exportation, fluidifier les services logistiques, améliorer la promotion des produits tunisiens sur les marchés asiatiques et renforcer sa présence commerciale dans les grandes plateformes chinoises. L’accès en franchise n’a de sens que si les produits arrivent compétitifs, standardisés et visibles.

Une occasion à transformer en stratégie

La décision de Pékin modifie la donne pour l’ensemble du continent africain. Pour certains États riches en matières premières, elle ouvrira la voie à une progression immédiate de leurs exportations.

Pour d’autres, dont la Tunisie, moins dépendants des ressources brutes mais dotés d’un tissu industriel varié, elle crée une perspective d’insertion différente : plus qualitative, plus ciblée et potentiellement plus durable.

Encore faut-il imaginer une stratégie cohérente. La franchise douanière n’est ni un aboutissement ni une garantie de succès. Elle représente un levier. Elle offre un cadre nouveau.

Elle crée un espace à occuper. Reste à savoir si la Tunisie saura en faire un véritable vecteur de diversification et d’ouverture, à un moment où son positionnement international doit évoluer.

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Auteur

Saoussen BOULEKBACHE

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