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Culture

Mes humeurs – La musique perd l’un de ses géants : Michel Portal

  • 21 février 17:30
  • 3 min de lecture
Mes humeurs – La musique perd l’un de ses géants : Michel Portal

La Presse — Les médias ont rendu un hommage appuyé à Michel Portal, une figure de la musique classique et du jazz ; France musique lui a consacré une journée entière, interviews anciens et récents, témoignages de partenaires et d’amis, et des amis il en avait, ils viennent du monde musical. Il était l’un des plus grands musiciens de notre temps, très connu dans le monde; admiré par les grands compositeurs de Boulez à Bério ou Stockhausen, etc.; multiinstrumentiste, clarinette, saxophone, bandonéon ; improvisateur et compositeur, 3 césars pour ses musiques de films , il a accumulé les expériences, cassé les frontières entre le jazz et la musique classique.

Michel Portal s’est éteint le 12 février à l’âge de 91 ans. Son apprentissage ?

On dirait qu’il l’a puisé dans le biberon, il n’aimait pas les études, «Je jouais et aimais faire danser les gens », disait-il. A 12 ans il intégrait l’harmonie bayonnaise, un orchestre dirigé par son grand-père, suivent les études, Premier prix du Conservatoire national supérieur de musique de Paris (Cnsmdp).

Il joue dans les boites de nuit, attiré par le jazz, Coltrane, Ornette Coleman ou Delphy ; un concert filmé nous le montre jouer, son jeu entrait en confidence, silhouette fine, l’oreille attentive tendue vers l’invisible. Entre ses mains, la clarinette semble se transformer en une liane souple, une veine vibrante ; le bandonéon, un poumon ancien qui exhale des nostalgies d’ombre et de braise ; le saxophone, une braise vive qui fend l’air et y grave des éclats d’insolence. Portal ne jouait pas, il respirait. Portal ne jouait pas la musique, il l’interrogeait, la provoquait, la cajolait, parfois la malmenait, pour qu’elle dise davantage que ce qu’elle croyait pouvoir dire. Il jouait de ses instruments comme il respirait.

Il fait partie de ces artistes qui refusent les frontières : le classique ne l’enferme pas, le jazz ne le limite pas : il circule. Il passe d’un rivage à l’autre avec la grâce d’un funambule, portant dans ses pas l’exigence des partitions savantes et la fièvre imprévisible de l’improvisation du jazz. Chez lui, Mozart peut frôler Coltrane, et le silence d’une salle d’opéra dialoguer avec la rumeur nocturne d’un club enfumé.

Il y a dans son souffle quelque chose d’archaïque et de neuf à la fois. Une mémoire des musiques premières, celles qui naissent du bois creusé et du souffle humain ; et, en même temps, une audace presque enfantine, une manière de questionner chaque note comme si elle venait d’être inventée.

Avec le bandonéon, il convoque des ports lointains, des quais humides où tanguent des souvenirs d’Argentine ; avec la clarinette, il cisèle l’air d’arabesques limpides ; avec le saxophone, il ouvre des brèches, des blessures lumineuses dans le tissu du temps. Chaque instrument est une langue, chaque langue une facette de son âme inquiète et libre.

Michel Portal fut un passeur. Entre les styles, entre les époques, entre les mondes. Il nous rappelle que la musique n’est pas un territoire à défendre, mais un horizon à élargir. Et lorsque la dernière note s’évanouit, il demeure dans l’air une vibration ténue, comme un fil invisible : la trace d’un artiste qui, sans bruit, a déplacé nos frontières intérieures.

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Auteur

Hamma Hannachi

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