Près de 27,5 milliards de dinars échappent aujourd’hui au circuit bancaire organisé en Tunisie. Derrière cette hémorragie monétaire, un économiste pointe la responsabilité directe de deux textes législatifs récents, adoptés sans étude d’impact suffisante.
C’est sur son compte du réseau social Facebook que Ridha Chkoundali, universitaire et économiste, a formulé son diagnostic.
Selon lui, l’entrée en vigueur de la loi relative aux chèques et le déploiement de la facturation électronique, conjugués à l’abrogation de la disposition qui prohibait les transactions en espèces au-delà de 5 000 dinars, ont ensemble alimenté une progression notable de la monnaie fiduciaire en dehors des établissements bancaires.
Les conséquences, décrit-il, se propagent à plusieurs niveaux. En premier lieu, c’est le Trésor public qui absorbe l’essentiel du choc : privé des flux financiers qui transitaient auparavant par le système formel, il se retrouve dans une position de perdant structurel.
En second lieu, le recul des dépôts pèse sur la capacité des banques à financer l’économie réelle. « La baisse de liquidité dans les banques réduit leur rôle naturel, qui est le crédit au secteur privé », souligne l’expert.
Au-delà du diagnostic conjoncturel, Ridha Chkoundali formule une exigence à l’adresse du pouvoir législatif. Pour lui, ces dysfonctionnements témoignent d’une précipitation normative aux effets régressifs : « Des lois mal ficelées renvoient l’économie tunisienne en arrière. »
Il appelle en conséquence l’Assemblée des représentants du peuple à engager une révision de certains textes en vigueur.