Flus partagés : Quand l’entreprise devient matière sensible
À La Boîte, la sortie de résidence de Sarah Arbi ouvre un seuil entre art, recherche et monde du travail
La Presse — Le 17 février 2026, La Boîte à La Charguia a accueilli la sortie de résidence de l’artiste–chercheuse Sarah Arbi autour de son projet «Flux partagés». Plus qu’une restitution, la rencontre a pris la forme d’un moment poreux, à l’image de la recherche menée au cœur même de l’entreprise : un espace où circulent gestes, silences, tensions et accords tacites.
Menée en immersion, cette résidence de recherche artistique explore les influences croisées entre art et entreprise. Sarah Arbi s’est attachée à observer ce qui traverse les collectifs sans toujours se dire : micro-rituels, positions implicites, rythmes partagés, silences qui relient. Loin de toute instrumentalisation de l’art, son projet envisage la création comme un dispositif de perception, une manière d’aiguiser l’attention aux dynamiques humaines, sensibles et invisibles. La restitution s’est déployée en plusieurs temps : présentation de la publication « Chemins de recherche », projection d’une performance réalisée avec les employé·e·s de l’entreprise, puis un talk volontairement non centralisé. Fidèle à sa posture méthodologique, Sarah Arbi a privilégié une circulation libre de la parole. Architectes, anthropologues, entrepreneur·e·s
et chercheur·e·s ont croisé leurs regards dans un échange dense, sans hiérarchie apparente, où le professionnel et le personnel ont pu coexister. Ce format décentralisé a permis d’interroger les tensions qui habitent les espaces de travail, de soin et de création. Que reste-t-il d’un collectif lorsqu’on en retire le récit officiel ? La question, posée en filigrane, a traversé les discussions. Ce qui circule, souvent, n’a pas de mots : un rythme commun, une place trouvée, une énergie diffuse.
La sortie de résidence ne s’est pas présentée comme une conclusion, mais comme un seuil, une étape dans un processus encore ouvert. En cela, «Flux partagés» assume sa dimension inachevée : un chantier sensible où l’observation devient geste artistique et où l’art, sans devenir outil, révèle les lignes invisibles de l’organisation.
Par ailleurs, et du côté de Gabès, La Boîte propose également un atelier intergénérationnel avec l’artiste-brodeur Nejib Bel Hadj, autour de «L’Oasis en 5 points de broderie». Pensé pour adultes et enfants, le workshop invite à explorer l’oasis de Gabès par le fil et la matière, prolongeant ainsi les réflexions écologiques et territoriales.
