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Culture

Télévision : feuilleton « Khottifa » de Saoussen Jemni : Une entame forte et symbolique

  • 23 février 18:00
  • 4 min de lecture
Télévision : feuilleton « Khottifa » de Saoussen Jemni : Une entame forte et symbolique

Il est, certainement, plus judicieux de juger de la qualité d’une œuvre après sa diffusion en entier, autrement dit à la fin de tous les épisodes.

Mais, il n’est pas interdit non plus de faire une lecture quoique approximative de séquences ayant attiré l’attention du public et de certains internautes.

La Presse — Le marathon des feuilletons et séries du mois de Ramadan en cours est lancé, tous en même temps. Juste après la rupture du jeûne et l’avalanche des spots publicitaires, l’armada des fictions se met à l’œuvre sur plusieurs chaînes de télévision publiques et privées dans le but d’offrir un large choix de programmes aux spectateurs.

Il est, certainement, plus judicieux de juger de la qualité d’une œuvre après sa diffusion en entier, autrement dit à la fin de tous les épisodes. Mais, il n’est pas interdit non plus de faire une lecture quoique approximative de séquences ayant attiré l’attention du public et de certains internautes. Pour notre part, nous proposons dans ce qui suit quelques réflexions sur l’entame du feuilleton « Khottifa » (L’hirondelle) de Saoussen Jemni diffusé sur la chaîne El Hiwar Ettounisi.

L’entame ou l’accroche, pour utiliser le jargon journalistique, est importante dans la mesure où elle capte l’attention du spectateur en étant à la fois concise et percutante suscitant sa curiosité et l’incitant à suivre la suite du feuilleton. Saoussen Jemni est passée maître en la matière depuis « Foundou 1 et 2 » (2021-2022), « Fallouja 1 et 2 » (2023-2024), « Fitna » (2025) et actuellement « Khottifa ».

Au lieu d’installer les personnages durant un ou deux épisodes comme il est courant dans d’autres productions, ce qui peut détourner le public, la réalisatrice annonce l’événement dès la première scène du feuilleton, attirant très vite le spectateur et l’incitant à regarder les prochains épisodes. C’est là que réside la force de l’approche de Jemni.

Dès les premières images, « Khottifa » nous met dans le bain. Un enfant en bas âge, qui accompagne sa mère au marché du village, suit une hirondelle dans un camion et s’égare. La mère, ne trouvant pas son gamin, s’affole puis s’effondre. Elle le cherche partout mais finit par perdre espoir malgré son insistance et celle de son mari.

Youssef, c’est un ainsi qu’il s’appelle, est récupéré par une femme stérile dont l’enfant se présente comme un cadeau tombé du ciel. Le père de l’enfant, éprouvé par la perte de son fils, meurt subitement. C’est là un double drame pour la mère qui perd en même temps son fils et son mari.

Saoussen Jemni frappe fort avec une séquence d’ouverture tragique. Lamia Amri, qui réapparaît sur le petit écran après des années d’absence, campe le rôle d’une femme, mère et épouse subissant coup sur coup la perte de deux êtres chers. Elle est sublime par sa présence et son interprétation d’une femme d’un milieu modeste dont tous les malheurs du monde lui tombent sur la tête en une matinée.

Mais si l’actrice est convaincante, derrière, il y a la réalisatrice, qui a su si bien la diriger et en même temps chorégraphiée avec panache, en alternant gros plans et séquences plus larges sur la foule au marché, la scène qui montre le désarroi et la détresse de cette femme. Une scène chargée d’émotions et d’empathie.

Par ailleurs, la symbolique est efficace. Youssef, l’enfant de 3 ans, est à l’image de l’hirondelle parti par hasard vers une autre destination, une famille d’accueil. Il se sépare de sa famille et de sa mère biologique et cause par son départ impromptu la mort de chagrin de son père. On est là en présence d’une tragédie grecque qui illustre la démesure face à la fatalité.

La force de la mise en scène de Saoussen Jemni est de faire adhérer le spectateur à ce qui habite son héroïne. « Khottifa » doit beaucoup, dans ce premier épisode, à la performance époustouflante de Lamia Amri. A coups de larmes, de cris, de silences, de fulgurances, l’actrice insuffle à son personnage un mélange de désespoir et de détermination qui chatouille les émotions des spectateurs.

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Auteur

Neila GHARBI

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