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« Ramadan à la Cité » — Abeer Nehme et l’Orchestre symphonique tunisien : En toute complicité

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  • 27 février 19:15
  • 6 min de lecture
« Ramadan à la Cité » — Abeer Nehme et l’Orchestre symphonique tunisien : En toute complicité

Une entrée symphonique magistrale a été jouée par l’Orchestre symphonique tunisien, donnant le ton à ce concert empreint de subtilité.

Et si les spectateurs étaient conquis d’avance par la voix de la star, c’est un autre talent qu’on lui a découvert lors de ce concert.

La Presse — La Cité de la culture de Tunis propose cette année une sélection de spectacles musicaux avec des artistes de renom tunisiens et étrangers dans le cadre du « Ramadan à la Cité ».

Le public a eu rendez-vous lors de la soirée du 25 février avec la star libanaise Abeer Nehme. Elle a été accompagnée par l’Orchestre symphonique tunisien dirigé par Shady Garfi. Le spectacle qui s’est tenu à la grande salle du théâtre de l’Opéra a affiché complet, témoignant de l’engouement du public pour cette rencontre musicale d’envergure.

Une entrée symphonique magistrale a été jouée par l’Orchestre symphonique tunisien, donnant le ton à ce concert empreint de subtilité. Ensuite, Abeer Nehme est montée sur scène sous un tonnerre d’applaudissements et d’acclamations.

Parée d’une robe noire raffinée et gracieuse, elle a installé dès les premières notes une atmosphère teintée d’élégance et de grandeur. Avec deux tubes en dialecte libanais de son propre répertoire, « Waynak » et « Bhebak », elle a ébloui l’audience. La chanteuse est notamment célèbre pour son charisme, son interprétation fluide, sa maîtrise naturelle et sa capacité à naviguer avec brio entre différents styles musicaux. Elle a enchaîné avec « Ye Achiqata al wardi », un classique libanais séculaire en arabe littéraire, signé à l’origine par Zaki Nassif.

Pour ce titre, le maestro Shady Garfi a cédé sa baguette pour se mettre au piano, seul instrument à accompagner Abeer Nehme en toute intimité. Son jeu a sublimé la chanson et accentué l’émotion véhiculée par les paroles, la mélodie et la voix douce et profonde de la chanteuse.

Entre les deux artistes, une alchimie palpable et inspirante a marqué cette reprise et a perduré pendant tout le concert.

Abeer Nehme s’est adressée au public par la suite dans un discours saisissant, majoritairement en dialecte tunisien. Elle a rappelé le passé commun qui rapproche les deux peuples. « C’est ce que nous apprend l’histoire mais aussi l’expérience », souligne-t-elle en louant la joie de vivre que nous avons en commun. Elle a cité dans son allocution des vers d’Abulkacem Chebbi, ce qui a renforcé la proximité et l’émotion partagée avec l’audience.

Place ensuite aux reprises. « Yenassimarrih » composée et chantée à l’origine par Marcel Khalifa sur un poème du Halleja, revisitée avec un arrangement pour orchestre où la puissance des cuivres et la finesse des violons ont été mises en exergue. Abeer Nehme a enchaîné avec « Kifek enta » de Fayrouz que le public a reconnu dès les premières notes. Toute la salle l’a accompagnée en chœur sur cette chanson.

Si les spectateurs étaient conquis d’avance par la voix de la star, c’est un autre talent qu’on lui a découvert lors de ce concert. Sa présence scénique fascinante et sa personnalité captivante ont fait la différence. Entre les titres, elle ne cesse de louer le public, de l’impliquer et de ponctuer ses paroles d’humour, s’adressant tant à la salle qu’au maestro. Cette aisance dans l’échange avec l’audience a un effet certain. Une voix, aussi belle soit-elle, ne suffit pas seule. D’ailleurs, les artistes libanais excellent généralement dans cet art.

Le concert s’est poursuivi avec deux chansons d’amour incontournables du répertoire d’Abeer Nehme, « Waynak » w « Bhebak ». D’autres tubes de la star ont figuré au programme, dont « Bala me nhess » qu’elle a interprétée deux fois, d’abord en solo puis c’est le public qui a pris le relais pour un moment de communion. Sur « Bissaraha », un jeu a été proposé à l’audience : un premier couplet à chanter par les femmes puis le deuxième par les hommes, dans un échange joyeux mémorable.

Un des spectateurs assis à la première rangée a même pris le micro depuis son siège et a surpris la salle par sa superbe voix en reprenant une partie de la chanson. Une chose est sûre, l’expérience a été rendue unique par cette proximité et la complicité avec le public qui restera gravée dans les mémoires.

Un des moments forts de la soirée a été l’interprétation de « Li Beyrouth ». Abeer Nehme l’a introduite avec un discours poignant : « Je vais chanter Beyrouth, ma cité qui, comme une vieille dame, s’admire devant son miroir tous les jours et restera à jamais jeune et éternelle ».

Sur les accords du Concerto d’Aranjuez, composé par Joaquin Rodrigo, cette ode de Fairouz, arrangée par Ziad Rahbani, célèbre la résilience de la ville qui renaît de ses cendres après chaque épreuve. La prestation a été tellement émouvante que   les spectateurs l’ont applaudie plus d’une fois au milieu de la chanson.

Le concert d’Abeer Nehme a inclus deux autres titres phares de Fairouz que le public aime particulièrement : « Haboubaadon » et « Chaye fessama chou biida ». Pour le premier morceau, elle nous a demandé d’applaudir Marc Abu Naoum, unique accompagnateur au piano tout en douceur.

De cette ballade, elle est passée à une interprétation opérale sur « Ghanni », magnifiée par la virtuosité de l’Orchestre symphonique tunisien. Une suite dansante et rythmée avec « Ye Khlila » a fait vibrer la salle et métamorphosé l’ambiance soulignant encore la polyvalence impressionnante de la diva. Elle a même poussé des youyous à la tunisienne à la fin.  La soirée a été clôturée avec « Ana albi Dalili » de Laila Mourad puis « Ye sabbabin echey ».

Abeer Nehme et l’Orchestre symphonique tunisien qui l’a accompagnée avec brio ont placé la barre très haut lors de cette soirée exemplaire à tous égards. Notons que le line-up du Ramadan à la Cité inclut encore Cheb Mami le 27 et le 28 février, Aytaç Doğan Quintet le 1er mars, Zied Gharsa le 10 mars et Nass El Ghiwane le 11 mars. La clôture sera assurée le 15 mars avec une autre diva libanaise très attendue, Carole Samaha.

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Auteur

Amal BOU OUNI

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