Face à un déficit énergétique qui a dépassé 11 milliards de dinars en 2025, la Tunisie mise sur un ambitieux virage vers les énergies renouvelables, avec l’objectif de porter leur part dans le mix énergétique de 6 à 35 % d’ici 2030, puis 50 % en 2035. Pour atteindre ces cibles, le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie prévoit des investissements de 12 milliards de dinars, tout en simplifiant les procédures pour les investisseurs, notamment via l’idée d’un « Golden permit», autorisation unique visant à lever les lourdeurs administratives et accélérer le déploiement de projets solaires et éoliens à travers le pays.
La Presse — Face à un déficit énergétique qui s’élève à plus de 11,1 milliards de dinars en 2025, la vision est clairement identifiée par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Energie pour augmenter le taux des énergies renouvelables dans le Mix énergétique, de 6 % actuellement à 35 % en 2030 et à 50 % en 2035. Un bond qui nécessite des investissements de l’ordre de 12 milliards de dinars, pour produire 5.000 mégawatts d’électricité à partir de capteurs photovoltaïques et d’éoliennes.
Ce sont les chiffres clés, annoncés par Ouael Chouchène, secrétaire d’Etat en charge de la transition énergétique, à l’occasion de la Conférence nationale sur les énergies renouvelables, organisée récemment par la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (Conect) sur le thème : «Projets d’énergies renouvelables sous régime des autorisations : cadre actuel, enjeux et perspectives d’amélioration».
Les enjeux exprimés à cette occasion sont nombreux. Figure en premier lieu le défi économique qui consiste à réduire la facture énergétique de plus en plus déficitaire, réduire la dépendance énergétique marquée jusqu’à l’heure par la volatilité des cours et l’incertitude de l’approvisionnement en raison des tensions géopolitiques et fournir aux citoyens et aux entreprises une énergie propre et respectueuse de l’environnement, tout en sauvegardant les chances d’un développement durable et un cadre de vie agréable aux générations futures. L’atout majeur, pour ce faire, l’existence abondante de l’énergie solaire en Tunisie, mais aussi de l’énergie éolienne dans certains endroits connus par les vents favorables tout au long de plusieurs périodes de l’année.
Compte tenu de tout cela, les objectifs de réduction de la dépendance énergétique et de réduction des dépenses allouées à l’importation ne relèvent plus de vœux pieux, mais constituent réellement des cibles « à la portée », si tout est mis en œuvre par les intervenants concernés. Le président de la Conect, Aslan Berjeb, a même évoqué une possibilité d’inverser la vapeur, la Tunisie pouvant à terme devenir un exportateur net d’énergie et d’expertise dans le domaine du renouvelable.
Pour l’heure, il existe déjà 3 régimes d’investissement dans les énergies renouvelables et qui avancent à vitesses variables.
Il y a d’abord le régime d’autoproduction que ce soit par les entreprises ou par les ménages. Il y a, ensuite, le régime des concessions. D’après les témoignages officiels, ces deux régimes avancent relativement bien.
Quant au régime des autorisations, il rencontre certaines difficultés, quoique la volonté des secteurs public et privé soit amplement exposée.
187 autorisations accordées
Selon les chiffres officiels, la tutelle a accordé jusqu’à présent 187 autorisations pour la production d’un total de 287 mégawatts à partir des énergies renouvelables. Toutefois, ces projets n’ont pas été tous réalisés, soit à cause de la non-obtention du permis de bâtir au niveau de certaines municipalités, soit en raison de difficultés à convertir des terrains agricoles en terrains industriels. Il en résulte un certain ralentissement pour atteindre les objectifs escomptés, mais aussi un retard dans le traitement des nouvelles demandes d’autorisation, puisque les autorisations accordées ont déjà réservé leurs parts sur le réseau, dont la capacité est limitée notamment au niveau de la Moyenne tension (MT). Il serait ainsi urgent d’assainir, selon Néjib Chtourou, Dga de la Société tunisienne d’électricité et du gaz (Steg), dans la mesure où certains investisseurs ont carrément abandonné leurs projets, afin d’ouvrir le réseau à de nouveaux investisseurs. Il est également question de trouver une solution rapide aux lourdeurs administratives empêchant de réaliser les investissements ayant obtenu une autorisation.
Parmi les solutions évoquées lors de la conférence nationale figure l’option d’un «Golden permit» qui serait l’équivalent d’une autorisation unique mais universelle, une fois attribuée, l’investisseur n’aura plus besoin d’autres documents.
La question n’est pas encore tranchée, puisqu’elle nécessite un cadre réglementaire spécifique impliquant plusieurs intervenants.
Des députés présents à la conférence ont évoqué la possibilité de débattre et d’inclure cette amélioration à l’occasion de la discussion prochaine du code d’investissement…
Au ministère de l’Industrie, l’on annonce, en attendant, la poursuite de l’accompagnement des investisseurs jusqu’à la réalisation et l’entrée en production de leurs projets, aussi bien au niveau technique que financier. L’on prévoit aussi des améliorations administratives pour la digitalisation des services, la mise en place d’un point de contact unique, tout en œuvrant à développer l’infrastructure et les transformateurs nécessaires au réseau électrique pour absorber l’énergie produite par ce système. L’ensemble des intervenants conviennent d’établir des partenariats où chacun trouverait son compte et son épanouissement.