Plus de la moitié du parc automobile tunisien est âgé de plus de 15 ans, tandis que le marché parallèle continue de gagner du terrain. C’est ce qu’a indiqué, lundi 23 février 2026, Ibrahim Debache, président de la Chambre syndicale des concessionnaires automobiles, mettant en garde contre les risques que représente cette situation pour l’économie nationale et la sécurité des consommateurs.
Intervenant sur les ondes de la radio Express Fm, Debache a souligné que le marché automobile tunisien a enregistré environ 93 000 immatriculations en 2025. Parmi celles-ci, plus de 29 000 véhicules ont été introduits via le marché parallèle, soit près de 30 % du total.
Dans le même temps, les concessionnaires officiels, au nombre de 45, écoulent collectivement moins de 60 000 véhicules par an. Le marché non organisé a ainsi connu une progression d’environ 25 % par rapport à 2024.
Selon lui, le système de quotas actuellement en vigueur limite fortement la capacité des concessionnaires à répondre à la demande, malgré l’augmentation du nombre de marques représentées en Tunisie.
Cette situation pousse de nombreux consommateurs à se tourner vers le marché parallèle, notamment en raison des insuffisances du transport public et du besoin croissant de véhicules individuels.
Debache a en outre alerté sur le vieillissement du parc automobile national, indiquant que plus de 50 % des véhicules en circulation ont plus de 15 ans.
Cette situation concerne aussi bien les voitures particulières que les taxis et les véhicules de transport rural, qui devraient en principe être renouvelés après dix ans d’exploitation.
Toutefois, la hausse des prix et la faiblesse de l’offre rendent l’acquisition de véhicules neufs difficile pour de nombreux propriétaires.
Le président de la Chambre syndicale des concessionnaires automobiles a précisé que la profession ne s’oppose ni aux avantages fiscaux accordés aux Tunisiens résidant à l’étranger ni au programme de la voiture populaire, tout en appelant à un encadrement plus strict afin d’éviter que ces dispositifs ne soient détournés au profit du commerce parallèle.
Il a par ailleurs dénoncé ce qu’il considère comme une contradiction dans la politique publique : alors que les autorités encouragent le renouvellement du parc automobile et la promotion des véhicules électriques et hybrides pour réduire la pollution et la consommation d’énergie, l’importation de voitures d’occasion âgées de quatre à cinq ans reste autorisée dans des circuits parallèles, avec des véhicules jugés plus énergivores et moins sûrs.
Debache a enfin mis en avant la pression fiscale pesant sur les concessionnaires, précisant que les taxes et droits de douane représentent près de 50 % du prix final d’un véhicule.
Il a appelé à une révision du cadre réglementaire régissant l’importation automobile et à une ouverture plus large du marché à la concurrence légale.
Une telle réforme permettrait, selon lui, d’élargir l’offre, de réduire les prix et de limiter progressivement l’ampleur du marché parallèle, qui ferait perdre à l’État environ 2,6 milliards de dinars de recettes fiscales par an.
“La réforme du secteur automobile constitue, a-t-il conclu, un enjeu à la fois économique et sécuritaire, visant à moderniser le parc national, protéger les consommateurs et encourager l’investissement dans l’industrie automobile en Tunisie”.