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Reportage – Restaurants du cœur : Partage et convivialité

  • 22 février 18:30
  • 5 min de lecture
Reportage – Restaurants du cœur : Partage et convivialité

C’est le premier jour de Ramdan et dans une toute proche banlieue dans un carré bien aménagé, on a même posé un chauffage à gaz, les tables étaient bien installées.

Il y avait du monde. De tout âge. L’ambiance était sympathique. On attendait l’annonce de la fin du jeûne.

La Presse — Il n’y avait pas de quoi s’inquiéter, la voix qui sortait du poste radio était couverte par les discussions, mais la mosquée qui n’était pas loin allait jouer complètement son rôle.

Elle le fait doublement. Elle a annoncé la rupture du jeûne et une dizaine de minutes après, ce fut tout un groupe de jeunes surtout qui prit place.

Ce restaurant du cœur installé s’est retrouvé plein à craquer. Le menu était très bien choisi pour une première journée.

Au fond, un jeune tenait son portable et se tortillait pour avoir une bonne image. Il montrait à ce qui devait être des membres de sa famille le menu : «je vous assure que c’est copieux et bien servi.

Regardez, il  y a du monde. C’est si bien que l’on vient en famille. Ne vous inquiétez pas pour moi».

C’est un jeune de Côte d’Ivoire. Il habite dans les parages et on semble le connaître. On le salue au passage. Il répond par des «merci» souriants et timides.

«C’est mon deuxième Ramadan ici. Je travaille dans les entreprises de construction. J’étais en contact avec ma famille qui se trouve en….. France. Moi je suis là».

Il n’a pas voulu dire davantage mais il semble souffrir de cette solitude.

«Je sais que je risque des problèmes mais je me plais ici. Je ne ressens aucune tentative de rejet. Tout le monde est gentil avec moi et je sais que je ne pourrai jamais rejoindre ma famille. On se parle au téléphone. C’est tout».

Sont-ils nombreux dans le même cas  ?

« Oui, mais il y a d’autres nationalités. Un certain nombre a choisi de partir volontairement. Je serais peut-être au nombre de ceux qui partiront un jour. Je ne sais pas.

Si on me renvoie,  je n’ai plus personne à moins de rejoindre la France. Difficile et risqué,  autant rester ici mais… Je ne sais pas».

A l’Ariana du côté du siège du gouvernorat nous avons rencontré Elys le patron restaurateur, à qui on a reconduit la mission d’organiser les repas à fournir pour la rupture du jeûne de ce Ramadan.

« Comme d’habitude j’ai réuni les jeunes volontaires pour aider et faire le service. Constatez vous-même, l’expérience a fait son effet,  il y a de l’enthousiasme et de la bonne humeur.

Nous fournirons comme l’année dernière, de la nourriture pour les parents visiteurs des malades de l’hôpital de l’Ariana. Les responsables ont constaté que c’était important.

Dehors, il est difficile de trouver à manger et ceux qui amènent quelque chose avec eux risquent une intoxication. Dans l’hôpital il fait chaud et avec les longs déplacements qu’effectuent  ces gens, souvent âgés, il vaut mieux ne pas courir de risque.

Cette année, nous avons prévu des plateaux  que l’on peut réchauffer en micro-onde. Nous sommes presque au complet ».

Un jeune discute avec certainement sa famille « Oui, tout va bien, il ne faut pas s’inquiéter. Le menu est convenable, nous attendons l’heure de rupture. Je vais vous envoyer la photo. »

Mais cette vague de bienfaisance ne se limite pas à ce que toutes les régions du pays font en ce mois saint. Chaque année, durant le Ramadan, l’association « Développement sans frontières » offre des repas d’Iftar à des personnes âgées vivant seules.

Ces repas se composent de plats variés, préparés spécialement pour la circonstance.

Conformément à la tradition de l’association, les repas sont livrés au domicile des bénéficiaires par des coordinateurs issus de ses militants.

Ces derniers ont solidement ancré cette tradition dans les actions caritatives de l’association, joignant le geste à la parole.

Lorsque cela vient du cœur, ces restaurants, ces actions, d’où qu’elles viennent ou se trouvent, constituent bel et bien un geste de fraternité et d’entraide dont nous avons besoin.

Le plus intéressant est que l’on ne s’est pas figé dans les habitudes. On essaie de s’adapter pour que cette initiative soit de plus en plus appropriée,  rendre service et…. servir la cause.

Avec les violences que nous enregistrons tous les jours, nous avons, en effet, l’impression que cette communion qui a toujours fait notre force s’effrite.

Cet élan entretenu par les jeunes filles et garçons, qui laissent leurs familles en plein Ramadan, pour venir rendre service dans ces restaurants du cœur, met du baume au cœur de ceux qui pensaient que nous avons perdu nos dernières illusions.

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Auteur

Kamel GHATTAS

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