Artisanat du cuivre à kairouan : Malgré les difficultés, certains artisans font de la résistance
Tout le monde sait que la qualité d’un métier se mesure par la rentabilité. Le meilleur des choix professionnels est celui qui rapporte le plus d’équilibre moral et d’argent.
Or, le bonheur réside dans le métier qui nous permet de réaliser notre être, donc d’afficher notre personnalité.
La Presse — Autrement dit, si l’on rend d’une manière honnête service à la société tout en gagnant dignement notre pain, on se sent enrichi sur le plan affectif et moral.
La fortune devrait par conséquent être accompagnée de valeurs suprêmes, non de comptes bancaires pleins à craquer. L’essentiel c’est d’être honnête, d’aimer son travail et de ne pas céder à la facilité…
Et parmi les métiers qu’on apprécie énormément à Kairouan, figure celui d’artisan spécialiste dans la fabrication du cuivre, ce métal semi-précieux dont les principales branches sont la chaudronnerie, la dinanderie et l’étamage.
D’ailleurs, l’émulation entre les artisans contribue à la dynamisation de la créativité artistique outre le fait que l’esprit créatif des professionnels révèle un souci constant de répondre aux exigences de la modernité, tout en respectant l’authenticité du patrimoine.
Et bien que le nombre des artisans du cuivre ait connu une certaine baisse ces dernières années à la rue Ennhaïssia qui compte aujourd’hui 28 artisans chevronnés (contre 37 dans les années 80-90 et 100 dans les années 60), vu qu’il s’agit d’un métier pénible, salissant et comportant des risques pour la santé, certains artisans continuent de promouvoir leur savoir-faire et de lutter pour assurer leur survie et répondre aux besoins de la majorité des mariées kairouanaises qui font tout pour acheter un service en cuivre (pour la cuisine, la boisson, l’hygiène et la beauté).
Sahbi Raïss, maître artisan en cuivre et propriétaire de deux boutiques, l’une à Ennhaïssia pour la fabrication des articles en cuivre et l’autre au sein de la Médina où il vend du cuivre martelé pour la décoration, du cuivre rouge et des objets d’ornementation, nous parle de sa passion pour ce métier du cuivre ayant connu plusieurs évolutions allant de la fabrication de différents ustensiles aux objets finement fabriqués comportant beaucoup d’innovations et avec un grand souci d’esthétique : «Bien que l’on assiste depuis plusieurs années à beaucoup de difficultés dues à la cherté de la matière première et à la rareté de la main-d’œuvre d’autant plus que les jeunes préfèrent d’autres métiers moins épuisants et moins salissants, j’ai préfère laisser de côté l’outillage compliqué de l’industrie moderne en suivant les règles primitives avec de simples instruments à main.
En fait, je suis heureux de créer des objets d’ornementation, tels que les plateaux ciselés, les candélabres et supports d’abat-jour, les lanternes, les cadres pour glaces et autres. En effet, suite à l’expansion de l’inox, de l’aluminium, du verre et autres matériaux, les citoyens ont préféré remplacer le cuivre par ces nouveaux matériaux, moins chers et nécessitant moins d’entretien. La plupart de mes clients sont de jeunes fiancés désireux d’offrir à leurs dulcinées le Moussem du Mouled et de l’Aïd, composé d’articles en cuivre… En fait, je suis heureux de créer et d’être utile dans ce métier que j’ai appris de mon père et de mon grand-père».
Notons dans ce contexte que plusieurs études ont démontré que la cuisson de cuisiner dans des récipients en cuivre permet de détruire les bactéries nuisibles à la santé. Quant à l’opération d’étamage, elle doit être effectuée avant l’usage domestique, et ce, en recouvrant le cuivre d’une couche d’étain.
Rappelons que la plupart des mères de famille préfèrent cuisiner dans des récipients en cuivre pendant le mois sacré. D’ailleurs, on assiste ces jours-ci à des opérations d’étamage des ustensiles de cuisine, dont les prix ont beaucoup augmenté. Inès, mère de famille, nous confie qu’elle a payé, l’année dernière 70 D pour étamer le couscoussier, le fait-tout, le chaudron et les casseroles. Cette année, elle a payé 120 D pour les mêmes articles.