Révélée adolescente dans The Maestro, confirmée dans Harga, Eya Bellagha poursuit son ascension avec le personnage d’El Yamna dans Khottifa.
Sportive aguerrie et actrice instinctive, elle incarne à l’écran une jeunesse tunisienne libre, combative et résolument contemporaine.
Il y a chez Eya Bellagha un visage qui capte la lumière avant même que la caméra ne l’ait décidée. Un regard presque persan, des yeux immenses qui semblent dévorer le visage et happer le spectateur. Elle appartient à cette génération d’actrices arrivées très jeunes à l’écran, mais avec une présence qui ne doit rien au hasard.
On l’a découverte un certain ramadan dans Maestro de Lassaad Oueslati. Elle était Manal, adolescente à fleur de peau, et faisait partie de ces figures juvéniles qui ont ému un pays entier. Il y avait dans son jeu une vérité franche, sans apprêt, une manière instinctive de rendre l’émotion palpable, presque tactile. Peu de rôles, mais déjà une empreinte.
Puis vint Harga avec le même metteur en scène. Une autre aventure, un autre tempo. Eya Bellagha y confirme ce que Maestro laissait pressentir : une énergie nerveuse, une intensité contenue, une façon d’habiter l’image avec tout le corps.
Il faut dire que la jeune actrice n’est pas étrangère à la discipline physique : quadruple championne de Tunisie de kickboxing, elle porte en elle cette rigueur du sport de combat, cette droiture du geste et du regard. Chez elle, la révolte ne se joue pas, elle se traverse.
On lui confie souvent des rôles de fille rebelle. Celle qui tape du pied, lève le poing, refuse l’ordre imposé. Sportive, dynamique, vive, elle incarne une jeunesse qui ne cède rien sur sa liberté. Mais derrière l’élan, il y a une finesse.
Derrière la fougue, une intelligence sensible du personnage. Elle sait, peut-être instinctivement, comment faire passer une émotion sans l’alourdir, comment laisser affleurer la fragilité sous la carapace.
Trois rôles phares jalonnent déjà son parcours. Le quatrième, aujourd’hui, ne déroge pas à la règle. Dans le feuilleton Khottifa de Saoussen Jomni, Eya Bellagha épouse le rôle d’El Yamna avec justesse et fantaisie. Un personnage qui lui va comme un gant.
Colorée comme Alyssa dans « Where the Wind Come From » ( de Amel Ghallaty), mais explorant cette fois un registre différent, plus ancré, plus social.
Dès sa première apparition, El Yamna est une tache de couleur dans le cadre. Son foulard fleuri, devenu symbole des ouvrières agricoles, évoque presque une silhouette à la Frida Kahlo, fière et debout. Son indépendance ne s’énonce pas en slogans.
Elle s’exprime dans le refus systématique de toute intrusion dans sa liberté de choix. Elle parle d’indépendance financière, d’égalité, de responsabilité, sans militantisme ostentatoire. Elle agit.
El Yamna défend son état de femme libre dans ses gestes, dans son rapport à l’autre, dans sa manière de se positionner face à l’homme, affranchie de toute tutelle. Orpheline, seule au monde, elle s’est fabriqué une armure légère : dynamisme, humour, autodérision.
Une carapace fluide pour contourner les malheurs du monde et se frayer un passage.
Sous les traits d’Eya Bellagha, El Yamna devient légère, fluide, captivante et profondément humaine. L’actrice avance à pas sûrs. Elle attire l’attention sans la chercher. Elle impose un nom qui ne semble pas près de se laisser oublier.
Dans un paysage audiovisuel en quête de nouvelles figures féminines, Eya Bellagha s’inscrit comme l’un des visages les plus prometteurs d’une génération qui refuse les assignations.
Une actrice en mouvement, combative et lumineuse, qui fait de chaque rôle un espace de liberté.