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Belhassan Mihoub au Club Culturel Tahar Haddad : Le gardien infatigable de la mémoire du stambeli

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  • 25 février 19:15
  • 5 min de lecture
Belhassan Mihoub au Club Culturel Tahar Haddad : Le gardien infatigable de la mémoire du stambeli

Le Club culturel Tahar Haddad, niché au cœur de la  Médina de Tunis, a accueilli lors de la soirée du 22 février le spectacle « Stambeli Fusion » porté par Belhassan Mihoub.

Un large public s’est rassemblé pour assister à la performance, ou plutôt pour la vivre pleinement.

La Presse — « Stambeli fusion » est le deuxième évènement à l’affiche dans le cadre de la manifestation « Soirées ramadanesques » (Layali Ramadhan) que ce lieu organise chaque année.

L’affluence est due à la fois à la renommée de Belhassan Mihoub, figure emblématique de ce genre artistique, et la rareté des spectacles dédiés à ce rite ancestral.

Bien qu’il soit vu de l’extérieur comme un simple folklore musical, le stambeli est en réalité le symbole identitaire d’une minorité bien enracinée au sein de la communauté tunisienne.

Apportée par d’anciens esclaves subsahariens, cette pratique mêlant musique, chants et danses est censée à la base soigner et délivrer.

Sa valeur sociale et patrimoniale est essentiellement liée au fait qu’elle véhicule la mémoire douloureuse d’une migration forcée suivie d’une existence en servitude.

Elle reste également le symbole des croisements interculturels entre les initiateurs de ce rituel et la civilisation arabo-musulmane du Nord de l’Afrique.

Les artistes qui continuent à perpétuer cet héritage ancestral sont aujourd’hui essentiellement basés à Tunis, en plus de quelques autres régions du Sud.

Le stambeli est également apparenté à d’autres genres de musique, dont le gnaoua au Maroc et le diwan en Algérie.

Une expérience originale participative

Belhassan Mihoub fait partie des interprètes rares qui demeurent attachés à ce rituel et travaillent avec persévérance à le faire connaître davantage en Tunisie et à l’étranger en lui insufflant une touche de modernité.

Lors de son spectacle au Club culturel Tahar Haddad, les chants captivants, les danses et les transes mystiques exécutées par la troupe ont fait le grand bonheur du public.

Ce n’était pas uniquement un show qui se regarde et s’admire, mais une expérience immersive irrésistible à laquelle toute la foule présente a participé.

Les notes des instruments traditionnels phares du stambeli ont fusionné avec des sonorités plus modernes.

Cette harmonie entre le gumbrī, un luth à trois cordes auquel Belhassan Mihoub lui-même joue, les crotales en fer appelées shqāshiq, la batterie et le clavier a généré une musique originale fortement rythmée.

S’y ajoutent la voix puissante de Belhassan Mihoub et l’énergie des deux musiciens aux shqāshiq qui l’ont accompagné en chœur. Les airs chantés étaient en dialecte tunisien, avec des refrains faciles à retenir et à répéter, dont « Ye Selma » et « Sidi Bahri ».

Après un passage musical fortement applaudi, un premier danseur de la troupe a débarqué au milieu de la piste pour une démonstration des mouvements. Les spectateurs qui l’ont au début regardé avec fascination n’ont pas hésité à le rejoindre.

Les danseurs habillés en costumes traditionnels de Boussaadia ont ensuite électrisé le lieu par leur énergie. De la scène, ils se sont mêlés au public pour une danse collective, ce qui a transformé l’ambiance dans la salle en une transe festive.

La prestation audacieuse avec le feu figure également parmi les éléments marquants du spectacle. Elle souligne la précision et la subtilité de ce rituel où le danger et la beauté se sont mêlés dans une performance hypnotique.

Les chansons ont accompagné les mouvements tout au long du show.

Certaines notes et paroles indiquent même les gestes à exécuter, ce qui intensifie l’émotion de la performance.

Animés par la ferveur communicative des interprètes, musiciens et danseurs confondus, la plupart des spectateurs n’ont pas quitté la piste jusqu’à la fin de la soirée.

Une continuité s’impose

Le concept du « Stambeli fusion » a été bien accueilli par une audience de générations différentes, entre Tunisiens et étrangers.

Il y avait, certes, ceux qui connaissent déjà l’art de Belhassan Mihoub, mais aussi beaucoup de curieux qui le découvrent pour la première fois.

Si la programmation ramadanesque permet de mettre en lumière ce pan de notre patrimoine, la capacité d’accueil des espaces qui lui sont réservés est souvent limitée et la promotion ne dépasse pas quelques publications sur les réseaux sociaux.

Les artistes qui se consacrent encore au Stambeli, en dépit du manque de moyens et de soutien d’une manière générale, méritent plus d’appui et d’encouragement.

Belhassan Mihoub nous a fait part avant son passage sur scène de son engagement indéfectible par rapport à la transmission de ce rituel.

Cette responsabilité le motive à réfléchir, à concevoir des idées de collaborations originales et à explorer de nouvelles pistes.

D’ailleurs, il a déjà travaillé avec des artistes étrangers, en mixant les notes du stambeli avec des sonorités occidentales. Son répertoire compte de nombreux disques commercialisés au-delà de nos frontières.

De nouveaux titres ont été récemment enregistrés et s’apprêtent à être diffusés.

L’accompagnement des décideurs dans le secteur culturel lui permettra certainement de développer davantage son art et de faire rayonner cette tradition auprès d’un public plus large.

La couverture de médias variés, notamment avec un contenu audiovisuel, lui offrira l’opportunité d’élargir sa portée et de sensibiliser davantage le public à ce patrimoine culturel.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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