Kairouan : Les éleveurs sur le qui-vive à cause du vol de bétail
La Presse — Le vol de bétail et d’équipements agricoles n’est plus un événement passager s’inscrivant dans la rubrique «Faits divers», mais un phénomène de plus en plus dangereux. En effet, le secteur de l’élevage, qui représente une activité socioéconomique très importante pour les 23.000 éleveurs disposant de 800.000 brebis, 58.700 têtes bovines, 34.000 chèvres et 1.000 camélidés, devient très menacé puisque l’on assiste depuis plusieurs années à la recrudescence du vol de bétail et d’équipements agricoles.
D’ailleurs, beaucoup d’entre eux ont fini par désespérer et par vendre leur cheptel, car ils se trouvent impuissants face à des malfrats qui utilisent souvent des véhicules loués dont les sièges arrière sont démontés afin de ne pas attirer l’attention.
En outre, les tâches sont réparties entre ceux qui effectuent les vols, ceux qui s’occupent de la surveillance des lieux et du transport et ceux qui procèdent à la liquidation de la viande auprès des boucheries clandestines et des restaurants.
Ainsi, l’année dernière, on a enregistré dans tout le gouvernorat de Kairouan le vol de 6.000 têtes ovines et bovines, ce qui a porté préjudice à 500 éleveurs, dont des veuves, des septuagénaires vivant dans des villages isolés et même de jeunes éleveurs s’occupant de nourrir toutes leurs familles.
Les plaintes auprès de la Garde nationale augmentent chaque jour et quelques gangs organisés ont été arrêtés avec leur butin, aussitôt rendu à leurs propriétaires.
Néanmoins, ce fléau continue de sévir et d’inquiéter tous les éleveurs, même les petits bergers dont le métier ancestral risque de disparaître.
Témoignages
Lassé de voir se multiplier jour après jour les vols de son bétail, un éleveur âgé de 76 ans a décidé de vendre tout ce qui lui restait de son cheptel au souk de bétail de Kairouan.
Mais quelle ne fut pas sa surprise lors qu’il s’est rendu compte quelques heures après l’opération de vente, en faisant ses courses dans un centre commercial, que beaucoup de billets étaient faux. Étant analphabète et ayant une confiance aveugle en les acheteurs faux-monnayeurs à qui il n’a pas réclamé leurs pièces d’identité, ce malheureux éleveur s’est fait arnaquer, surtout que l’opération de vente a été effectuée très tôt le matin.
Et dans la localité de Khit El Oued (délégation de Haffouz) Ali Hlaïli, nous raconte sa mésaventure : «A l’aube du 25 octobre, des voleurs ont défoncé notre porte d’entrée et m’ont enfermé avec ma femme et mes enfants dans une pièce qu’ils ont fermée à l’aide d’un cadenas, et ce, pour pouvoir voler mon matériel agricole évalué à 7 mille dinars ainsi que deux veaux. Le comble dans tout cela, c’est lors qu’un éleveur veut défendre ses biens et qu’il a le courage de mettre hors d’état de nuire les malfaiteurs, il est jeté en prison…».
Notons dans ce contexte que le 17 février, les habitants de plusieurs localités relevant de la délégation de Nasrallah ont organisé un sit-in pour revendiquer une meilleure protection de leur bétail en augmentant les rondes policières et en dotant les agents de la Garde nationale de beaucoup plus de véhicules. Par ailleurs, les forces sécuritaires de Menzel Mhiri, de Bouhajla et de Nassrallah ont saisi deux camionnettes avec du bétail volé et arrêté les deux brigands, et ce, le 7 février.