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Le gouvernement espagnol a adopté un décret historique visant à régulariser jusqu’à 500 000 personnes en situation irrégulière vivant sur son territoire, dans une démarche qui contraste avec les politiques migratoires plus strictes observées dans plusieurs pays européens. La mesure, approuvée fin janvier 2026, devrait entrer en vigueur dans les prochains mois et répondre à une réalité socio‑économique complexe.
Selon ce texte, les migrants concernés pourront demander un titre de séjour et une autorisation de travail s’ils remplissent certaines conditions, notamment avoir vécu en Espagne pendant au moins cinq mois avant le 31 décembre 2025 et ne pas avoir de casier judiciaire. La régularisation, décrite par le gouvernement comme une mesure exceptionnelle et transitoire, devrait s’étendre jusqu’à fin juin 2026.
Un plan présenté comme “historique”
Le gouvernement, dirigé par le Premier ministre Pedro Sánchez, a présenté la mesure comme une démarche pragmatique pour favoriser l’intégration, renforcer la protection des travailleurs et réduire l’économie souterraine. Selon des responsables espagnols, cette régularisation est également vue comme un moyen de répondre à des besoins structurels du marché du travail dans certains secteurs économiques.
La régularisation fait suite à des années de pression de la part d’organisations civiles et d’associations, et constitue l’une des initiatives les plus ambitieuses en matière d’immigration en Espagne depuis plusieurs décennies. Elle porte sur les personnes qui sont déjà établies dans le pays et qui ont contribué à l’économie locale sans bénéficier de statut légal.
Les migrants souhaitant bénéficier de cette régularisation devront prouver qu’ils ont vécu en Espagne avant la date limite de fin 2025, qu’ils disposent d’un casier judiciaire vierge et qu’ils ont des justificatifs de résidence continue sur le territoire. Cette procédure devrait permettre à ces personnes d’obtenir un permis de séjour d’un an renouvelable, assorti d’un droit de travailler légalement en Espagne.
Contrairement à certaines affirmations sur les droits qui pourraient être accordés à ces nouveaux résidents, des vérifications de faits ont montré que le droit de vote ou un accès automatique à la citoyenneté n’est pas inclus dans cette mesure. Seul le droit de résidence temporaire et de travail est prévu dans le cadre du décret.
Un débat politique et social
Cette décision a suscité un débat politique intense en Espagne. Si la gauche et plusieurs organisations sociales la saluent comme une mesure de justice et de pragmatisme économique, ses détracteurs, notamment à droite, dénoncent l’absence de débat parlementaire approfondi et craignent une possible incitation à l’immigration irrégulière.
Certaines collectivités locales, comme les îles Baléares, ont exprimé des inquiétudes quant à l’impact potentiel sur les services publics et les infrastructures, évoquant le risque d’un “nouvel effet d’attraction” pour les migrants.
Bien que le plan officiel mentionne environ 500 000 personnes concernées, des estimations internes, notamment issues d’un rapport de la police espagnole, suggèrent qu’un nombre bien plus élevé de migrants pourrait être éligible, allant jusqu’à près de 1,35 million de personnes si l’on inclut certains demandeurs d’asile et autres catégories de résidents sans statut légal. Ces chiffres doivent toutefois être pris avec prudence car ils ne sont pas issus d’une annonce gouvernementale officielle mais de données internes.
Les autorités espagnoles estiment que cette régularisation pourrait non seulement améliorer les conditions de vie de centaines de milliers de personnes, mais aussi contribuer à une meilleure intégration économique et sociale, en élargissant la base fiscale et en réduisant le recours au travail non déclaré. Elle s’inscrit aussi dans une logique de renforcement des droits humains tout en essayant de répondre à des enjeux démographiques et économiques.