CNUCED – Commerce mondial en 2026 : L’Afrique face à la recomposition des échanges
La Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (Cnuced) anticipe une croissance mondiale limitée à 2,6 % en 2026, dans un contexte de ralentissement économique, de fragmentation géopolitique et de durcissement réglementaire.
Pour l’Afrique et les économies en développement, cette recomposition du commerce mondial représente à la fois un défi et une opportunité stratégique.
Selon la « Global Trade Update » publiée en janvier 2026, le commerce mondial ne traverse pas une simple phase conjoncturelle : il connaît une transformation profonde. La croissance globale devrait plafonner à 2,6 % en 2026, un niveau historiquement faible hors période de crise. Ce ralentissement pèse sur la demande extérieure, les flux d’investissements et la capacité des États à soutenir l’activité par des politiques budgétaires ou industrielles ambitieuses.
Les économies en développement, hors Chine, verraient leur croissance passer de 4,3 % à 4,2 % en 2026, avec une forte volatilité due à la dépendance aux marchés extérieurs, aux flux de capitaux et aux prix des matières premières. Les grandes économies avancées ne jouent plus leur rôle traditionnel de locomotive : les États-Unis voient leur croissance ralentir à 1,5 %, la Chine à 4,6 %, et l’Europe reste limitée par une demande intérieure contrainte.
Cette conjoncture crée un environnement plus concurrentiel, où les parts de marché se disputent dans un contexte de croissance molle plutôt que d’expansion partagée. Les pays les plus petits et les moins diversifiés, incapables de rediriger rapidement leurs exportations ou d’absorber les hausses de coûts, apparaissent particulièrement vulnérables.
La recomposition institutionnelle et réglementaire
La transformation du commerce mondial ne se limite pas aux cycles économiques. La Cnuced met en évidence une fragilisation institutionnelle, notamment autour de la réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
Le rétablissement d’un mécanisme de règlement des différends pleinement opérationnel est jugé essentiel pour préserver prévisibilité et équité.
Parallèlement, le protectionnisme reprend de l’ampleur. Depuis 2025, les droits de douane sont redevenus un instrument central des stratégies économiques, utilisés pour protéger l’industrie, rééquilibrer le commerce ou sécuriser les chaînes d’approvisionnement. Cette multiplication tarifaire augmente l’incertitude et peut réduire les volumes échangés, même avant l’entrée en vigueur des mesures, par effet d’anticipation.
Reconfiguration des chaînes de valeur et émergence du Sud-Sud
Près des deux tiers du commerce mondial transitent aujourd’hui par les chaînes de valeur, désormais remodelées par les tensions géopolitiques, les politiques industrielles et les innovations technologiques. Les entreprises privilégient des stratégies «risk-aware», combinant diversification des fournisseurs, relocalisation partielle et intégration verticale pour sécuriser l’accès aux intrants critiques. Cette réorganisation profite aux pays disposant d’infrastructures efficaces, d’une main-d’œuvre qualifiée et d’un cadre réglementaire stable, tandis que les économies périphériques, fondées sur le faible coût du travail, risquent d’être marginalisées.
Pour rester intégrées, elles doivent investir dans la logistique, la formation et l’amélioration du climat des affaires.
Le commerce Sud-Sud connaît un essor spectaculaire : 57 % des exportations des pays en développement sont aujourd’hui destinées à d’autres économies du Sud, avec des valeurs passant de 0,5 trillion de dollars en 1995 à 6,8 trillions en 2025. L’Afrique, encore sous-développée dans ses échanges interrégionaux, pourrait tirer parti de cette dynamique à condition de renforcer ses infrastructures et ses cadres commerciaux.
Services, numérisation et transition verte
Le commerce mondial s’oriente de plus en plus vers les services. Sur la dernière décennie, leurs exportations ont cru en moyenne de 5,3 % par an, contre un rythme inférieur pour les biens. En 2025, la croissance des services atteint 9 %, représentant 27 % du commerce mondial. Les services numériquement livrables jouent un rôle croissant, mais restent concentrés dans les pays développés : seuls 16 % des exportations de services des PMA sont numérisables.
La transition environnementale devient un facteur structurant. Les engagements climatiques de 113 pays pourraient réduire les émissions mondiales de 12 % d’ici 2035, tandis que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières de l’UE redéfinit l’accès au marché et impose de nouvelles contraintes pour les exportateurs des pays en développement.
Les marchés des minerais critiques et agricoles illustrent les tensions entre transition énergétique et sécurité commerciale. Les cours corrigés fin 2025 et les restrictions à l’exportation créent un risque géopolitique élevé, tandis que les chocs climatiques et la volatilité des engrais fragilisent la sécurité alimentaire mondiale.
La Global Trade Update 2026 de la Cnuced dessine un commerce mondial en mutation profonde, marqué par une croissance ralentie, une fragmentation accrue et une reconfiguration structurelle.
Pour l’Afrique et les économies en développement, le défi consiste à transformer ces dynamiques en leviers de développement inclusif. Infrastructures, formation, politiques commerciales cohérentes et adaptation aux nouvelles normes environnementales seront décisives pour éviter une marginalisation durable dans un système mondial de plus en plus complexe.