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Culture

On nous écrit – Or d’Ombres, Une exposition de l’artiste Slim Elkhiari : La peinture comme méditation sur le temps et les mémoires

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  • 20 février 17:30
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On nous écrit – Or d’Ombres, Une exposition de l’artiste Slim Elkhiari : La peinture comme méditation sur le temps et les mémoires

Une exploration picturale où la figuration et l’abstraction dialoguent pour interroger la temporalité, la mémoire et la transmission.

Peut-on rendre visible le temps qui passe et les mémoires qui s’y déposent ? L’exposition Or d’Ombres de l’artiste Slim Elkhiari, actuellement en cours à l’Espace Art et Culture Hédi Turki et inaugurée le 6 février 2026, propose une exploration picturale où la figuration et l’abstraction dialoguent pour interroger la temporalité, la mémoire et la transmission.

Le lendemain du vernissage, une conférence intitulée « À l’intersection des sciences et de l’art plastique : le paradigme de l’Or d’Ombres » a prolongé cette expérience, soulignant la dimension scientifique du travail de l’artiste et son dialogue avec l’histoire de l’art, notamment à travers Michel-Ange, présenté comme un modèle de connaissance structurée et encyclopédique. 

L’exposition révèle un univers dense, où les visages puissamment incarnés, les gestes suspendus et les figures fragmentaires s’organisent en compositions stratifiées. L’artiste superpose des éléments classiques et contemporains, invitant le regardeur à naviguer entre plusieurs registres de lecture. Les silhouettes, fragments de corps et figures issues de cultures diverses — des visages aux regards perçants, des personnages africains ou indiens, ainsi que des silhouettes voilées — construisent un atlas visuel de la mémoire humaine et de la diversité culturelle.

Parmi les motifs récurrents, montres molles et horloges apparaissent comme une traduction plastique du temps. Inspirées de l’artiste espagnol surréaliste Salvador Dalí, ces formes molles et flottantes traduisent un temps vécu, instable et malléable, tandis que certaines horloges plus structurées renvoient à la mesure rationnelle et sociale du temps.

Le contraste entre ces régimes crée une tension constante et renforce l’impression d’un temps qui se déploie différemment dans l’espace pictural. La matière picturale elle-même devient un vecteur de mémoire et de sens. Les couches superposées, parfois rugueuses, laissent apparaître les traces du geste de l’artiste, et inscrivent le temps dans la surface même de la peinture.

Les billes multicolores présentes un peu partout dans les toiles ainsi que les reproductions en papier de pièces de monnaie, collées directement sur la toile, matérialisent ce rapport à l’expérience et à la mémoire concrète des objets. Elles font dialoguer l’œuvre avec la réalité et interrogent la mémoire — non pas seulement individuelle, mais collective et culturelle.

Les mains peintes dans une gestuelle proche de celle de Michel-Ange, ne célèbrent pas une transcendance divine, mais incarnent la transmission horizontale : quelque chose circule entre les êtres, entre les fragments de mémoire, entre les gestes et les objets. La sphère, fragile et lumineuse, que certaines mains semblent porter ou transmettre, devient métaphore de la création et de la mémoire en suspension, espace de dialogue entre tradition et invention.

Entre héritage et réinterprétation, entre figuration et abstraction, l’artiste Slim Elkhiari construit un espace pictural original et multiple où le regard comme envoûté est attiré irrésistiblement. Ainsi, le récepteur est invité à s’arrêter, observer et entrer dans une méditation du temps et des mémoires.

Loin de tout effet spectaculaire, Or d’Ombres offre un lieu où la peinture devient archive, exploration et expérience réflexive.  L’exposition mérite une visite attentive : chaque détail, chaque motif, chaque texture et chaque couleur y raconte un fragment de mémoire et invite à une expérience où le temps et l’espace sont suspendus.

Ilhem Larbi

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La Presse

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