gradient blue
gradient blue
A la une Actualités Economie

Banque postale en Tunisie : l’ARP entre dans le vif du sujet

  • 17 février 14:54
  • 4 min de lecture
Banque postale en Tunisie : l’ARP entre dans le vif du sujet

L’Assemblée des représentants du peuple a ouvert lundi 16 février 2026 un débat de fond sur la création d’une banque postale. Réunie en audition, la Commission des finances et du budget a entendu les porteurs de l’initiative législative dans une séance qui a mis en évidence à la fois le potentiel du projet et les questions structurelles qu’il soulève.

La proposition découle d’un constat d’échec partiel : un précédent projet de loi sur la lutte contre l’exclusion financière n’avait pu aboutir, faute d’une réponse institutionnelle à la hauteur du problème. L’idée d’une banque postale s’est alors imposée comme le chaînon manquant — un opérateur public de proximité capable de bancariser les franges de la population que le secteur privé ne dessert pas : populations des régions intérieures, agriculteurs, artisans, ménages modestes. L’objectif déclaré est double : réduire l’économie informelle en intégrant ces catégories dans le circuit formel, et corriger les déséquilibres territoriaux qu’une faible densité bancaire aggrave.

L’argument central des promoteurs du texte tient à l’infrastructure existante de La Poste tunisienne : un maillage géographique dense, une présence dans les zones les plus reculées et une confiance populaire que les banques commerciales ne peuvent revendiquer. Ce capital de proximité et de crédibilité constitue, selon eux, le socle opérationnel d’un modèle centré sur la microfinance, l’épargne et l’accompagnement financier des petits porteurs de projets. À terme, l’ambition affichée est celle d’une banque numérique à part entière, ancrée dans la transition digitale.

Les débats ont révélé des interrogations substantielles. Sur la viabilité financière d’abord : les députés ont exigé que le texte définisse clairement les mécanismes de constitution du capital et de mobilisation des ressources propres, afin que l’établissement remplisse sa mission sociale sans peser sur les finances publiques. Sur l’infrastructure ensuite : plusieurs élus ont mis en doute la capacité actuelle des bureaux de poste à assumer des opérations bancaires, appelant à un bilan préalable rigoureux. Sur le modèle de crédit enfin : la Commission a insisté sur la nécessité de distinguer nettement exclusion bancaire et fragilité financière, pour éviter que l’octroi de prêts à des publics vulnérables ne génère un portefeuille de créances compromises. Des questions précises ont été posées sur les taux d’intérêt, les délais de remboursement et les garanties exigibles.

Deux préoccupations transversales ont également émergé : l’absence d’une stratégie de numérisation explicite dans le texte soumis, et le risque de doublon avec le Banque nationale de solidarité, dont les missions recoupent partiellement celles envisagées.

La question de la forme juridique du projet a traversé l’ensemble des échanges. Faut-il créer un établissement bancaire ex nihilo ou étendre progressivement les services de La Poste aux prestations bancaires ? Faut-il fusionner cette proposition avec le projet de loi sur l’exclusion financière pour garantir une cohérence législative, ou la faire avancer de manière autonome ? Les porteurs de l’initiative ont indiqué leur préférence pour la fusion, tout en affirmant leur détermination à poursuivre si celle-ci s’avérait impossible. Sur le principe de concurrence, ils ont été catégoriques : la banque postale élargira l’offre financière sans distordre le marché, et disposera d’une marge de négociation commerciale dans le strict respect de la réglementation en vigueur.

La Commission a décidé de ne pas conclure prématurément. Elle a programmé l’audition de la Banque centrale de Tunisie et des ministères concernés, et constituera un groupe de travail chargé d’élaborer une rédaction juridique consolidée. Des visites de terrain sont également au programme, à commencer par la Banque centrale, dans le cadre du renforcement du rôle de contrôle que la Commission entend exercer sur l’ensemble du système financier national.

Auteur

S. M.

You cannot copy content of this page