Tunis Marine sous les eaux : la mer de la Méditerranée s’invite au cœur de la capitale
Depuis les deux derniers jours du mois de janvier 2026, un événement rare et quasi inimaginable s’est produit : les eaux de la mer de la Goulette ainsi que les eaux de l’ancien port de Tunis ont débordé.
Le quartier de Tunis-Marine et les débuts de l’avenue Bourguiba ressemblent désormais à des places flottantes tant l’eau couvre la quasi-totalité du sol… Les réseaux sociaux pullulent de photos et de vidéos illustrant ces faits.
Les commentaires fusent de partout… Certains ayant circulé près des fleuristes installés à Tunis-Marine, jurent avoir vu des poissons nager en début de l’avenue Bourguiba ! Artère principal, qui, hier encore, était baptisé le cœur battant du centre-ville de Tunis et qui risque désormais de perdre son entrée. Celle-ci semble devenir peu à peu une continuité aquatique de l’ancien port de Tunis…
L’entrée de la capitale se veut vraiment marine…
Les images partagées sur les réseaux sociaux sont saisissantes à couper le souffle ! Les riverains de la place, les habitants des immeubles, les résidents du fameux hôtel El Béhi et autres commerçants installés sur les deux rives de l’avenue lancent des appels au secours.
Certains hurlant qu’ils ne peuvent plus descendre de leur immeuble dont l’entrée est submergée par l’eau. Ces derniers ont longtemps cru que c’est l’eau de pluie qui a submergé les sols.
C’est faux, c’est bel et bien l’eau de mer qui a débordé ! Aujourd’hui encore, la porte d’entrée de la capitale est toujours submergée par les eaux de la Méditerranée.
Le débordement du canal reliant le lac de Tunis au port de la Goulette a craché son surplus transformant le début de l’avenue Habib Bourguiba en une vaste étendue d’eau saumâtre, paralysant la circulation et isolant les accès au terminus du TGM.
La nature reprend son cours ?
Ce débordement de l’eau de mer a causé d’importantes perturbations et bien des inquiétudes. Les voitures qui passent sur l’autoroute menant vers La Goulette relatent qu’ils roulent sur l’eau…
Ceci dit si des experts ont alerté sur la vulnérabilité croissante du littoral face à l’élévation du niveau de la mer, les Tunisiens d’antan disent que la mer reprend ce qui lui revient de droit…
Oui, les plus vieux racontent qu’autrefois le dit Bab-bhar (porte de la mer SIC) doit son appellation à l’existence de la mer sur l’actuelle place de Tunis Marine.
Ces mêmes vieilles personnes sont convaincues que l’eau a une forte mémoire, qu’elle n’oublie jamais ces circuits naturels et qu’elle finit toujours par reprendre son bon vieux chemin…
Les dessous du débordement
Ce phénomène, bien que spectaculaire, n’est pas le fruit du hasard. Et même si les séniors pensent que c’est la nature qui a repris son cours de jadis, les experts eux, ont une toute autre vision.
En effet, les climatologiques pointent du doigt une combinaison de trois facteurs critiques ayant causé cette situation. Il s’agit en l’occurrence de la surcote marine, de l’élévation du niveau de la mer et de la saturation des réseaux d’évacuation…
Les experts s’accordent à dire que les fortes dépressions atmosphériques enregistrées depuis des semaines dans le bassin méditerranéen ont provoqué une élévation temporaire mais brutale du niveau de la mer.
Poussée par des vents violents de secteur Nord-Est, l’eau s’est engouffrée avec force dans le canal de la Goulette, incapable d’absorber ce surplus de volume.
Ils expliquent aussi que ce débordement illustre la vulnérabilité croissante des zones basses du littoral tunisien. « Avec la montée globale des eaux, le seuil de tolérance des infrastructures portuaires et urbaines de Tunis, construites au niveau zéro, est désormais régulièrement franchi lors de fortes tempêtes », notent-ils.
Et d’ajouter que l’absence de zones d’expansion de crues autour du port et la saturation des réseaux d’évacuation pluviale rajoutent une couche à cette situation.
« Cette absence d’expansion a empêché tout retrait rapide des eaux, créant cette situation de stagnation au niveau des carrefours stratégiques », expliquent-ils.
La submersion de Tunis Marine n’est plus une hypothèse, mais une réalité à laquelle les futurs plans d’aménagement devront impérativement répondre pour protéger le cœur historique et le nerf économique de Tunis de sombrer sous l’eau…