Face à la flambée des prix et aux manœuvres des spéculateurs, l’importation apparaît comme une solution de facilité mais risquée.
Des expériences réussies, comme les points de vente de dattes gérés par les producteurs, montrent qu’une organisation locale peut inverser la tendance.
Entre plafonnement des prix, contrôle renforcé et régulation des marchés, la bataille contre la spéculation reste ouverte.
La Presse — Pourquoi avoir pensé tout de suite à l’importation pour contrer les spéculateurs et déjouer leurs projets ?
Nous pensons que ce n’est encore qu’une proposition car y foncer tête baissée serait faire le jeu de ceux qui n’attendent que cela. En effet, si nous prenons l’exemple des dattes, la mise en place de points de vente tenus par les producteurs eux-mêmes a complètement changé la donne. Là où on a décidé l’organisation de ces points de vente, ce fut un succès total. Les prix décidés, avec l’accord des producteurs, ont permis d’encourager la consommation et de faire dégringoler ceux qu’affichent les revendeurs, soit de ceux qui opèrent au niveau des marchés, soit de ceux qui ouvrent boutique un peu partout.
Et cette année, jusqu’à présent du moins, on n’a pas entendu un seul producteur de dattes se plaindre. Pourtant, la récolte a été exceptionnelle.
L’huile d’olive, en dépit des remous que l’on enregistre de temps à autre, semble s’engager sur une voie passante.
Où est le problème et que devrions-nous importer?
A ce propos, l’écoulement des quantités d’huile à des prix raisonnables a été faussé par la mainmise sur une bonne quantité de ce contingent par des spéculateurs qui possèdent leurs réseaux. Cette huile est proposée à un prix plus élevé, ce qui remet en question toute la stratégie mise en place.
Reste le problème des viandes rouges. Nous l’avions soulevé il y a quelque temps en mettant en exergue le nœud gordien qui étouffe ce secteur. Et nous avions attiré l’attention que ce secteur est tenu par des spéculateurs qui contrôlent les boucheries et qui par voie de conséquence imposent leurs prix. Il faut absolument mettre de l’ordre dans ce secteur et l’ouverture d’un point de vente de viandes rouges doit être entérinée par les autorités compétentes.
Imaginons ce qui attend le consommateur dans deux mois avec l’Aïd El Kebir. Combien coûtera un mouton si actuellement le prix du kilo se situe entre soixante et soixante-dix dinars?
A chaque alerte, les yeux se braquent sur la société Ellouhoum. Il s’avère en fin de compte que ses moyens d’action sont bien réduits. Elle mettra en vente une certaine quantité, mais cela est bien insuffisant pour réguler le marché. En effet, en important, on permet à quelque milliers de familles de goûter à cette sacrée viande rouge, mais rien ne sera résolu.
La spéculation, elle, possède des cartes toutes prêtes pour brouiller les calculs et les services de contrôle ne peuvent tout… contrôler.
Il fut un temps où on avait de la peine pour maîtriser les prix. On a mis en place le plafonnement, non seulement des marges mais aussi du prix de vente. En effet, avec la complicité des producteurs, la spéculation peut faire établir des factures répondant aux besoins. En ajoutant la marge imposée, le consommateur trinque.
Tant que cette éventualité fait le jeu de la spéculation, il faudrait arrêter de parler de liberté de prix. D’ailleurs, pourquoi n’y a-t-il pas de liberté de prix pour le lait, les pâtes, le pain, etc?
Ces produits sont subventionnés par l’État, mais cela n’empêche pas le consommateur d’acheter des bananes qui ont encore une fois franchi les frontières pour s’afficher entre quinze et vingt dinars. Une pièce de kiwi est à deux dinars. Un ananas est à seize dinars. Et on les achète. A n’y rien comprendre
Pour résumer, avant de parler d’importation, il faudrait savoir ce qu’on veut.
Cette décision d’importer, on ne peut pas la prendre à la veille de la hausse de la consommation qui s’annonce. Lorsque l’on a le couteau sous la gorge, on ne négocie pas, on se plie. Et d’ailleurs, ceux qui n’attendent que cela sont prêts à nous écorcher vifs.
Donc, étant donné qu’il est trop tard, il nous semble que nous avons juste le temps de mettre en place des points de vente strictement contrôlés par les autorités régionales. Des points à surveiller de près pour éviter la mainmise de ceux qui n’attendent que cela pour accaparer le tout.
Cette envolée des prix pourrait difficilement durer plus longtemps que la moitié du mois saint. Par expérience, l’envie qui taraude les jeûneurs, se limite généralement à ce niveau. Tout redeviendra normal après et la poussée des légumes dont on cherche à gonfler les prix sera inévitable.
Autant importer des produits que nous pourrions commander en toute quiétude comme les pommes de terre, sans tomber dans la précipitation et plonger tête baissée dans des produits pourris tel que cela a été le cas lorsque nous avons voulu agir vite pour soi-disant sauver la situation.
A écouter ce qui se dit, les dernières pluies ont détruit une bonne partie des récoltes de fraises. Les fraises sont sur le marché en bon état et en quantité suffisante. Les spéculateurs avaient intérêt à faire monter les enchères pour que le fruit atteigne les sommets.
Le plafonnement des prix nous semble le plus urgent, à condition que la fin de l’application soit annoncée par un communiqué du ministère du Commerce et non décidé par la corporation qui donne l’impression d’être noyautée par les spéculateurs, toujours tentés par le blocage des produits pour imposer leurs lois.
Les grandes surfaces ? Elles pourront aider à écouler les viandes blanches en PAC (on a tendance à répondre à la demande, que la quantité ramenée est épuisée) non découpées et non enveloppées dans des raviers, pour augmenter de manière insupportable les prix, étant donné que les plafonnements ne concernent que les produits en vrac.
Elles pourront dans ce cas aider le consommateur et contribuer à l’effort national déployé à l’occasion de ce mois saint. A titre d’exemple, le kilo de pilon de poulet est vendu dans une grande surface à….16 dinars. Il est vrai qu’il est joliment enveloppé dans un emballage. Inconcevable!
Ramadan Moubarek