La gloire tunisienne vient de fêter son anniversaire Mohamed Gammoudi : souvenirs, souvenirs
La Presse — Mohammed Gammoudi vient de fêter, cette année, ses 88 ans. Nous lui souhaitons longue vie, bonheur et prospérité. De son vrai nom Mohammed Tlili Ben Abdallah, il est né le 11 février 1938 à Sidi Aïch,
Mohammed Gammoudi est une légende de l’athlétisme tunisien. Il a été le premier champion olympique du pays avec 4 médailles olympiques (1 or, 2 argent, 1 bronze) sur 5.000 m et 10.000 m entre 1964 et 1972. Il a marqué l’histoire en offrant à la Tunisie sa première médaille d’or à Mexico en 1968.
Son palmarès est impressionnant :
Médailles Olympiques (Athlétisme-Fond) :
Or: 5.000 m (Mexico 1968).
Argent: 10.000 m (Tokyo 1964), 5.000 m (Munich 1972).
Bronze: 10.000 m (Mexico 1968).
Champion aux Jeux Méditerranéens en 1963 et 1967
Vainqueur du Cross-country international (1968).
Décoré de l’ordre du Mérite Olympique par l’Acno en 2026.
Il a dominé le fond tunisien et maghrébin pendant plus d’une décennie, s’illustrant comme l’un des meilleurs coureurs de sa génération.
Mais tout cela, c’est l’athlète. A part ses proches, sa famille, peu de personnes connaissent ses autres qualités, celles d’un homme remarquable par sa bonté, sa gentillesse et surtout par la vivacité de ses réflexions.
Nous avions accompagné Mohamed Gammoudi et le reste de l’équipe de fond dont le regretté Abdelkader Zaddem, en l’ex-Tchécoslovaquie, pour participer au cross du Rude Pravo et à des épreuves sur piste à Pilsen. À l’arrivée à Prague, nous avions attendu en vain les bagages de Mohamed Gammoudi.
Rentré à l’hôtel, il vint nous prévenir que sans ses chaussures, il ne concourra pas. Les organisateurs se sont affolés. Ils passèrent une partie de la nuit à lui présenter de nouvelles chaussures. Il refusa. «Si je mets de nouvelles chaussures, elles risquent de me blesser et je suis en pleine préparation. Pas question».
Dans l’immense salle de réception de l’hôtel, les athlètes participants attendaient le bus pour les transférer sur place. Et voilà que Gammoudi vient nous dire qu’un athlète porte des chaussures comme les siennes. C’était un athlète japonais. Les organisateurs se précipitent vers le Japonais et lui expliquent que Gammoudi, qui a perdu ses chaussures, souhaiterait concourir avec ses chaussures. Le hasard a bien fait les choses. Les pointures correspondaient. Le Japonais, tout heureux, enleva immédiatement ses chaussures et les remit à Mohamed Gammoudi. Il courut et survola la course, battant au passage le grand Gaston Roelants, un athlète belge, spécialiste des courses de fond, médaillé aux 3.000 mètres steeple masculin aux Jeux olympiques d’été de 1964.
Le public se pressait autour de lui. Quelques-uns se précipitaient pour le toucher et s’enduisaient le corps avec sa sueur. Nous étions en Europe. Comme quoi, il y a des traditions, fétichistes ou pas qui perdurent !
Le Japonais récupéra ses chaussures et demanda à Gammoudi de les lui dédicacer. Et comble du bonheur, tout en brandissant les chaussures devenues des reliques, il eut droit à une photo aux côtés de notre champion.
Entretemps, tard dans la soirée, on récupéra les bagages et Mohamed Gammoudi retrouva ses pointes de compétition. Au dîner, il observait ses futurs concurrents sur 10.000 mètres. Il attira notre attention sur le fait qu’une bonne partie d’entre eux ingurgitaient des pilules. «Regardez comment ils en prennent. C’est la deuxième fois qu’ils le font».
Le contrôle antidopage n’était pas aussi rigoureux qu’il l’est actuellement.
A l’hôtel où on était logé, Gammoudi et ses camarades étaient réunis dans une même chambre pour attendre l’heure de la compétition. Nous avons été surpris de les trouver en train de discuter et de se marrer.
Pourquoi vous n’avez pas fait un petit somme pour vous reposer, avons-nous demandé ?
«Parce que si nous dormons, nos battements cardiaques reviendront au plus bas et ce n’est pas indiqué à quelques heures de la compétition», a répondu notre champion olympique. Dehors, il faisait un temps de chien. Tant et si bien que la piste disparaissait sous l’eau.
Gammoudi était venu demander de le changer du 10.000 mètres au 5.000.
Dans un meeting international, on ne peut se permettre de faire cela, mais… on ne saurait refuser une demande venant d’un champion olympique.
Il changea effectivement de spécialité et prit tout simplement un tour et demi sur le reste de ses concurrents.
Le public, debout, applaudissait à tout rompre. A la fin de la course, il confia : «J’ai couru 10.000 mètres sur une distance de 5.000, car avec une piste aussi lourde, les meilleurs spécialistes de la distance calent».
Un grand homme, un grand athlète, un exemple dont toutes les générations actuelles et futures devraient s’inspirer.
Longue vie Si Mohamed.