La Médina de tunis : La réhabilitation, des racines à la modernité…
La Presse — Le temps détruit le bâtiment, tout comme les guerres et les catastrophes naturelles ! A défaut d’un entretien permanent ou d’une réhabilitation totale, toute construction humaine est vouée à la disparition comme en témoignent les vestiges des civilisations anciennes à l’image de l’ancienne cité de Carthage ou, au contraire, les édifices historiques restés debout des siècles durant à l’instar de la mosquée Zitouna, construite depuis le 7e siècle et gardée intacte moyennant de nombreuses actions de sauvegarde.
L’histoire de la Tunisie est riche en exemples comparables, du fait du passage de nombreuses civilisations à travers le temps et la géographie confirmant la théorie de succession naturelle entre naissance et disparition avec en filigrane une dualité aussi ferme entre espoir et nostalgie.
Aujourd’hui, la ville de Tunis vit pleinement cette transformation, entre de nouvelles constructions tirées par des modes de vie contemporains et des aspirations modernistes orientées vers l’avenir et de vieilles bâtisses rattachées aux racines, chères aux Tunisiens et gardant bien en mémoire comme dans la réalité toute une vie typique avec des métiers artisanaux qui résistent, un style architectural révolu, mais, paradoxalement, toujours abritant une activité effervescente et pleine de vie, marquant une certaine détermination à tenir debout, malgré la fragilité relative devant les aléas du climat et la carence des moyens.
Inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 1979, la médina de Tunis, malgré l’existence de nombreux bâtiments qui menacent de s’effondrer, maintient en vie tout un écosystème d’une autre époque et qui appelle à réfléchir et à comprendre à chaque ruelle, monument, souk, etc.
Autrefois clôturée par une muraille épaisse, dont ne restent aujourd’hui que les principaux portails, à l’image de l’emblématique Bab B’Har, Bab Saâdoun, Bab Jedid ou Bab el-Khadhra, la Médina de Tunis renferme une concentration socioéconomique exceptionnelle, avec des habitations soudées et adossées les unes aux autres, des souks répartis dans l’espace selon la spécialité (Sagha, Chaouachia, Grana, Attarine, etc.), intégrant pas moins de 700 monuments tels que palais, mosquées, mausolées, écoles, etc.
Une fois à l’intérieur, le visiteur ne manquera pas de remarquer la quasi-inexistence de symboles de la vie moderne : ni voitures, ni supermarchés, mais les gens ne se privent pas d’utiliser leurs smartphones pour immortaliser les moments de leur passage et prendre des clichés de moult témoins de la mémoire.
Les experts du bâtiment disent que toute intervention de réhabilitation, de rénovation ou de reconstruction doit être bien étudiée à l’avance au risque d’affecter les constructions avoisinantes. Autre difficulté : les gros engins permettant de creuser des bases profondes ou les semi-remorques nécessaires pour transporter des matériaux de construction ne peuvent y accéder, à cause de l’exiguïté des passages et de la fragilité relative de l’infrastructure.
Pour autant, de nombreux bâtiments ont été rasés et reconstruits en gardant le même style architectural ancestral, mais aussi en prenant soin du voisinage… Certaines bâtisses ont même été transformées en hôtels ou restaurants, offrant un cadre et une sensation uniques d’un endroit aussi rattaché aux racines qu’ouvert à la modernité.
Les activités artisanales sont également maintenues, malgré les défis du marché, en l’occurrence la baisse de la demande et la difficulté d’accès au produit « fait-main ». L’enjeu étant tel, les autorités annoncent l’engagement de travaux conséquents de réhabilitation et de sauvegarde à partir de la fin de l’année 2026.
Il s’agit d’une action structurelle qui ne dépend pas des récentes perturbations climatiques qui ont, du reste, mis à nu la fragilité des infrastructures de la capitale, dont le but est de mettre à niveau les réseaux publics, de rénover les bâtiments historiques, ainsi que de créer des projets culturels et économiques afin d’améliorer le cadre de vie et soutenir le tourisme et l’artisanat tout en impliquant les résidents.
C’est un programme qui ne se limite pas uniquement à l’ancienne ville de Tunis, mais qui s’étend sur l’ensemble du territoire, pour renforcer, moderniser, réhabiliter les quartiers vulnérables et les bâtiments qui présentent des signes d’érosion.