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Culture

Le film « Hurlevent » actuellement à l’affiche : Un chef-d’œuvre littéraire remis au goût du jour

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  • 25 février 17:45
  • 6 min de lecture
Le film « Hurlevent » actuellement à l’affiche : Un chef-d’œuvre littéraire remis au goût du jour

« Hurlevent », dont le titre original est « Wuthering Hights », vient de sortir dans nos salles depuis le 11 février. Ce film de Emerald Fennell, avec à l’affiche  Jacob Elordi et Margot Robbie, est considéré comme étant la romance la plus attendue de l’année. Si les critiques l’ont accusé de défigurer le récit dont il est tiré, il n’est pas tout de même dénué d’intérêt.

La Presse — « Les Hauts de Hurlevent » est l’unique livre d’Emily Brontë, sœur de Charlotte Brontë à qui l’on doit « Jane Eyre ». Il a été publié en Angleterre en 1847 sous un pseudonyme masculin pour éviter tout préjudice. C’est l’histoire d’une « passion maudite » qui donne suite à une vengeance sans merci.

Heathcliff a été adopté par un riche bourgeois qui l’a élevé avec ses enfants du même âge Cathy et Hindley. Si la jeune fille s’attache à lui, son frère le traite en domestique humilié et brutalisé. Au fil des années naît un amour d’enfants inconscient des interdits. Quand la famille sombre dans la ruine, Cathy va trahir ses promesses en épousant l’héritier du manoir voisin Edgar Linton.

Le récit sophistiqué et  déconcertant revient sur cette passion destructrice. Avec la rage qui l’anime, Heathcliff entreprend une métamorphose diabolique. Il incarne le mal dans toutes ses nuances, qui fascine et obsède à la fois, ce qui fait du livre, selon certaines critiques littéraires, « Une formidable histoire de haine ». Cette intrigue amoureuse est doublée d’une dénonciation acerbe de la bourgeoisie qui a été jugée audacieuse à l’époque.

Une énième adaptation cinématographique

Le roman a été porté à l’écran plus d’une cinquantaine de fois, entre films et feuilletons. Il faut reconnaître que c’est le cinéma qui a fait du livre une icône de la culture populaire à travers le long métrage américain fortement acclamé sorti en 1939.

Depuis, l’œuvre originale a été reprise aux quatre coins du monde avec des versions propres à chaque région.

Il y a même un film sorti au Japon en 1988, basé sur le roman et transposé dans un contexte japonais. Une version arabe existe, réalisée par Salah Abu Seif. Elle reprend les grandes lignes du récit d’origine, sans être une adaptation littérale fidèle. Yahia Chahine y incarne « Gharib », le personnage clé, d’où le nom du film « Al-Gharib ».

Il y donne la réplique à Magda dans le rôle de Yasmina. En 2011, la réalisatrice Andrea Arnold nous a livré un long métrage hollywoodien tragique, globalement apprécié par le public et les critiques, avec des personnages aussi brutes et sauvages que la nature qui les entoure. La question qui s’impose, c’est pourquoi la cinéaste britannique Emerald Fennell a tenu à faire encore une autre version du roman intemporel ? Qu’espère-t-elle apporter de nouveau, quand tout semble déjà dit et qu’elle pourrait être venue trop tard ?

Un chef d’œuvre littéraire dénaturé ?

Pour cette « romance », Emerald Fennell a misé sur Margot Robbie pour jouer Cathy. Une « Barbie » adorée par le public, lauréate des Golden Globes en 2024 pour son rôle de poupée et même nominée aux Oscars.

Elle joue dans ce film un personnage qui a la moitié de son âge réel.  Quant à Heathcliff, il est campé par Jacob Elordi, majestueux du haut de ses 1m95 et dont le talent se mesure à la force de ses biceps comme l’ont souligné plusieurs scènes du film.

Le premier détail intriguant est la manière dont le titre est écrit sur le générique, et qui nous fait plus penser à la princesse Raiponce des Frères Grimm qu’au classique littéraire en question. La première scène nous dépeint la « fête des pendus », alliant violence et libertinage, à l’image de la suite du film.

Le père, M. Earnshaw, est un personnage caricatural, abruti, hideux mais avec des accès de violence imprévisibles. Cathy est arrogante, sauvage et capricieuse. Heathcliff est mystérieux avec des réactions improbables comme dans le roman. Or, le film ne revient pas sur les aspects les plus perturbants du livre.

Le scénario semble même tronqué. On ne retrouve ni Hindley, le frère qui a déclenché l’explosion d’actes de vengeance, ni la deuxième génération sur laquelle le protagoniste a perpétué sa torture. De plus, le film ne reconstitue pas les décors et les costumes de l’époque du livre. Il ne définit même pas le cadre spacio-temporel.

C’est un univers fantaisiste qui passe des plans les plus colorés aux plus sombres. Cette approche très stylisée et moderne de la musique, des habits et des lieux n’est pas des plus dérangeante, quand on se rappelle que, dans le film Marie-Antoinette, Kirsten  Dunst qui joue la reine, a bien enfilé des converses dans l’une des scènes.

On reconnaît tout de même des répliques célèbres du roman, dont l’impact pourrait passer inaperçu pour ceux qui n’ont pas lu l’œuvre ou qui n’ont pas retenu l’essentiel des dialogues. On retrouve ainsi les phrases emblématiques « Hathcliff est plus moi-même que je ne le suis », « On est maudits » et « Hante-moi ».

De nombreuses scènes charnelles implicites, explicites ou même suggérées ponctuent l’avancement des évènements depuis le générique. Ce que le livre présente comme étant un rapport fusionnel singulier devient alors une relation presque banale, du déjà vu dans le cinéma.

« Hurlevent » de Emerald Fennell a certainement pris de grandes libertés par rapport au texte littéraire, mais dans quelle mesure cet écart est-il tolérable ? Si traduire un livre revient à le trahir, l’adapter à l’écran signifie forcément une approche propre aux créateurs du film.

Dans ce cas, le long métrage semble plus inspiré du roman que basé sur ce qu’a écrit Emily Brontë. C’est une version universelle plus fraîche, plus légère et plus accrochante qui convient mieux aux jeunes cinéphiles d’aujourd’hui.

La preuve, dans une salle de cinéma tunisienne, le public a ri aux scènes hilarantes et on a même entendu des acclamations par rapport à des séquences qui ont suscité l’enthousiasme.

La plupart sont restés à finir le générique. Le film semble bien apprécié, même si l’on ne peut s’empêcher de se demander combien de ceux qui l’ont regardé prendront la peine de chercher le livre derrière le long-métrage.

Une chose est sûre, l’avis sur le film dépend des espérances propres à chaque spectateur. Il n’est ni bon ni mauvais, c’est plus une question d’attentes que de goût.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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